« Toujours avec vous » : ce slogan de la campagne de Manuel Valls, lors des législatives 2017, est aujourd’hui bien périmé. Tout juste dix-sept mois après ce scrutin, les électeurs de la 1ère circonscription de l’Essonne sont appelés aux urnes pour lui choisir un successeur. Après plusieurs mois de tractations, il a finalement déclaré à Barcelone être candidat aux prochaines municipales de la capitale catalane. Et si nul ne sait à ce jour si ce pari s’avérera gagnant, cette démarche inédite lui aura en tout cas valu une large couverture, des deux côtés des Pyrénées. Né en Espagne en 1962 et naturalisé Français 20 ans plus tard, l’ancien maire d’Evry (2001–2012), ministre de l’Intérieur puis Premier ministre sous François Hollande, tente un nouveau départ politique dans un autre pays. Ancien participant aux primaires du PS en 2011 puis en 2017, alors vaincu par Benoit Hamon, il avait ensuite trahi son camp pour appuyer la candidature d’Emmanuel Macron.

Un changement de fusil d’épaule payant, puisque le parti du nouveau président ne lui avait pas opposé de concurrent pour sa réélection au poste de député. Un siège qu’il avait conquis pour la première fois en 2002, sous les couleurs socialistes. Avant son départ, Manuel Valls a réalisé une ‘tournée d’adieu’ en participant à plusieurs interviews dans les médias nationaux et en s’exprimant une dernière fois à l’Assemblée nationale. A Evry, il a réuni ses proches et soutiens locaux le temps d’une soirée le 1er octobre dernier, à l’occasion d’un passage dans la commune. Il en a profité pour s’expliquer sur son départ dans une interview au Parisien 91, demandant aux habitants de « comprendre » sa décision. Lors d’une rencontre avec la presse essonnienne, au printemps dernier, il n’avait quasiment pas évoqué ses ambitions barcelonaises, préférant revenir sur sa mission parlementaire sur la Nouvelle Calédonie, ainsi que plusieurs sujets locaux lui tenant à coeur : la fusion d’Evry-Courcouronnes en premier lieu, mais aussi le projet de cluster sport, les transports ou le temps scolaire. Il laisse désormais le soin à ses proches de poursuivre son ‘oeuvre’.

Le premier tour de cette législative partielle, qui concerne donc les communes de Bondoufle, Corbeil-Essonnes, Courcouronnes, Évry, Lisses et Villabé, aura lieu le 18 novembre, pour un second tour prévu le dimanche suivant. En juin 2017, l’ancien maire d’Evry l’avait emporté de 139 voix au second tour face à sa concurrente de la France insoumise, Farida Amrani, au terme d’un véritable imbroglio électoral (notre dossier sur la législative 2017). Egalement conseillère municipale d’opposition à Evry, celle-ci avait lancé une pétition demandant la démission du député, avant sa confirmation de sa candidature à la mairie de Barcelone. Dans la course à cette nouvelle élection, elle a d’ailleurs été la première à s’élancer, dénonçant, dans un tract rapidement diffusé, un ancien Premier ministre “qui a déserté notre territoire pour assouvir ses ambitions personnelles à Barcelone”.

Une alliance centre/centre-droit

Dans son sillage, le candidat de la continuité assumée avec Manuel Valls s’est également déclaré rapidement. C’est Francis Chouat, l’actuel maire d’Évry et président de l’agglomération Grand Paris Sud, qui se portera candidat à la députation. Après avoir salué dans un communiqué la décision « courageuse » de son prédécesseur au poste de maire, l’édile (ex PS) a obtenu le soutien de la République en Marche, mais pas son étiquette. C’est sur une campagne de “rassemblement des forces du territoire”, comme il l’a fait valoir lors de sa première réunion de mobilisation, que Francis Chouat espère remporter la circonscription. Cette volonté de rassemblement s’expose en toutes lettres sur son affiche de campagne, puisque l’élu a déjà reçu le soutien des autres maires de la circonscription : Stéphane Beaudet (Courcouronnes), Karl Dirat (Villabé), Jean Hartz (Bondoufle), Thierry Lafon (Lisses), mais surtout celui de Jean-Pierre Bechter, le maire de Corbeil-Essonnes. Le successeur de Serge Dassault à la mairie de Corbeil-Essonnes n’a en effet pas attendu que son parti, Les Républicains, désigne son propre candidat pour soutenir son ancien adversaire politique Francis Chouat. Il s’est d’ailleurs mis en retrait de sa formation.

Il faut dire qu’en gage de son ambition de rassemblement, Francis Chouat se présente aux côtés de Tracy Keita, actuelle adjointe chargée de quartier à la mairie de Corbeil-Essonnes. A noter qu’en cas de victoire, le poste de maire par intérim d’Evry reviendra sans surprise à l’actuelle première adjointe, Danièle Valéro. Celle-ci, soutien déclarée à la candidature de Francis Chouat, vient d’ailleurs également de quitter son parti d’origine, EELV. La candidature soutenue par les maires a également reçu l’appui des deux autres candidats centristes de 2017 : Jean-Luc Raymond (6,89%) et Alban Bakary (7,83%). Du côté de LR, c’est un autre adjoint à la mairie de Corbeil-Essonnes qui a été désigné mardi dernier en commission nationale d’investiture : Jean-François Bayle, qui était également en juin 2017 le suppléant de Caroline Varin pour le même parti (11,93% des voix). Autre candidature déclarée, provenant d’Evry, celle de l’ancien directeur de cabinet et de la communication de Francis Chouat, Mikael Matingou. Il a annoncé à travers les réseaux sociaux se porter aussi candidat à cette élection législative partielle.

La gauche en ordre dispersé

En cas de match retour du second tour de 2017, la candidate FI espère cette fois l’emporter face au successeur de Manuel Valls. Elle avait obtenu 17,61% au premier tour du dernier scrutin, nettement derrière son concurrent (25,45%), avant un score très serré une semaine plus tard (50,3%-49,7%). Malgré plusieurs discussions initiées entre partis de gauche, Farida Amrani n’aura pas réussi à obtenir les soutiens des autres forces pour ce premier tour. Sur son tract, la candidate de la France insoumise s’affiche avec Ulysse Rabaté, conseiller municipal d’opposition de Corbeil-Essonnes qui sera de nouveau son suppléant. Ils y fixent leurs grands axes de la campagne à venir : vie quotidienne, notamment autour du RER D, ambitions écologiques, et mise en cause de la politique nationale menée par la majorité.

Finalement, deux autres candidatures à gauche s’ajouteront à celle de la France insoumise. C’est Michel Nouaille, le candidat communiste de la précédente élection (7,4% des voix) qui se présentera aux côtés de Joëlle Caïlachon, militante du mouvement de Benoit Hamon, Génération, jusqu’ici cheffe de cabinet à l’Université d’Évry-Val d’Essonne. “L’ambition est d’avoir au second tour au moins un candidat de gauche, dans cette circonscription qui historiquement a toujours été de cette couleur politique” explique Michel Nouaille, qui avait soutenu timidement la candidate FI au second tour de 2017. En effet, jusqu’au départ de Manuel Valls du PS en 2017, la première circonscription de l’Essonne n’a connu que des députés socialistes, et ce depuis 1988, date de l’application du dernier redécoupage électoral. C’est peut-être avec cette idée en tête que la fédération PS de l’Essonne a également construit son propre ticket en vue de cette partielle. Selon nos informations, c’est l’élue écologiste de Savigny-sur-Orge, Éva Sas qui devrait en être la candidate titulaire, aux côtés de Jérôme Brézillon, déjà candidat cet été pour les départementales dans le canton de Corbeil-Essonnes en juin dernier. Les Verts et le PS ont confirmé ce ticket par leurs instances respectives ce mardi soir pour une annonce officielle qui se déroulera dans la semaine. La limite de dépôt officiel des candidatures est en effet fixé à ce vendredi 26 octobre.

D’ici là sera sans doute connu le ou la candidate présenté par le Rassemblement national, seule grande force politique essonnienne à ne pas encore avoir pour l’heure avancé ses pions, malgré le score (10,20%) de sa candidate Danielle Oger au premier tour du dernier scrutin. Debout la France, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, n’a également pas encore fait part de ses intentions. Enfin, une candidature indépendante est pour l’instant déclarée. Il s’agit de Remy Courtaux (sans étiquette), habitant d’Evry et réalisateur de télévision. Il annonce avoir déposé sa candidature dénommée « sans complexe » accompagné en binôme d’une étudiante de 18 ans.