Cela sera jouera vraisemblablement à quelques centaines de bulletins, voire moins. Les 139 voix d’écart du premier tour de 2017 avaient laissé des traces, sur ce territoire de la 1ère circonscription de l’Essonne (Bondoufle, Courcouronnes, Corbeil-Essonnes, Lisses, Evry, Villabé). La « revanche » attendue a donc bien lieu, à l’occasion de ce second tour de la législative partielle. Les deux favoris Francis Chouat (app-LREM) et Farida Amrani (FI) se sont qualifiés dimanche dernier, à l’issue d’un premier tour marqué par quasiment 82% d’abstention (13 067 votants sur 72 227 inscrits)

Les résultats du premier tour de la législative partielle

Dans ce contexte, la mobilisation des électeurs en vue du second tour s’annonce comme une tache ardue pour les deux candidats, et en particulier pour la prétendante de la France Insoumise, Farida Amrani qui accuse un retard de 1538 voix, 12 points derrière son adversaire Francis Chouat.

« C’est un score décevant » concède Michel Nouaille, en commentant les résultats de la France insoumise. Dans la foulée des résultats de dimanche, le candidat du PCF, au sein d’un ticket qui l’unissait à Joëlle Cailachon (Génération.s), a décidé d’appeler ses électeurs à voter pour Farida Amrani dimanche 25 novembre, mais aussi de l’aider directement sur le terrain dans cette courte campagne d’une semaine qui sépare les deux tours.

La gauche unie, seulement en partie

Michel Nouaille a notamment annoncé qu’il appuierait la candidature de Farida Amrani au cours de porte-à-porte et à la sortie des écoles et collèges de la circonscription dans cette dernière ligne droite. Les 1065 voix, soit 8,43% des suffrages rassemblés par ce ticket PCF/Génération.s (en augmentation d’un point par rapport au scrutin de juin 2017) constitueraient ainsi l’un des principaux report de voix dont pourrait profiter la candidate insoumise. « Nous n’avons pas besoin d’un député Macron de plus » explique Michel Nouaille en visant directement Francis Chouat qui siégerait vraisemblablement au sein de la majorité présidentielle s’il venait à être élu dimanche soir. « Nous avons au contraire besoin d’une député de gauche qui porte un programme que j’approuve pour l’essentiel » poursuit le candidat communiste, tout en mettant en garde contre les « pratiques hégémoniques irresponsables » dont ferait preuve la FI, qu’il accuse de ne pas avoir tout fait pour rassembler les forces de gauche.

La désunion de la gauche au premier tour risque en effet de laisser des traces dans la perspective du second. Certaines voix pourraient en effet manquer à l’appel. En particulier du côté des écologistes, dont la candidate Eva Sas (avec son suppléant Jérôme Brézillon, PS) a rassemblé 1330 bulletins dimanche dernier (10,53%) lui offrant la quatrième place du premier tour derrière Francis Chouat (3789 voix, soit 29,9%), Farida Amrani (2251 voix, soit 17,8%) et le candidat du Rassemblement national Grégory Saillol (1733 voix, soit 13,72%). Dans un communiqué publié à la suite des résultats de dimanche, la section Europe-Écologie-les-Verts de l’Essonne annonce en effet laisser les électeurs libres de leurs choix en ne donnant pas de consignes de vote, tout comme la fédération PS de l’Essonne.

« Ni-ni » : la confusion chez les PS et EELV

D’un côté, le parti d’Eva Sas affirme ne pouvoir se résigner à « appeler à voter pour la candidature de Francis Chouat, soutenu par le parti LREM qui conduit en France une politique aussi injuste qu’inefficace, et ne porte aucune ambition pour résoudre la crise sociale, climatique et environnementale que nous traversons ». De l’autre, EELV explique ne pas pouvoir se résoudre non plus à soutenir la France insoumise, fustigée notamment pour sa « ligne violemment anti-européenne » et ses attaques envers « l’institution judiciaire ». Les candidats présentés par la France Insoumise n’incarnent pas non plus « pour l’heure une alternative solide pour nos territoires » aux yeux des écologistes.

Le parti écologiste fustige également ses « partenaires naturel », PCF et Génération.s, pour avoir renoncer au rassemblement des forces écologistes et de gauche dès le premier tour… Emboîtant ainsi le pas à la fédération socialiste du département, qui pointe de son côté « l’incapacité des dirigeants de la France Insoumise à vouloir travailler avec les autres forces de Gauche pour constituer un socle commun. » Certains responsables socialistes d’Evry figurent pour leur part comme soutiens de Francis Chouat sur son tract de second tour.

Du renfort national pour FI

Toutefois cette consigne du « Ni-ni » initiée par EELV, et les attaques virulentes formulées à l’encontre de la FI ont pu être perçues comme étant un appel indirect à voter pour le maire d’Évry. Ce dont a du se défendre le parti dans un second communiqué intitulé fermement « Non, EELV et la candidate Eva Sas n’appellent pas à voter Chouat », dans lequel le parti réitère sa confiance dans « l’intelligence des électeurs », et charge l’absence d’ambitions écologistes du conseil municipal d’Évry.

Car plusieurs membres du parti sont membres de la majorité municipale, et soutiennent pour leur part leur maire. Des élus désormais en guerre avec leur hiérarchie. La confusion s’est ensuite poursuivie, car dans le même temps c’est Noël Mamère, pourtant présent aux côtés d’Eva Sas lors de son lancement de campagne, qui a apporté personnellement son soutien à Farida Amrani. La candidate de la France Insoumise a par ailleurs reçu, à l’échelle nationale, les soutiens de Benoit Hamon et d’Olivier Besancenot, mais également du député PS Luc Carvounas ou de l’ancien élu de l’Essonne Julien Dray.

L’ancien ‘dircab’ rentre au bercail

Cela suffira t-il ? Farida Amrani veut y croire plus que jamais. « Seulement 1500 voix nous séparent de Francis Chouat » explique la candidate. « Chaque voix compte. Si on veut réagir à la politique d’Emmanuel Macron nous devons montrer avec force qu’il faut d’abord se positionner contre le candidat Francis Chouat dès dimanche » martèle la conseillère municipale d’opposition d’Evry. Dans les journées décisives et intenses qui s’annonçaient jusqu’à dimanche pour les équipes de campagne de la France insoumise, la mobilisation devait se concentrer sur les localités qui se sont le plus abstenues dimanche dernier. « Nous n’avons pas fait le plein » concède la candidate.

De son côté, Francis Chouat, qui semblait au départ bénéficier d’un réservoir de voix plus restreint pour le verdict final, a engrangé cette semaine plusieurs soutiens. Vendredi soir, son ancien directeur de cabinet et rival du premier tour Mikaël Matingou (577 voix, 4,57%) a annoncé qu’il voterait pour lui « à titre personnel ». Les candidats pro-Macron de 2017 Alban Bakary et Jean-Luc Raymond le soutenaient déja pour leur part dès le premier tour. Le maire d’Evry reçoit cette semaine l’appui de Francisque Vigouroux, maire d’Igny et membre du mouvement radical, mais aussi celui de Francçois Durovray (LR) Président du Conseil départemental de l’Essonne, et de Valérie Pécresse (LR), Présidente de la Région Ile-de-France. Le candidat LR de cette élection, Jean-François Bayle (10,21% des suffrages) a lui refusé, dans un communiqué publié plus tardivement ce vendredi, de donner à ses électeurs une consigne de vote.

Les résultats du second tour