Il règne un soleil de plomb, ce samedi midi, au dessus de la place de l’Ellipse à la Grande Borne. C’est là que sont réunis le comité « Vérité et justice pour Adama », et ses soutiens grignois, pour préparer la marche du 21 juillet. Ce samedi, la famille et les proches du défunt appellent à une grande marche dans la ville de Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise) pour commémorer la mort d’Adama Traoré.

Le 19 juillet 2016, jour de ses 24 ans, Adama Traoré est arrêté par une brigade de gendarmes dans sa ville de Beaumont-sur-Oise. Conduit à la gendarmerie voisine de Persan, il y décède peu après. Les conditions du décès n’ont pas encore été éclaircies, les autopsies et contre-expertises concluant finalement par une mort due à « un état asphyxique ». L’affaire a donné lieu à une plainte de la famille pour « homicide involontaire » et plusieurs rebondissements judiciaires ont depuis parsemé l’enquête. En parallèle, le comité a mené une série d’actions et de rassemblements pour réclamer toute la vérité sur les circonstances du décès et que la justice fasse la lumière sur les responsabilités.

Deux ans après cet évènement tragique, les proches d’Adama Traoré entendent poursuivre et amplifier la mobilisation. La marche de samedi s’annonce ainsi comme un rassemblement de grande ampleur, préparé depuis des semaines par des appels de soutiens émanant de quartiers de la région parisienne. Assa Traoré, soeur du disparu et porte-parole du collectif, présentait ainsi la démarche des proches d’Adama Traoré lors d’une rencontre avec des acteurs essonniens, le 14 juillet à Grigny.

Plusieurs associations et militants locaux ont fait le déplacement pour débattre avec les membres du comité. Entre témoignages locaux et partage d’analyses sur les violences policières, ce rendez-vous constituait une étape dans la consolidation du combat de la famille Traoré, commencé il y a deux ans. Des mobilisations pour réclamer la vérité sur cette mort, à la condamnation de plusieurs frères du défunt depuis 2016, Assa Traoré porte un regard acerbe sur la situation : « c’est toute la cellule familiale Traoré qu’on veut détruire » s’indigne-t-elle. Alors elle raconte, une nouvelle fois, son histoire : « mon petit frère a été tué le jour de son anniversaire, il était sorti de chez lui et n’avait pas ses papiers avec lui. Les gendarmes l’ont laissé mourir, seul par terre, sans lui prodiguer les soins nécessaires, alors qu’il leur avait dit, après son interpellation, ‘je n’arrive plus à respirer » ».

« On a l’impression qu’on est en état de siège »

Dans l’assistance, les propos d’Assa Traoré font réagir les citoyens et acteurs grignois présents. A commencer par l’adjoint au maire chargé de la Culture, Pascal Troadec, qui insiste lui sur les peines d’emprisonnement délivrées aux frères du défunt pour des actes de violences : « c’est incroyable que ces 4 frères aient été en prison ». Lui-même se disant « solidaire » du combat de la famille Traoré se rendra à Beaumont ce 21 juillet « pour la justice ». Acteur et réalisateur, Djigui Diarra vient de terminer un court-métrage sur la thématique des violences policières, qu’il a baptisé « Malgré eux ». Selon lui, « les crimes policiers sont un fléau qui touche la France », et il entend avec son film à ce que « l’on ne minime pas ce phénomène ».

Plusieurs autres témoignages locaux donnent un aperçu du ressenti de l’action et la présence policière, notamment dans ce quartier de la Grande Borne. Aya raconte par exemple les réflexions d’une de ses amies lui rendant visite sur place : « après avoir vu des fonctionnaires armés patrouiller, elle me dit, ‘c’est pas normal, on a l’impression qu’on est en état de siège, les enfants vont grandir en trouvant normale la présence des policiers armés’? Il faut arrêter de banaliser ce genre de choses ». Présents également ce jour à Grigny, plusieurs militants de la mouvance « autonome », qui ont accueilli les soutiens au comité Adama en tête de cortège lors de la manifestation du 26 mai dernier. Pour Antonin, l’un de ses représentants, « la lutte contre les violences policières est centrale ».

Une convergence de combat en train de naître entre ces militants parisiens et ceux du comité Vérité et justice pour Adama? Pour Assa Traoré, la marche de ce 21 juillet est bien « pour tout le monde ». Tandis que plusieurs intervenants rappellent l’actualité récente et la mort sous une balle de la police d’Aboubakar Fofana, début juillet à Nantes, la porte parole du comité entend « faire prendre conscience tous les quartiers de la situation, nos vies ne valent pas moins que les leurs ». Elle assume ainsi se situer dans une démarche « politique » en menant ce type de rencontre à Grigny, mais aussi Clichy, Les Mureaux ou Sevran : « oui, on fait de la politique, car on se représente nous-même ».