Aucun bus de la journée ce lundi 10 décembre, une flotte de 29 véhicules sortis du dépôt ce mardi matin, puis rentrés à la mi-journée à la suite des incidents autour des lycées, puis ressortis au bout d’un heure pour une partie, avant de finalement rentrer au dépôt pour la fin de journée : difficile d’y voir clair lorsque l’on est pris par surprise, à son arrêt de bus, dans une paralysie du réseau de la TICE.

A la prise de service lundi matin, les conducteurs du réseau ont chacun fait valoir leur droit de retrait, à l’appel de leurs représentants FO et Sud. « Nous avons déposé un droit d’alerte le 4 décembre, sur nos conditions de travail et les temps de parcours, à travers nos élus du CHSCT (comité hygiène sécurité et conditions de travail) » indique M. Makhloufi, délégué FO, « suite à cela on a eu une rencontre avec la direction, mais aucune solution n’a été proposée ». Selon plusieurs conducteurs, la dernière révision des horaires survenue à la rentrée septembre, ainsi que les nombreuses zones de travaux que les bus traversent ont aggravé les conditions de circulation, multipliant les retards et perturbations sur les lignes.

Pour M. Camara, représentant Sud Solidaires des conducteurs au CHSCT, « ils nous ont rajouté des courses, et rétréci les temps de parcours, résultat, cela nous met en difficulté face aux voyageurs ». La situation est selon ces chauffeurs de la TICE devenue insoutenable : « on conduit souvent avec 15 ou 20 minutes de retard, les collègues se font insulter, tandis que certains ont même pris des PV en essayant de rattraper du temps » témoigne l’un d’eux. C’est donc par crainte d’un « danger grave et imminent » que la totalité des conducteurs ont exercé leur droit de retrait lundi, et les deux-tiers d’entre eux mardi. Du côté de la direction, on tente depuis lundi de négocier la reprise du travail, tout en distillant des informations sur l’état de la circulation auprès des usagers. « Mais ce n’est pas une grève classique, alors on a peu de prévisions » explique-t-on.

Quelques bus sont sortis du dépôt de la TICE mardi matin, mais ont été rappelés à la mi-journée suite aux incidents en marge des manifestations lycéennes

Quelques bus sont sortis du dépôt de la TICE mardi matin, mais ont été rappelés à la mi-journée suite aux incidents en marge des manifestations lycéennes (JM/EI)

Retour à la normale annoncé pour ce mercredi matin

« On entend leurs revendications, mais pour décider d’un renfort de l’offre, cela prend du temps, effectivement ça ne se déclenche pas du jour au lendemain » poursuit la direction, expliquant que les temps de parcours « sont étudiés et ajustés chaque année ». Surtout, toute modification « nécessite une validation de l’autorité régulatrice », c’est à dire Ile-de-France Mobilités, l’ex-Stif. Au bout de deux jours de bras de fer, les conducteurs semblent avoir été en partie entendus, puisque leurs représentants rapportent avoir obtenu mardi soir « des engagements de la direction sur des révisions de temps de parcours, pour lesquelles nous serons associés de A à Z ».

Dans la soirée, la TICE communique sur sa page Facebook au sujet des prévisions de trafic pour ce mercredi 12 décembre : « nous prévoyons une reprise de l’activité normale dans la matinée de demain (mercredi). Un point circulation sera posté pour 5H ». Ce conflit au sein de la société publique de transport aura en tout cas déstabilisé plus d’un usager, dont certains ont manifesté leur exaspération sur les réseaux, tout comme à l’agence de la TICE située dans la gare d’Evry-Courcouronnes. L’ancien président de la compagnie et actuel maire de Courcouronnes, mais également vice-président aux Transports à la région, Stéphane Beaudet, s’est lui indigné sur les réseaux sociaux, dans une réaction à charge contre les délégués syndicaux des conducteurs. Accompagné d’un ‘smiley’ « très en colère », il commente lundi matin le fait que le réseau soit à l’arrêt : « Il s’agit d’une grève spontanée sans préavis avec un blocage du dépôt par une poignée de grévistes empêchant les conducteurs qui le souhaitent pourtant de faire leur travail. Toujours les deux mêmes, toujours en totale illégalité. Et toujours les mêmes pressions sur les autres salariés. Une honte. Et en attendant, une fois de plus, des milliers de centre-essonniens qui ne peuvent aller travailler ou étudier… Peut-être qu’un jour l’inspection du travail fera, en la matière, enfin son boulot ».

Un message que les conducteurs se sont empressés de se faire passer, suscitant la colère de plusieurs d’entre eux. « Il dit n’importe quoi, car le droit l’alerte a été transmis à l’inspection du travail » réagit M. Camara de Sud, quand d’autres se montrent véhéments. « C’est tout simplement dégueulasse ce qu’il écrit » s’indigne Dominique Detusse, représentant de l’UNSA à la TICE, « il envoie ça sur ses réseaux pour tenter de mettre sur le dos des chauffeurs la situation de blocage ». Si son syndicat n’est pas à l’initiative du droit de retrait des salariés, celui-ci renvoie l’élu dans ses cordes, rappelant que Stéphane Beaudet occupe l’importante vice-présidence des transports à la Région, et qu’à ce titre, « il a tout pouvoir avec Ile-de-France Mobilités pour refaire les parcours ». Espérons que la pression baisse et que le retour à la normale soit durable pour les voyageurs.