L’architecture sur dalle a fait son temps, du moins à Evry : c’est l’analyse présentée par les acteurs de la rénovation urbaine du Parc aux Lièvres, en premier lieu desquels, la municipalité, à l’heure des choix décisifs concernant l’avenir de ce quartier majeur de la ville-préfecture. Le 19 juillet dernier, l’engagement des financeurs de l’opération était formalisé par une signature au sein de la maison de quartier. L’occasion de connaître les détails du projet d’ensemble, entre démolition de bâtiments, rénovation de certains, et construction d’équipements publics. De nouveaux logements doivent aussi être créés.

Sorti de terre au début des années 70, en même temps que la préfecture, et pour y accueillir d’ailleurs ses premiers fonctionnaires, le quartier du Parc aux Lièvres est emblématique de ces projets conçus dans les 30 glorieuses, et l’une des bases de ce qui deviendra la ville nouvelle. Sa particularité est d’être construit autour d’une dalle de plusieurs centaines de mètres carrés, abritant des espaces pour les commerces et services, avec plusieurs immeubles d’habitation donnant sur la large place. Se trouve également sur la dalle, des jeux pour enfants, des bancs publics, mais aussi jusque-là une estrade pour les petits spectacles, estrade qui a d’ailleurs récemment été démontée.

Le café situé au nord de la place a depuis plus de 10 ans baissé son rideau. De petits squares situés en contre-bas de la dalle offrent d’autres logements, et des passages vers les écoles, équipements comme le gymnase, ainsi que la coulée verte toute proche et accessible en passerelle. La volonté architecturale de départ était pensée autour de ces continuités, qui devaient permettre aux habitants du quartier de profiter pleinement d’espaces piétons où la vie est l’on pourrait dire « à taille humaine ».

La dalle cible de tous les maux

Mais les temps ont changé, et la dalle s’est peu à peu vidée de ses commerces et services dans les années 2000. La police municipale qui disposait longtemps de ses bureaux sur place, est depuis partie en centre-ville. Tandis que la pharmacie fait office de lieu central, le bureau de poste adjacent a réduit ses horaires d’ouverture. La maison de quartier est installée entre deux sols et à l’un des accès à la dalle. Enfin, le bureau du club de prévention Oser est ouvert aux jeunes de l’autre côté de la place. Un paysage qui sera amené à totalement disparaitre dans les trois prochaines années. Cette séparation des cheminements piétons et de la circulation automobile, caractéristique du quartier, laissera en effet place après la destruction de la dalle, à de nouveaux lotissements et une orientation vers la gare du Bras de fer proche.

Sur les affiches de présentation du projet de rénovation urbaine, les critiques envers la dalle et ses alentours sont explicitement écrites : « théories urbaines dépassées », « quartier séparé du reste de la ville », « repli sur soi », « habitat monotone »… autant de qualificatifs justifiant pour les pouvoirs publics l’inscription du Parc aux Lièvres dans le Nouveau programme national de renouvellement urbain (lire notre article), annoncé il y a quatre ans et concernant 200 quartiers prioritaires. « Personne ne comprend pour quelle raison la dalle a été construite », fait mine de s’interroger le maire Francis Chouat, pour résumer la pensée ambiante. Plus globalement, celui-ci développe sa « philosophie d’ensemble » pour le secteur ‘Evry-sud’ : « le projet est en marche, il s’agit de créer d’abord du neuf, de la qualité, en lien avec ce quartier qui comprend la Faculté des métiers, l’hôpital, Safran ». Figure de proue de cette nouvelle urbanisation, le programme Nexity, situé à l’endroit de l’ancienne Caisse d’épargne du Bras de fer, comptera 397 logements dont 81 à caractère social, plus une crèche. « On voit à quel point ce territoire a besoin de transformation », abonde pour sa part le président de l’ANRU, Olivier Klein, présent pour la signature des engagements financiers.

Le gymnase Mauriac (en second plan) du Parc aux Lièvres sera détruit après la construction d'un nouvel équipement pour le remplacer

Le gymnase Mauriac (en second plan) sera détruit après la construction d’un nouvel équipement pour le remplacer (JM/EI)

L’agence nationale (ANRU) s’engage ainsi à hauteur de 50 millions d’euros dans le projet du Parc aux Lièvres. Avec les autres financeurs (Région, Département, ville, agglomération et bailleur social), c’est un total de 140 millions d’euros qui va être investi pour transformer le quartier de fond en comble. Et les chantiers ont d’ailleurs déjà débuté. Un nouveau gymnase est actuellement en construction, à deux pas de l’actuel François Mauriac, qui sera ensuite détruit lorsqu’ouvrira le nouveau fin 2018. Comme dans un jeu de domino, le site laissé vacant par l’actuel gymnase verra pousser une ‘Maison des services publics’, qui regroupera la mairie annexe, la maison de quartier, et plusieurs services aux habitants. « Toutes ces opérations sont interdépendantes », expliquent ainsi les techniciens du projet.

Plus d’immeubles détruits autour de la dalle

Une fois ces services publics installés, la dalle pourra commencer à être détruite. Tout comme les immeubles d’habitation situés dessus. Le bailleur Essonne Habitat gère l’essentiel du parc locatif du Parc aux Lièvres. Il a commencé depuis 2 ans à reloger les foyers habitant les quatre immeubles situés sur la dalle, soit 270 logements appelés à être détruits. Un contingent auquel s’ajoute désormais une centaine de logements supplémentaires, soit trois bâtiments jouxtant la dalle et donnant sur les placettes Georges Washington, Lafayette et Winston Churchill. Le projet de rénovation urbaine tel que formalisé en ce mois de juillet, officialise en effet la démolition de 382 logements autour de la dalle, tandis que plusieurs centaines d’autres seront réhabilités, promettent les initiateurs du projet d’ensemble. « A la base, ce n’est qu’une partie de la dalle qui devait être détruite, mais l’ANRU nous a fait la remarque de la lisibilité du projet, et nous l’avons revu », indique une responsable du secteur Politique de la ville à l’agglo. Francis Chouat relate pour sa part : « on a tergiversé longtemps avant de choisir de détruire toute la dalle ».

Les immeubles situés à l'ouest de la dalle et donnant sur les places Churchill, Lafayette et Washington, seront finalement également détruits (JM/EI)

Les immeubles situés à l’ouest de la dalle et donnant sur les places Churchill, Lafayette et Washington, seront finalement également détruits (JM/EI)

Le projet de base prévoyait aussi l’installation de nouveaux logements le long du boulevard du Maréchal de Lattre de Tassigny, mais « ce n’est plus forcément » à l’ordre du jour, spécifie-t-on à l’agglo. Entre la dalle et le Bras de Fer, la résidence Lavoisier se trouvera aussi impactée par la rénovation urbaine, puisque le projet comprend une « résidentialisation » des lieux. Cette question est sensible aux yeux des habitants de cette copropriété, et certains ont protesté auprès de la municipalité, considérant que cela revenait à « enfermer » les résidents. Pour l’agglomération, si le sujet « fait partie de la signature » du projet de rénovation urbaine, rien n’est encore décidé sur les modalités de cette clôture des immeubles : « aujourd’hui il y’a une traversante à pied, nous devons aussi gérer le stationnement, cela ne sera pas forcément totalement fermé », promet-on.

Le projet du Parc aux Lièvres prévoit aussi la réhabilitation des deux groupes scolaires proches, la Fontaine Mauriac et le Mousseau. Au niveau du calendrier, les grosses destructions devraient commencer en 2020, avec l’ambition de voire la dalle totalement rasée en 2021. Essonne Habitat qui s’occupe du relogement, a déjà fait partir « environ 60% » des locataires des 4 premiers immeubles appelés à être détruits, indique-t-on du côté du bailleur. L’organisme procède à « une condamnation au fur et à mesure des paliers puis des bâtiments » une fois les appartements vidés, dans le but affiché d’éviter les occupations et autres ‘squats’ qui pourraient apparaître en attendant la destruction de la dalle.

Qu’ont fait les politiques?

Une fois le paysage « débarrassé » de l’ensemble, de nouveaux lotissements verront le jour, et les constructions s’étireront « jusqu’en 2028 » prévoient les porteurs du projet. Grâce à ces interventions, la ville espère « sortir de la spirale de la paupérisation et de la stigmatisation » du Parc aux Lièvres, indique le maire dans un communiqué, précisant vouloir du même coup « améliorer le cadre de vie des habitants, pour que leur quartier redevienne une fierté, un endroit de paix et de tranquillité ». Reste que c’est bien depuis une quinzaine d’années, avec le départ de services municipaux ou commerces que l’image du Parc aux Lièvres s’est fortement dégradée, sans que la municipalité, dont l’actuel maire était auparavant le premier adjoint de Manuel Valls ne semble réagir. Francis Chouat défend pourtant l’action de son prédécesseur « qui a tout fait pour ne pas laisser le quartier à l’abandon », mais à part quelques grilles pour sécuriser la maison de quartier, la fermeture de parkings, et la pose de multiples caméras, on cherche encore en quoi les pouvoirs publics ont agi sur le quartier.

A côté de l’ancien bistrot de la dalle, une salle de sport en plein-air a été installée par quelques habitants, comme un symbole de la ‘débrouille’ de certains jeunes. Ces derniers mois, c’est également pour d’autres raisons que le Parc aux Lièvres fait parler de lui. A l’image de plusieurs quartiers d’Evry, le ‘PAL’ a désormais son rappeur : Koba La D, la vingtaine, est la dernière signature du label Def Jam records. Des millions de vues, un album dont la sortie est attendue à l’automne, la web-télé OKLM lui a même récemment consacré un reportage. Les caméras sont venues le filmer sur la dalle et aux alentours, pour lui faire notamment parler de son quartier et de son ressenti (à voir ici).

Autre institution du quartier, le collectif BKE, société de production audiovisuelle en coopérative, est installée depuis 10 ans à deux pas de la dalle. Avec l’association Cinéam, ils travaillent sur un projet de mémoire filmé du Parc aux Lièvres, avant la démolition de la dalle. Après des dizaines de rencontres et d’entretiens, Elie Seonnet, réalisateur à BKE, ne veut pas se situer « dans le débat de faire ou ne pas faire » cette destruction, mais il considère que « ce quartier n’est pas une erreur, c’est la France, et pour les habitants, c’est chez eux, c’est leur village ». Pour ce connaisseur des lieux, malgré l’architecture désormais décriée du Parc aux Lièvres, « il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il s’agit de 45 ans de vie, des familles, des enfants qui ont grandi ici, il y a des générations d’habitants qui aiment ce quartier ». Depuis 2003 et les programmes de rénovation urbaine, Evry a vu plusieurs secteurs des Pyramides et du Bois Sauvage se transformer, à base de destructions-reconstructions. C’est désormais au Parc aux Lièvres de prochainement voir tomber ses tours. Des tours qui apparaissent pendant ce temps en nombre dans le dernier secteur d’Evry-centre en cours d’édification. Cherchez l’erreur…

Le projet de rénovation urbaine du Parc aux Lièvres, présenté par le maire Francis Chouat aux acteurs de la Politique de la Ville, le 19 juillet dernier

Le projet de rénovation urbaine, présenté par le maire Francis Chouat aux acteurs de la Politique de la Ville, le 19 juillet dernier (JM/EI)