Ce mercredi, 13 heures, Domaine départemental de Chamarande. C’est sous un soleil de plomb que nous pénétrons à l’intérieur du Domaine et de son jardin à l’anglaise de 98 hectares. Des enfants gambadent sur l’écrin de verdure du parc, sous la surveillance de leurs parents installés à l’ombre. Un groupe d’amis prend l’apéro et trinque aux sons des oiseaux qui chantent l’été. Des touristes américaines, elles, profitent des rayons du soleil sur des transats aux abords de l’étang. La scène est parfaite, comme presque sortie d’un roman de Jane Austen. Le château du XVIIème siècle, son orangerie du XVIIIème et son jardin vous transportent littéralement dans un autre monde. Tout y est (bien qu’on rêverait aussi de la présence d’un certain Monsieur Darcy pour venir compléter cette scène). Le Domaine de Chamarande semble donc être le parfait endroit pour accueillir la première grande exposition française de Philippe Pasqua qui se distingue par son univers fantasmagorique et symbolique…

Des créations majestueuses pour raconter la vie… et la mort

Lorsque nous arrivons devant le château, nous tombons nez à nez avec un requin aux dimensions impressionnantes. Who should be scared ? (En français : Qui devrait avoir peur ? »), tel est le nom de cette sculpture en inox de 10 mètres de haut. Le requin, un mégalodon, est pendu par la queue, face contre sol, la mâchoire grande ouverte prête à nous faire disparaître. Face à cette créature, on s’interroge : qui devrait avoir peur de qui ? Et surtout : qui est le prédateur ? L’être humain ou le colosse des mers victime des activités de l’Homme et de ses effets catastrophiques sur l’Environnement ?

A la recherche d’air frais, nous nous dirigeons de l’autre côté du château. Sur le sol de la prairie, une tortue échouée de 5 mètres de long. Nous sommes immédiatement captivés par les couleurs, les matières, la mise en scène de cette sculpture impressionnante. La carcasse de la tortue de Philippe Pasqua est en bronze doré, la rendant encore plus imposante. Le filet de pêche qui la recouvre comme un voile ; déteint avec le matériau noble utilisé pour recréer les ossements du reptile. Là encore, l’objectif de l’artiste de 53 ans est bien clair : s’opposer et dénoncer l’indifférence de l’Homme face au changement climatique.

Décidés à enfin se mettre au frais, nous entrons à l’intérieur du château datant du XVIIème siècle. Tout le rez-de-chaussée y est consacré aux œuvres de l’artiste originaire de Grasse. Ce qui retient notre regard est cette série de quatre collages volumineux sur le thème de l’enfance. Chaque tableau est composé de photographies en couleur d’enfants en bas âges collées parfois avec du ruban adhésif apparent. Autour, des fumées de peintures en noir et blanc ; comme pour marquer le caractère éphémère de l’enfance.

Avant de quitter le domaine, nous nous mettons en chemin pour l’orangerie du château. Un immense crâne brûlé nous accueille, orné de papillons. Mais sont-ils des papillons venant butiner sur les restes du crâne mort ou sont-ils un symbole de la vie ? Même vision à l’intérieur de l’orangerie, où des crânes brûlés, de plus petites tailles, sont entassés. Cette fois-ci, la pupille des sculptures macabres est encore visible, comme prête à fondre à l’image d’une bougie qui s’éteint tout doucement…

Une des oeuvres exposées dans le domaine de Chamarande signée Philippe Pasqua

Une des oeuvres exposées dans le domaine de Chamarande signée Philippe Pasqua (MB/EI)

Exposition Allegoria, Philippe Pasqua, du 31 mai au 30 décembre 2018, Domaine départemental de Chamarande. Gratuit.