Le Conseil d’Etat a validé la Déclaration d’utilité publique (DUP) de la Ligne 18 du Grand Paris express, dans une décision rendue le 9 juillet dernier. Le décret du 28 mars 2017 entérinant les prochains travaux des 20 kilomètres de métro (souterrain et aérien) et 7 nouvelles stations d’Orly à Saclay avait été contesté au sein de la haute juridiction administrative. Deux recours avaient été déposés, d’une part par quatre communes de l’Essonne et des Yvelines (Villers-le-Bâcle, Saclay, Chateaufort, Magny-les-Hameaux), d’autre part par le collectif associatif opposé à la construction du métro sur le Plateau. Etait à la fois contesté le principe même de l’édification de cette ligne et sa « démesure », ainsi que le projet de traversée du Plateau en aérien dans la deuxième partie du tronçon (Saclay-Versailles) prévu pour 2030.

Après l’examen des arguments étayés du côté des opposants, comme de la Société du Grand Paris (SGP) qui porte le projet, les magistrats du Conseil d’Etat ont rejeté les recours déposés. L’institution annonce avoir jugé « que la procédure suivie pour l’adoption du décret a été régulière » et « précise que le principe de prévention en matière de biodiversité a été pris en compte et reconnait l’utilité publique du projet ». En clair, les points soulevés par les requérants – insuffisance de l’étude d’impact environnementale, manquements dans l’évaluation économique et sociale, pas assez de fréquentation… – sont balayés par la haute juridiction. Celle-ci estime « régulière » la procédure de DUP contestée par les municipalités et les associations, et dans la globalité des critiques émises : « même si les documents prévisionnels font état d’une fréquentation modérée sur une partie du tronçon, les avantages du projet excèdent, au regard des objectifs poursuivis par le réseau de transport public du Grand Paris, les inconvénients ». Fermez le ban.

Avant l’été s’était déroulée une enquête publique liée à la demande d’autorisation environnementale pour les futurs travaux de la ligne. Une démarche légale d’une durée d’un mois qui a permis de connaître plus en détail les études réalisées sur les impacts du projet, comme le déboisement, la destruction d’espaces naturels ou l’alteration de l’écoulement des eaux.

Notre dossier : la ligne 18 à la loupe environnementale

Sur les motivations de sa décision de rejet des deux recours déposés (à voir sur le site de l’institution), le Conseil d’Etat enfonce le clou et accepte les mesures de compensation prévues par la SGP au regard « des incidences notables sur les milieux naturels, la faune et la flore » du projet de métro, dans le cadre de la Charte de l’environnement qui demande d’atténuer les dégradations de l’environnement et la biodiversité.

Coup dur pour les opposants au métro

Cette décision du Conseil d’Etat de valider la DUP du métro 18 ne fait en tout cas pas les affaires des opposants à la construction du métro sur le Plateau de Saclay, très mobilisés sur ces recours. Figurant parmi les requérants, Patrice Gilbon, maire de Villers-le-Bâcle ne la digère pas : « ce qui est complètement aberrant  c’est que le conseiller public a reconnu tous les arguments qu’on a développé : ligne trop chère, pas assez de fréquentation. Mais du fait du cluster, il faut un métro ». Celui-ci déplore ce revers dans cet épisode juridique et n’en démord pas, « on marche sur la tête, alors qu’on avait fait des propositions alternatives » s’enerve-t-il. Quoi qu’il en soit, « le combat n’est pas terminé » pour les quatre communes, ajoute le maire, qui voudrait reprendre des actions à la rentrée.

Ce projet de ligne 18 « sans queue ni tête, une vraie gabegie », avait fait l’objet d’une interpellation du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, avant son départ du gouvernement. Patrice Gilbon avait même envisagé « inaugurer son boulevard », après que son ministère ait présenté un mémoire en défense de la DUP au Conseil d’Etat. L’enquête environnementale effectuée avant l’été et ses modalités ne convainc pas plus le maire de Villiers-la-Bâcle, bien que tout comme il y a deux ans, les contributions, notamment des opposants, ont été très nombreuses : « la commission d’enquête a recueilli plus de 2000 contributions, dont au moins 1000 seront prises en compte car les noms figuraient bien. J’ai vu le commissaire, et lui ai demandé ‘à quoi vous servez’, car il est difficile de savoir si il osera rendre un avis défavorable ».

Un visuel (non contractuel) de la ligne 18 du métro en viaduc, de la Société du Grand Paris (DR SGP/Explorations architecture / Ida+ )

Un visuel (non contractuel) de la ligne 18 du métro en viaduc, de la Société du Grand Paris (DR SGP/Explorations architecture / Ida+ )

De la même manière que l’enquête publique de 2016 précéda la DUP, cette enquête complémentaire devrait déboucher sur une autorisation environnementale d’ici peu. « Pendant ce temps le déclaration d’utilité publique pour le Christ de Saclay n’est toujours pas faite, et l’avis de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) manque encore pour ce qui concerne les alentours du CEA » poursuit Patrice Gilbon. Pourtant, une grande partie de la contestation du projet était basée sur ces démarches juridiques, et l’épuisement des recours sur la légalité notamment des enquêtes publiques, marque un revers certain de la mobilisation des opposants au métro.

Les porteurs du projet en sortent-ils pour autant rassurés?

La nouvelle du rejet des recours par le Conseil d’Etat ne fait pendant ce temps pas encore de vague chez les instigateurs du projet. Pas de grosse communication sur le sujet de la part des institutions, et concernant la suite, les différents intervenants se montrent quelque peu réservés, voire discrets. Les élus ont préféré laisser passer l’été pour réagir suite à cette confirmation du Conseil d’Etat, « on a un bureau de l’agglo ce mercredi où le sujet sera abordé » indique seulement David Ros, le maire d’Orsay. L’annonce par Edouard Philippe en février dernier du report de 2024 à 2027 de l’ouverture du tronçon devant relier Orly au Plateau de Saclay via Massy, avait provoqué la déception des institutions et élus promoteurs de la ligne 18. Après l’officialisation du report, les élus favorables au projet avaient protesté, menaçant de ralentir les prochains projets d’aménagement et futures constructions.

Le report de la ligne 18 remet-il tout en cause?

Comme le maire de Palaiseau Grégoire de Lasteyrie qui réclamait ni plus ni moins qu’un « moratoire » sur les nouveaux aménagements du cluster, en lien avec le report du métro. « A partir du moment où l’Etat admet que la ligne 18 est essentielle pour le territoire, qu’il dit que le cluster de Saclay doit figurer dans le top 10 mondial, nous on dit que l’Etat doit être cohérent » indique celui qui est aussi vice-président de l’agglo et élu à la Région. Pour lui, la « question du calendrier » reste centrale : « 2024 était déjà tard, là c’est repoussé à 2027, on ne peut pas expliquer à tous les acteurs/investisseurs que ça sera galère pendant encore 4 ou 5 ans » pour accéder sur le Plateau. Celui-ci conteste par ailleurs de son côté le choix de l’implantation du centre de maintenance de la ligne dans le secteur de Polytechnique. « C’est une hérésie, un emplacement absurde » selon lui. Du côté du Département également, « on est toujours dans le contestation du report à 2027, qu’on ne cautionne pas » explique Nicolas Méary, pour qui « cette démarche n’est pas à la hauteur de l’enjeu ».

Quelles alternatives en attendant 2027?

En attendant l’arrivée du métro, plusieurs projets ont été mis sur la table ces derniers mois, et la ministre Elisabeth Borne avait promis en compensation du report de la ligne 18 un renforcement des dessertes de bus « avec de nouvelles circulations en site propre » et souhaité appuyer des démarches privées pour « trouver des solutions » sur le Plateau. Un projet de téléphérique était également sur la table depuis l’an dernier. Le vice-président chargé des transports au sein de l’instance départementale confirme que « plusieurs choses sont pressenties » et que les discussions « sont toujours en cours ». Mais Nicolas Méary ne peut s’engager que sur les infrastructures routières dont le Département a la charge, prévoyant par exemple la fin des aménagements du Christ de Saclay « pour 2020 ».

« On envisage des travaux pour un site propre de bus à Massy, sachant que la gare routière est déjà surchargée » poursuit Nicolas Méary. Mais aucun projet n’est pour le moment financé, et « on attend les décisions du préfet de Région » ajoute David Ros. Sur le projet de téléphérique, l’incertitude règne tout particulièrement. « Il paraitrait qu’il est abandonné » croit savoir le maire de Villiers-la-Bâche, opposant au métro. Selon le maire d’Orsay, concerné au premier chef car il s’agirait de relier la gare du Guichet au Plateau à Corbeville, « la forme initiale proposée était trop chère, car incluait un coude », et les pré-études se poursuivent donc. Reste à savoir qui sera prêt à s’engager financièrement pour qu’un projet de ce type voit éventuellement le jour.