La tension ne retombe pas, entre les salariés de la collecte des ordures ménagères prestataires du SIOM de la vallée de Chevreuse, et leur nouveau donneur d’ordre. Le 1er novembre dernier, un nouveau marché de ramassage des déchets entrait en fonction, pour une large partie du nord-ouest du département, autour de la vallée de l’Yvette. Le syndicat de gestion des ordures ménagères, qui possède l’usine d’incinération de Villejust, délègue en effet à des prestataires, la collecte d’une part, et le traitement d’autre part, de ses différents déchets, pour le compte des 21 communes qu’il représente.

L’entreprise Otus, filiale de Véolia, qui détenait jusque là le marché, s’est vue écartée lors du dernier appel d’offre au profit de l’entreprise Sepur. Comme le prévoit le code du travail, la nouvelle société devait intégrer dans ses effectifs les salariés actuels chargés de la collecte. Un total d’environ 120 personnes sont nécessaires pour réaliser l’ensemble du ramassage des déchets. Le personnel du site était jusque là composé d’environ 85 membres en contrat fixe, plus un contingent de quelques dizaines d’intérimaires pour assurer les tournées.

Gestion des déchets : qui gère quoi?

Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. En cause, les modalités de transfert des salariés et leurs nouveaux contrats auprès de leur repreneur. Représentants du personnel et direction de Sepur ne se sont pas entendus avant l’entrée en vigueur du nouveau marché. Et depuis, la situation est totalement bloquée. Les salariés de la collecte occupent depuis le 1er novembre l’entrée du site du SIOM à Villejust. L’usine d’incinération, autrement dénommée ‘Unité de valorisation énergétique’ (UVE), n’est plus un simple incinérateur, comme à l’origine. La chaleur est désormais récupérée et l’usine fournit en fluides la zone de Courtaboeuf ainsi que Les Ulis.

Grève ou lock out?

Depuis quasiment 15 jours, plus aucun camion transportant les déchets du territoire n’entre donc dans l’usine. Car entre temps, la société Sepur a délégué d’autres équipes pour prendre en charge les tournées sur les communes du Siom, qui emmènent les ordures ménagères sur d’autres sites de région parisienne. De plus, des incidents ont été relevés en marge de ce conflit social, rapportent la direction du Siom tout comme la préfecture de l’Essonne. Les services de l’Etat annoncent que « des incidents sérieux ont eu lieu, visant physiquement des chauffeurs mobilisés par l’entreprise Sepur pour assurer la continuité du service » dans la zone. Le préfet n’hésite pas à parler de possible « action d’intimidation » dans le cadre de ce conflit social.

Même tonalité dans un courrier envoyé par le président du Siom, Jean-François Vigier au ministre de l’Intérieur, dans lequel il alerte sur « cette escalade de violence » autour du mouvement de grève. « Ces faits sont inadmissibles et aucun mouvement social, aussi légitime soit-il, ne peut justifier l’emploi d’une telle violence » dénonce celui qui est aussi maire de Bures-sur-Yvette. « En disant cela, il nous salit et nous insulte » : sur le piquet de grève, les salariés mobilisés rejettent tout lien entre leur mouvement et les violences commises : « on dit qu’on serait des casseurs, mais depuis le début du mouvement on est surveillés tous les jours, on a la visite des RG, des gendarmes » témoigne un éboueur mobilisé. Pour lui, ces accusations feraient oublier la nature du conflit : « on nous a proposé un nouveau contrat, mais avec des pertes net de salaires de 150 à 200 euros, en faisant sauter nos primes. On perdrait aussi notre représentant du personnel sur site. Déjà que notre travail est pénible, dur, tout ça ce n’est pas possible ».

Les salariés mobilisés, qui représentent la quasi totalité du ramassage d’ordures du SIOM, reprochent également à l’entreprise Sepur de ne pas leur fournir le nouveau matériel de tournée. « Depuis le 2 novembre, nous ne sommes plus en grève » stipule M. Avisse, délégué syndical CGT du site de Villejust, rejetant la responsabilité de la situation sur le nouvel employeur : « on ne peut pas travailler, on n’a pas de camions, pas de cadre, pas de planning… on appelle ça un lock out ». Concernant les faits de violence en marge des tournées de remplacement, pour le représentant du personnel, « c’est très clair, aucun salarié de Villejust n’est concerné par ces accusations ». Les pratiques du nouveau prestataire sont par ailleurs critiquées par M. Avisse : « par contre l’entreprise Sepur agit en toute illégalité car elle fait travailler trois intérimaires sur ses camions ».

« Les collectes sont faites »

« Ils ne veulent pas travailler, pourquoi je mettrais des camions sur place? » : M. Ivanov, le président du Sepur, rejette sur les salariés grévistes le blocage de la situation. Selon lui, les tournées réalisées par ses équipes intérimaires sur le territoire du SIOM ne sont pas du tout illégales, « car pour faire l’ensemble du ramassage il faut 120 personnes. Eux sont 80, j’en fais donc travailler 40 » précise-t-il. Si il se dit « absolument pas optimiste » sur la sortie prochaine du conflit, il affirme « couvrir 90% des collectes » avec ses équipes et ainsi honorer son contrat avec le Siom. « Nos collègues travaillent malgré les menaces » poursuit-il, car le chef d’entreprise juge « inadmissible et intolérable » les interceptions de bennes dont Sepur ferait l’objet. Sur les conditions de reprise des ex-salaris d’Otus au sein sa société, le dirigeant se dit « prêt à leur présenter les éléments techniques de la convention collective, qui montrent qu’ils ne seront pas perdants » dans le transfert.

De plus, pour M. Ivanov, la perte du mandat syndical sur le site de Villejust n’est pas de son fait : « ce n’est pas moi, c’est la loi », et de spécifier, en parlant des salariés, qu’il peut « comprendre le petit confort qu’ils avaient sur leur site, et la peur d’intégrer une nouvelle entreprise ». Face à l’enlisement de la situation, le président de Sepur affirme avoir « déjà fait des concessions » et proposé un « protocole d’accord » aux représentants du personnel, sans retour de leur part. « Pour eux c’est tout ou rien, pour négocier, il faut être deux » s’énerve-t-il. Les délégués syndicaux avec la CGT, ont de leur côté saisi l’Inspection du travail, pour faire reconnaître « que le site est bloqué car Sepur refuse de nous faire travailler » indique M. Avisse, en précisant que les réponses aux propositions de leur nouvel employeur « sont dans les mains d’avocats et d’huissiers ».

Sur le territoire, on commence à s’impatienter

Pendant ce temps, le conflit s’enlise, et plusieurs dizaines d’éboueurs continent de se relayer devant l’entrée de l’usine de Villejust pour tenir le piquet de grève. Les salariés mobilisés sur le site du Siom ont reçu le soutien de plusieurs élus locaux, à commencer par les élus d’opposition de gauche des Ulis ou Bures-sur-Yvette venus leur rendre visite. Dans un communiqué, les écologistes du territoire dénoncent pour leur part les conditions de la reprise du contrat par Sepur, en se solidarisant des salariés, « première variable d’ajustement d’un appel d’offre gagné par le low-cost » selon leurs termes. Dans certains quartiers, comme à Palaiseau, les riverains commencent par ailleurs à interpeller leur municipalité pour se plaindre des conditions de la collecte.

Du côté du président du SIOM, on espère « que la raison va revenir » et que la collecte reprenne dans des conditions normales. Jean-François Vigier ne veut « pas polémiquer » sur les raisons du conflit, et indique vouloir « que les deux parties trouvent une solution rapide ». Celui-ci se dit garant d’un « service public à rendre aux habitants » et note que depuis le déclenchement du mouvement, « les collectes sont faites » par Sepur, car « contractuellement, ils nous doivent un service ». Alors que les agents du ramassage et leurs soutiens réclament désormais « une remise en cause du contrat » entre le Siom et son nouveau prestataire, le président du syndicat d’ordures ménagères défend la procédure de la commission d’appel d’offre, en affirmant que « le choix du meilleur candidat » a été réalisé et qu’il n’y a pas de raison de revenir sur la décision.