Trente années ont passé, depuis les accords de Matignon, signés en 1988, puis complétés en 1998 par les accords de Nouméa. Par ces textes, l’Etat français s’engage à assurer l’autodétermination des habitants de la Nouvelle-Calédonie. Situées aux antipodes de la métropole, ces îles ont connu une histoire mouvementée, depuis leur prise de possession par la France sous Napoléon 3. Après le référendum de ce dimanche 4 novembre, qui a vu la victoire du non (56,4%) à la question « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? », les discussions doivent reprendre entre le gouvernement et les différents acteurs politiques de l’archipel.

Les leaders indépendantistes voient ainsi ce vote comme « une étape » dans le processus de décolonisation. Pour les partisans du maintien dans la République française au contraire, on plaide chez certains pour mettre un terme au processus entamé après la période tourmentée des années 80. Reconnu comme territoire à décoloniser par les Nations unies, le « caillou » avait été conquis par la France en 1853. En 1878, une révolte kanak se termine dans un bain de sang, on estime alors à 1200 personnes tuées dans la répression. Les ‘autochtones’ devront attendre plusieurs décennies avant de se voir reconnaître comme citoyens, obtenant par exemple le droit de vote en 1946. Débute alors une première autonomie du territoire, à travers une loi cadre votée en 1956. Les années 80 sont synonymes de tensions très fortes entre les communautés Kanak et Européenne, aussi appelés les Caldoches.

Point d’orgue de cette période, la prise d’otage conclue dans le sang de la grotte d’Ouvéa, le 5 mai 1988. Quelques semaines plus tard, leaders indépendantistes et loyalistes se retrouvent à Paris et signent les accords de Matignon. Mais les différents acteurs calédoniens s’étaient au préalable retrouvés, du 8 au 12 juillet 1983 au château de Nainville-les Roches, pour ce qui restera comme la première table ronde de négociations sur l’avenir de ce territoire français du Pacifique, sous l’égide du secrétaire d’État aux DOM-TOM Georges Lemoine. Y sont ainsi réunies les délégations du Front Indépendantiste – qui deviendra le FLNKS – avec à sa tête Jean-Marie Tjibaou, avec les représentants loyalistes opposés à l’indépendance, dont leur leader Jacques Lafleur du RPCR.

Au sortir de cette rencontre en Essonne, dont plusieurs clichés montrent les deux camps côte-à-côte dans les jardins du château, une déclaration est adoptée, faisant pour la première fois apparaitre la « volonté commune des participants de voir confirmer définitivement l’abolition du fait colonial par la reconnaissance à l’égalité de la civilisation mélanésienne et la manifestation de la représentativité par la coutume dans les institutions à définir ». Il faudra pourtant attendre 5 ans de plus, et les accords signés à Paris à l’hôtel de Matignon, pour formaliser le dernier processus de décolonisation de la France, entre-temps entaché de violences. Cette table-ronde à Nainville-les-Roches restera en tout cas comme un pas primordial du processus de dialogue et de conciliation entre les différentes populations de Nouvelle-Calédonie.

Propriété de l’Etat en 1983, qui y avait installé son Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP), le château de Nainville-les-Roches est sorti du domaine public en 2007. Un particulier s’en est porté acquéreur pour la somme de 4 millions d’euros.