A l’heure du « grand débat national » voulu par le sommet de l’Etat pour calmer la fureur des Français et chercher une sortie de crise, la question de l’organisation territoriale a été évoquée dans la lettre d’Emmanuel Macron diffusée lundi. Le président de la République pose comme deuxième thème de débat, sur les quatre proposés, la question de « l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques ». Plus précisément, celui-ci interroge les Français sur la décentralisation, les services publics, ou encore le fonctionnement de l’administration, en posant cette question d’emblée : « y a t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales? »

Peut-être que lui ou ses conseillers avaient en tête le sujet de la Métropole du Grand Paris, vaste et complexe ensemble territorial constitué depuis 2016. Les arbitrages de l’Etat sont toujours attendus dans le cadre d’une future réforme territoriale, et nul ne sait encore si tous les échelons resteront tels quels ou quelles compétences seront de nouveau transférées, entre villes, départements, région, métropole et les établissements publics la composant, les 12 « EPT » (lire notre article). Le numéro 12, situé sur le Val-de-Marne et le nord de l’Essonne, est donc l’intercommunalité dénommée ‘Grand Orly Seine Bièvre’, et compte parmi ses prérogatives l’aménagement, le développement économique ou l’habitat (de manière partagée avec la Métropole), mais aussi le plan climat énergie, la politique de la Ville, la gestion de l’eau et des déchets. Certaines villes comme celles de l’Essonne lui ont également délégué la gestion et programmation des équipements culturels, comme les espaces Ventura et Lurçat ou encore le centre d’art Camille Lambert.

Et pour donner une plus grande consistance à cet ensemble, les élus ont décidé d’installer les services centraux de l’établissement public dans la zone de Coeur d’Orly, procédant ainsi à un regroupement de plusieurs services, éparpillés jusque là entre Athis-Mons, Arcueil et Choisy-le-Roi. Un total de 360 agents s’installent dans un ensemble d’immeubles détenus par le groupe ADP, en location. En faisant cela, « nous créons les conditions d’un fonctionnement commun » indique le président du Grand Orly Michel Leprêtre, qui entend ainsi « reconstituer une vraie intercommunalité » autour de l’aéroport, car « la métropole telle qu’elle se construit ne nous convient pas ». Il souhaite ainsi entrainer dans son giron les grandes entreprises et acteurs présents autour d’Orly et Rungis. Il les a engagé il y a peu dans la signature d’un manifeste « pour un territoire industriel et productif », posant les bases d’une certaine cohérence dans le développement de ce bout de la métropole. Inaugurés le 14 décembre, les locaux sont donc fonctionnels en ce début 2019, et il reste à Athis-Mons une « antenne territoriale » comprenant notamment des services de voirie, fait savoir le président, qui ajoute vouloir « commercialiser une partie » des lieux restant.

Cette cérémonie a d’ailleurs été boudée par plusieurs élus essonniens formant partie de l’EPT, comme les maires d’Athis, Juvisy, Savigny ou Viry, et le député Robin Reda. Celui-ci s’en explique par « le coût de 2,5 millions d’euros de loyer par an » ainsi que les « 4,3 millions d’aménagement » réalisés pour l’entrée dans les lieux, alors que pendant ce temps « l’EPT boit la tasse financièrement » juge-t-il. Selon lui, « c’est un coût qui sera assumé par les communes et il y aura moins d’investissements pour les habitants ». Du « débat politicien » répond Michel Leprêtre, selon qui « toutes les décisions importantes sont prises en conférence des maires, où siègent les élus du 91, on n’exclue personne ». Même au sein d’un établissement public territorial, lui-même formant partie de la métropole du Grand Paris, l’union est un combat..

*Athis-Mons, Juvisy-sur-Orge, Morangis, Paray-Vieille-Poste, Savigny-sur-Orge et Viry-Châtillon