L’image est symbolique : vendredi dernier, à l’abord du complexe du SIOM, situé à côté de Courtaboeuf le long de l’A10, un attroupement se forme entre le rond-point et l’entrée des véhicules de l’usine d’incinération. Les automobilistes ralentissent pour certains en voyant la scène. Les éboueurs mobilisés dans le cadre de leur transfert au sein du nouveau délégataire de la collecte, reçoivent ce matin là le leader national de la CGT, Philippe Martinez. Celui-ci se fait expliquer la nature du conflit par plusieurs représentants locaux, puis prend la parole devant l’assemblée des salariés de la collecte : « cette situation est plus qu’inadmissible, encore une fois le patronat profite d’une reprise pour attaquer les droits des salariés ».

Dans son viseur, les conditions de transfert des salariés de l’ancienne entreprise Otus, au sein de la société Sepur qui a obtenu le marché de la collecte au 1er novembre dernier. « Il faut un, qu’on vous respecte, et deux, que les élus qui donnent les ordres ne se servent pas de patrons voyous pour faire le sale boulot » lance le responsable syndical aux éboueurs mobilisés, pointant la « responsabilité » des dirigeants du SIOM, « à faire travailler dans des conditions dignes » les salariés en charge de la collecte sur son territoire. Après trois semaines de mouvement, le conflit est pourtant en train de s’enliser, en l’attente de la tenue de nouvelles négociations sous l’égide de la Direccte (direction du travail).

Passation de marché dans la douleur pour la collecte des déchets (abonnés)

Depuis le lancement de leur mouvement, le 1er novembre, les salariés concernés, au nombre de 85 fixes plus les intérimaires, contestent les conditions de leur reprise au sein de Sepur, avec des pertes nettes de salaires induites ainsi que plusieurs changements comme la fin d’un délégué du personnel sur site. Selon Steeve Avisse, délégué CGT pour la collecte, « le problème est que la direction prend la convention collective quand ça l’arrange, d’autres fois non. Par exemple, sur la prime de pénibilité pour les tournées des encombrants ou déchets verts, ce sont 10 euros par jour supprimés. La plupart d’entre nous y faisons des roulements et on pourrait perdre de 1300 à 2400 euros par an. Et il ne s’agit là que d’une seule prime ». De plus, ceux-ci répètent ne plus être grévistes depuis le 2 novembre, et qu’au contraire, « l’agence est à l’abandon, on refuse de nous donner du matériel et les équipements pour travailler ». Du côté de Sepur, son président Youri Ivanov réfute les chiffres annoncés et affirme que « tout ce qui est relayé sur les salaires est faux ». D’après lui, « le lock out aussi, c’est faux, ce sont les salariés qui ne se sont pas présentés sur leur poste de travail ». Le dirigeant du nouveau délégataire du SIOM l’affirme : « tous nos encadrants sont sur place », sans présence toutefois des camions bennes. « Je leur ramènerai les camions quand on aura trouvé un accord » poursuit-il, spécifiant remplacer actuellement les tournées par des équipes d’autres sites de la région de son groupe, « on a des bases à Dourdan, Wissous, Grignon (78) », illustre-t-il. Concernant les prochaines payes, « ils auront un bulletin de salaire à 0 » spécifie le président de Sepur, considérant les salariés comme grévistes.

Nouvelles négociations ce vendredi

Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, les maires des 17 communes essonniennes concernées par le ramassage des déchets du SIOM exhortent les deux parties à reprendre le dialogue. Ils rappellent que la société Sepur s’est vu attribuer en septembre 2018 le marché de collecte, « au terme d’un appel d’offres lancé en novembre 2017 », et que selon la convention collective du secteur, l’entreprise « a l’obligation de reprendre le personnel de l’entreprise sortante (société Otus) ». Depuis le déclenchement de la mobilisation, les élus disent regretter le manque de dialogue entre direction et représentants du personnel : « les négociations sont au point mort entre les deux parties ». Parlant d’une situation qui « ne peut plus durer », les maires demandent « une reprise immédiate » des discussions, « pour sortir le plus rapidement possible de cette grève », en appelant à la rescousse les représentants de l’Etat.

Un appel qui semble avoir été entendu en partie, puisque les services de la Direccte, l’inspection du travail, se sont emparés du dossier pour faire la médiation. En sa présence, ainsi que celle des dirigeants du SIOM, une nouvelle réunion s’est tenue ce lundi 19 novembre. Après d’âpres discussions, selon les retours de différents participants, un premier compromis concernant le transfert des salariés était sur la table, mais le contenu de confirmations écrites a relancé les désaccords. Une nouvelle rencontre de négociation se déroule ainsi ce vendredi. Nul doute que les maires du territoire seront attentifs à l’issue des discussions, car sur le terrain, la situation devient gênante. Maire de Palaiseau, Grégoire de Lasteyrie constate que depuis 3 semaines, « toutes les zones sont collectées, mais pas autant de fois qu’il le faudrait, en moyenne je dirais une fois par semaine ». De quoi perturber le quotidien de certains, « restaurants, poissonnerie » cite le maire. Son conseil municipal s’est ainsi positionné ce lundi, lors de sa séance, par le biais d’une motion demandant aux deux parties « de transmettre leurs éléments financiers », car selon lui, « il est trop facile pour les uns de dire qu’il y a des pertes de salaires, et de l’autre côté de dire que rien ne change, on doit pouvoir comparer les chiffres ». Combien de temps encore le conflit va-t-il perdurer?