Le vote est clos depuis une dizaine de minutes au bureau numéro 22 d’Évry. Les assesseurs s’apprêtent à commencer le dépouillement dans l’une des salles du groupe scolaire Savary, dans le quartier des Pyramides. Au bout de l’unique table dressée pour le comptage, le contenu de l’urne semble bien léger. La Présidente annonce 99 bulletins. C’est un petit peu plus que dimanche dernier. Pour le premier tour, seulement 86 inscrits sur 949 étaient venus exprimer leur voix, soit moins d’un sur dix, l’affluence la plus faible de la commune. Sur l’ensemble de la circonscription, c’est plutôt le phénomène inverse qui a été constaté. A 17 heures, seulement 13,68% des inscrits s’étaient déplacés, contre 14,96% pour le premier tour. A Savary, on commence à ouvrir les enveloppes.

« Ah là il faut demander à la présidente ». Un assesseur lève le doigt. D’une des premières enveloppes dépouillées sortent deux bulletins Amrani. Dans une autre, le nom des deux opposants, comme pour renvoyer dos-à-dos les deux prétendants à un mandat qui a eu du mal à passionner les foules.

Une vingtaine de minutes suffisent pour évider l’urne et répartir les suffrages. C’est Francis Chouat qui l’emporte dans ce bureau d’Évry avec 59 voix contre 34 pour la candidate de la France insoumise. A l’issue du premier tour, l’élue d’opposition à la mairie d’Évry accusait un retard de 12 points (1538 voix) sur son adversaire. Pas insurmontable, à condition de mobiliser. « Certaines voix ont manqué à l’appel » avait déjà déclaré la semaine précédente Farida Amrani en commentant les chiffres d’une abstention record, à hauteur de 81,91% (13 060 votant sur 72 227 inscrits).

La candidate insoumise et ses équipes ont tenté dans l’entre-deux tours de mobiliser les communes qui s’étaient le moins déplacées aux urnes, sans parvenir à inverser la tendance. Comme au premier tour, c’est à Corbeil-Essonnes que la participation fut la plus faible, avec 15,31% de participants au scrutin. Le taux de votants le plus élevé sur la circonscription a été enregistré à Villabé, mais il ne dépasse pas les 20% (18,45%).

Forcément déçus au QG de la FI

Arrivés au QG de Farida Amrani, dans une petite salle nichée à Courcouronnes, allée des Champs-Élysées, une quinzaine de militants scrutent un tableur sur grand écran qui centralise les résultats en temps réel. Dehors, dans le couloir, l’équipe de campagne s’active au téléphone. Il est 21h passé. Après 10 000 bulletins dépouillés, Farida Amrani connait déjà un retard d’une dizaine de points sur son adversaire. « Chouat va l’emporter avec moins de 10% des inscrits ! » s’exclame un militant.

Et le nouveau député est… Francis Chouat (les résultats du second tour)

Peu avant 21h30, le score final se dessine. Parmi les Insoumis, on commence à se réconforter. « On a fait une campagne qui est loin d’être ridicule ». « Non c’est vrai, c’est la participation qui est ridicule ! » entend-on. Finalement, l’abstention grimpera au niveau record de 82,7%, avec 700 votants de moins qu’au premier tour. Farida Amrani devait s’exprimer vers 22h. Dès 21h40, on recouvre l’écran des résultats par des toiles tendues au nom de la candidate et de son suppléant. Tout est prêt pour la déclaration. Puis la salle se met soudain à applaudir. La candidate entre. Elle annonce qu’elle vient d’appeler son adversaire du soir pour le féliciter de sa victoire.

Face à une salle entièrement debout, Farida Amrani remercie « ces femmes et ces hommes, qui ont cru jusqu’au bout que nous pouvions renverser la baronnie locale », et s’incline devant le grand vainqueur de cette élection : « l’abstention ». Un dégoût de la chose publique qui selon elle doit beaucoup aux dirigeants politiques locaux. En réaction aux résultats, le leader de la FI Jean-Luc Mélechon taclera ensuite sa candidate, critiquant la stratégie d’une « soit-disant ‘gauche rassemblée » de Farida Amrani au second tour.

En mairie on jubile

« Oui je l’héberge, je paye un loyer, j’ai le droit de vivre comme je veux ! » scande Francis Chouat dans son discours de victoire, dans une étrange tirade de remerciements et d’hommage à ses proches, dont son fils. Le nouveau député est apparu vers 22h, après être sorti tout sourire de son bureau, où il attendait les résultats. Son arrivée provoque les applaudissements de ses plus fidèles. Dans la salle du Conseil municipal, des opposants, des sympathisants, de simples badauds intéressés par cette élection, assez confidentielle. Françis Chouat est élu avec moins de 10% des inscrits (6570 voix – voir les résultats)

Le nouveau député quitte donc ses fonctions de maire et président d’agglo, pour se consacrer à l’Assemblée nationale, où il a sans surprise rejoint les rangs des « Marcheurs ». Dans son discours de victoire, Francis Chouat a commencé à se projeter dans ses nouvelles tâches et esquissé de premières propositions. Il affirme vouloir mener une politique « de l’action ». Il se dit par ailleurs « sensible » à l’expression du mécontentement populaire à travers les « gilets jaunes ». Un discours grave, lourd, avec un ton presque monocorde.

Vindicatif envers ses adversaires, il ne citera jamais le nom de sa rivale, préférant se réjouir d’avoir « écarté le danger de l’extrémisme ». Sur l’abstention, il en fera état un peu plus loin, relevant que le problème « nécessite un travail de la part de tous les responsables politiques » et « une union de tous les maires ». Mais si « la manière de conduire le pays doit changer » diagnostique Francis Chouat, ses concurrents vaincus demeurent bien l’objet de son courroux. « C’est Mélenchon le fossoyeur de la gauche ! » lâchera-t-il ainsi, plein de rage. La perspective de 2020 et des nouvelles élections municipales se dessinent enfin comme prévu : « Evry-Courcouronnes est entre de très bonnes mains » prédit-il. Danièle Valero qui assure l’intérim deviendra maire déléguée de la fusion des deux villes au 1er janvier 2019, et Stéphane Baudet se prépare à devenir le nouveau successeur de Manuel Valls à la tête de cette commune nouvelle de l’Essonne.

Reportage réalisé avec Christophe Negi