Mauvaise passe pour l’imprimerie Hélio Corbeil. Voilà un mois, l’entreprise d’une centaine de salariés, reprise en société coopérative (Scop) depuis 2012, tirait la sonnette d’alarme concernant son carnet de commande. Le groupe Le Figaro, qui représente plus de 80% du chiffre d’affaires d’Hélio, a fait connaître sa volonté d’arrêter dans les 18 mois le contrat passé avec l’imprimeur essonnien, en mandatant une autre imprimerie de la région pour son « TV magazine ». Une opération portes ouvertes était ainsi conduite le 17 novembre. Le président du conseil d’administration de la Scop Hélio Corbeil, Bruno Arasa affirmait alors « contester cette logique d’une rupture brutale du contrat commercial, qui risque de nous étrangler ». Depuis le décès de Serge Dassault il y a six mois, les salariés de l’imprimerie historique du centre de Corbeil ont perdu un soutien précieux (lire notre article), et savent qu’ils peuvent à tout moment être « lâchés » par certains clients. Ils travaillent ainsi à une diversification de leur portefeuille client et ont investi cette année dans ce sens (à lire sur Corbeil-infos)

L’évènement survenu ce mardi 18 décembre en provenance de l’imprimerie pourrait donc constituer un nouveau coup dur pour Hélio. D’après ce que les autorités préfectorales communiquent mardi soir, « un déversement accidentel de peinture contenant du toluène par la société Hélio, occasionne un début de pollution de 2 km sur la Seine à hauteur de Corbeil-Essonnes ». De couleur orange, le liquide serait plus précisément de l’encre, utilisée dans l’imprimerie. L’entreprise fait savoir ce mercredi que l’origine de la pollution fait suite à « un incident technique » survenu sur le site de l’imprimerie, « à 12h15 », et que « 3 m3 d’effluents liquides de couleur orangée se sont répandus dans le réseau d’eau pluviale, puis déversés en Seine, malgré l’intervention des services de maintenance de l’entreprise ». Pour le moment, « le produit est encours d’analyse pour en connaître la composition précise » ajoute la direction d’Hélio.

Le passage du liquide a provoqué de nombreuses marques sur les berges, comme les péniches stationnées le long du quai de l'apport Paris à Corbeil-Essonnes

Le passage du liquide a provoqué de nombreuses marques sur les berges, comme les péniches stationnées le long du quai de l’apport Paris (JM/EI)

Peu après, les pompiers du Sdis 91 sont venus installer plusieurs barrages flottants dits « à jupe », pour contenir la pollution et éviter sa propagation. Une entreprise a également été missionnée pour effectuer la dépollution, mais les opérations prendront visiblement plusieurs jours. La préfecture fait également savoir que « la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie s’est immédiatement rendue sur place pour évaluer la situation » et que « la direction départementale de la protection des populations (DDPP) suit en coordination avec la mairie de Corbeil-Essonnes le risque de mortalité piscicole et la faune ». Car les dégâts provoqués par ce déversement sont perceptibles à l’oeil nu, en longeant le quai de l’apport Paris : berges souillées, résidus répandus dans les plantes comme sur les cygnes, dilution du produit dans les zones proches des bateaux et nécessité de nettoyer les péniches présentes sur ce quai dédié aux gros tonnages.

La zone a néanmoins été « sécurisée », par l’installation des barrages flottants, « qui ont permis le confinement de la pollution sur 2 zones » indique Hélio. L’industriel assure que « les services de l’état compétents (DRIEE) ont été informés par l’industriel et une investigation commune a été réalisée ». Concernant le degré de toxicité de l’encre rejetée dans la Seine, les prélèvements réalisés « sont en cours d’analyse par un laboratoire compétent » et les réponses précises devraient intervenir prochainement. Le mode opératoire de nettoyage a en tout cas été validé par l’ensemble des acteurs, et « les quelques cygnes impactés sont pris en charge par les services vétérinaires » tient à rassurer l’imprimeur dans son communiqué.

Des grappes de liquide polluant sont stationnées au bord de Seine, en l'attente d'un nettoyage des berges, à Corbeil-Essonnes

Des grappes de liquide polluant sont stationnées au bord de Seine, en l’attente d’un nettoyage (JM/EI)