Une immense clameur : au coup de sifflet final, on a cru que le sol tremblait, là où on projetait le match à côté des locaux d’Essonne Info. Des cris qui résonnent, venant des résidences alentours, et puis quelques instants plus tard, à peine le temps de respirer, que le concert de klaxon et la ferveur de notre quartier d’Evry montent. Et puis on décide d’aller faire un tour en ville pour voir l’ambiance. Partout, des scènes de joie, des enfants sur les épaules de leurs parents, qui agitent des drapeaux, dehors ou assis aux fenêtres des voitures, et puis des gens qui se rassemblent, sur les places de leur quartier, à Jules Vallès, Victor Hugo, la Commune, sur la Dalle du Parc aux Lièvres.. et bien évidemment dans le secteur de la mairie où une ‘fan-zone’ avait été installée.

L’euphorie s’est emparée des jeunes, des familles, garçons et filles arborent des maquillages bleu-blanc-rouge, ça chante, ça saute, ça danse. La joie se transmet et on savoure ces émotions vécues collectivement. Des moments qu’on a rarement l’occasion de vivre à Evry, comme dans l’ensemble des communes de l’Essonne, ou presque, où les habitants se sont réunis pour fêter le titre mondial. Du plus petit village aux grandes artères de nos villes, l’ambiance bon enfant a largement prédominé, proposant même des scènes cocasses (les images de la fête dans le 91).

La France s’est rassemblée dans une unité rarement connue, pour célébrer le talent de nos champions du monde comme le génie de notre sélectionneur. Les sceptiques sont désormais rhabillés pour l’hiver et pourront toujours se consoler en achetant le maillot de M’Bappé à 140 euros pièce. Le « petit » de Bondy symbolise à lui seul une génération d’exception, qui à force de travail et d’abnégation, a patiemment et l’on pourrait presque dire froidement, gravi les échelons de la compétition jusqu’à glaner la récompense suprême.

« Champions mon frère »

Et si la manière continuera à être discutée, on se rappellera que « seule la victoire est belle ». Gageons ainsi que de cette récompense rejailliront des éclats pour l’ensemble de la Nation. On mesure en tout cas le bien que fait cette victoire dans nos quartiers, d’où sont originaires une bonne partie des 23 joueurs, à l’image de Benjamin Mendy formé à Palaiseau (lire notre article). Cette victoire, c’est celle de nos jeunes, mais surtout de leurs éducateurs, encadrants, bénévoles des centaines de clubs, comme ceux qui excellent en la matière dans le 91. Ils permettent à ces mômes de jouer au ballon d’abord, mais aussi de se former, grandir, et surtout, rêver. Nos Bleus font bien rêver nos jeunes. Et c’est là l’essentiel. Le toit du monde leur sied bien.

Les habitants de nos quartiers ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : ces derniers mois je croisais beaucoup plus de maillots des Bleus dans les rues d’Evry que celles de Paris. Mais passons, le résultat montre surtout que le travail, l’effort et le mérite payent. Le football a la particularité dans notre pays de ne pas faire de distinction de classe ou d’origine, seuls le talent et la motivation comptent. C’est le sens de cette victoire mondiale. Tandis que certains aimeraient interdire les concerts d’artistes qui leur déplaisent, mais qui, manque de pot, plaisent à leurs gosses, ces joueurs sont devenus des modèles pour des milliers de gamins de nos villes. Ils les suivent sur Snap ou Insta, commentent leurs vidéos de ces médias sociaux et s’identifient à des jeunes gens utilisant les mêmes outils. En somme, des jeunes de leur temps et à leur image (même si les vignettes Panini existent encore fort heureusement !)

L’équipe de France et la FFF l’avaient d’ailleurs bien compris, en recrutant le chanteur à succès évryen Niska pour leur campagne de promotion du maillot des Bleus. Reste à savoir si cette Coupe du monde s’accompagnera d’un regard nouveau sur nos jeunes, loin des clichés et sentiments véhiculés chez nos élites, politiques, culturelles ou médiatiques. En commentant les scènes de liesse dans les alentours de Grigny 2, le maire de la ville a écrit sur Twitter « on est champion du monde même à Grigny », on aurait envie de lui répondre, « on est champion du monde surtout à Grigny ».