La pression monte, autour de la question du franchissement de la Seine entre Draveil et Juvisy. Un collectif militant pour la création de véritables voies cyclistes sur le pont de Draveil est passé à l’action depuis le printemps. Les membres de ‘Un pont pour tous’ organisaient ainsi ce dimanche leur troisième rassemblement de vélos, à proximité de la base de loisirs de Draveil, avec un défilé à la clé entre le pont de Draveil et le boulevard du Général de Gaulle. Cette manifestation « fâchée » selon le mot des organisateurs, faisait écho aux derniers aménagements réalisés sur place.

Le 18 juin dernier, lors d’une réunion publique sur la circulation et les mobilités, à Draveil, les différentes collectivités (villes, département, région) avaient présenté les études menées quant aux circulations douces dans la ville et notamment sur le devenir du franchissement de la Seine. Des améliorations sur le cheminement des vélos étaient aussi présentées sur ce pont de la 1ère Armée française, avec des aménagements qui s’en sont suivis mi-juillet. Les quatre voies automobiles existantes ont ainsi été « adaptées » pour la circulation des vélos. Dans les deux sens, la voie de droite a été élargie, passant de 3 à 3,5 mètres, et des pictogrammes sont apparus afin de mieux identifier ce mode de circulation douce.

« C’est plus dangereux qu’avant »

Comme plusieurs dizaines de Draveillois, Elie Gaignebet traverse quotidiennement le pont de Draveil à vélo, pour se rendre à la gare de Juvisy. Membre du collectif Un pont pour tous, il fait partie des organisateurs de la manifestation du 30 septembre, qui a réuni plus d’une centaine de cyclistes, accompagnés pour certains par leurs enfants. Après deux rassemblements festifs en mars puis en juin, la tonalité de ce rendez-vous était moins joyeuse, à la suite de ce que le collectif nomme le « désastre des pictogrammes dans le caniveau » dessinés sur le pont, qui « incitent les voitures à frôler les cyclistes ». Le porte-parole du collectif le dit sans fioritures : « depuis qu’ils ont mis ces pictogrammes, c’est plus dangereux qu’avant ». Selon lui, l’élargissement de la voie de droite conduit à ce que « les véhicules estiment qu’ils ont la place pour passer ». Il précise donc rouler « au milieu » de la voie, « pour obliger les voitures à se décaler sur la voie de gauche », et ainsi ne pas se faire frôler en pédalant.

Face à cette situation, ces militants des circulations douces prônent une toute autre solution : la suppression d’une des deux voies dans le sens Juvisy-Draveil, afin de laisser toute leur place aux vélos qui circuleraient ainsi de manière sécurisée. « Notre collectif représente les cyclistes, usagers, on est soutenus par les associations de cyclistes » présente Elie Gaignebet, qui détaille les relevés effectués par ses membres : « d’après les comptages qu’on a fait, les vélos représentent 1% de la circulation sur le pont de Draveil, soit 250 vélos sur 26 000 voitures par jour ». Selon lui, avec la fermeture d’une voie automobile, « on pourrait très bien arriver à 5%, car pour aller jusqu’à la gare intermodale de Juvisy, le vélo est le plus adapté ». Sa démarche vise ainsi clairement à « favoriser le vélo plutôt que les parkings qui doivent être de plus en plus grands ». D’après les estimations produites par le Département, la circulation sur le pont est amenée à augmenter de 6 à 7% d’ici 2025.

« Maintenant les enfants, ça suffit »

Des arguments qui sont loin de convaincre les élus environnants, à commencer par le maire de Draveil Georges Tron. Celui-ci n’entend nullement répondre favorablement à la demande du collectif, de fermer une voie automobile sur le pont, « pour une raison très simple : j’ai 11 500 véhicules qui traversent le matin, et 50 vélos, et ils nous demandent de fermer une voie? Non ça suffit ». Il n’hésite également pas à infantiliser la mobilisation du collectif en renvoyant dans leurs cordes les cyclistes, « quand les enfants crient, les parents font acte d’autorité ». Estimant avoir pris en compte les doléances des usagers de vélos en validant les derniers aménagements, l’élu draveillois reproche aux membres du collectif de ne « jamais être contents ». « La situation est-elle mieux qu’avant?, la réponse est oui, on a réduit la file de gauche et installé des pictogrammes, la démarcation a été faite » poursuit-il, avant de proposer à destination de ses détracteurs de « tout retirer, si c’est plus dangereux ».

Si une fermeture de voie n’est pas à l’ordre du jour pour les élus, d’autres pistes de travail sont à l’oeuvre, comme l’explique Georges Tron : « on a essayé de proposer une solution à court-terme, et plusieurs possibilités sont à l’étude, comme réserver une des voies piétonnes aux cyclistes, et à terme élargir le pont ou y accoler une passerelle ». Des travaux qui représenteraient « 8 à 10 millions d’euros » pour les collectivités. Quoi qu’il en soit, « je ne cèderai pas aux caprices » insiste le maire de Draveil, qui se dit « totalement insensible à la pression de ceux qui pensent être dans l’air du temps ».

Une piste en travaux le long de la base de loisirs

D’autant plus selon l’édile que « 500 000 euros sont investis » pour créer une piste cyclable le long du boulevard du Général de Gaulle, dans le cadre des aménagements de l’Ile de loisirs du Port aux cerises. « Et ils ne disent pas merci ! » grogne Georges Tron. « A Draveil, il y a 0 km de voie cyclable, et pour cette piste cyclable au Port aux cerises, on n’a pas été concertés » rétorque Elie Gaignebet. Proche du candidat écologiste lors des dernières municipales de Draveil, il conteste la vision des autorités sur les circulations douces : « leurs arguments sont absurdes, forcément, si il n’y a pas de piste cyclable, les gens ne prennent pas le pont en vélo, c’est l’histoire de la poule et de l’oeuf ». Pour le membre du collectif Un pont pour tous, « si nous favorisons les circulations douces, on aura des vélos ». Il plaide même pour tester la fermeture d’une voie, « pendant 3 mois, et si ça ne marche pas, on revient en arrière ».

Hors de propos pour les collectivités, qui s’appuient sur les études de trafic réalisées. Celles-ci conduisent à une augmentation de la congestion des axes de part et d’autres du pont avec ce scénario. Des données que réfutent les membres du collectif, qui pointent de leur côté des « incohérences » concernant ces prévisions de circulation. « Dans le sens Juvisy-Draveil, le débit maximum des feux est de 1400 voitures par heure » affirme Elie Gaignebet, « notre conclusion est que ce sont les feux en amont qui créent les embouteillages, pas le pont. Fermer une voie dans ce sens ne créera pas plus de bouchons ». Pour Georges Tron au contraire, « on marche sur la tête » avec cette revendication de fermeture d’une voie. Le dialogue de sourd pourrait bien reprendre de plus belle… jusqu’aux prochaines élections.