Un pas de plus vers l’édification de la ligne de métro du Grand Paris express sur le Plateau de Saclay : ce mardi 10 juillet se termine une enquête publique, relative à la demande d’autorisation environnementale pour la réalisation de la ligne 18. Deux ans après l’enquête publique principale ayant débouché sur la déclaration d’utilité publique de la ligne (lire notre article), cette procédure légale vise à autoriser les travaux, notamment les creusements et constructions en viaduc, en mesurant les conséquences sur les éco-systèmes concernés.

Concrètement, la construction de la ligne 18, dont la première partie Orly-Saclay a été repoussée à 2027, nécessite le défrichement de plusieurs espaces boisés, ou aura des impacts sur les cycles de l’eau. Une dérogation à l’interdiction de destruction d’espèces protégés doit également être délivrée. A la suite d’une enquête publique d’un mois (du 11 juin au 10 juillet), la préfecture de l’Essonne, conjointement aux départementaux voisins, donnera l’autorisation environnementale en publiant un arrêté inter-préfectoral.

Dans ce cadre, de nouvelles études d’impact, qui sont venues compléter celles réalisées il y’a trois ans, ont été conduites, sur le tracé prévisionnel de la ligne 18. Le résultat : un dossier comportant plusieurs milliers de pages (à retrouver sur le site de la commission d’enquête) de données récoltées par la Société du Grand Paris (SGP) et ses prestataires techniques, sur les lieux du futur chantier. Démarche règlementaire, elle est indispensable au regard du code de l’environnement, avant la pose de la première pierre d’un projet de cette nature.

Le passage par une nouvelle enquête publique, après celle de 2016, permet ainsi d’en savoir plus sur les détails du projet. Comme le présente le dossier d’enquête : « conformément aux dispositions des articles L.122–1, R.122–11 et suivants du code de l’environnement, du fait de la nature des travaux projetés, sa localisation et ses dimensions, le Grand Paris Express, et donc les projets de ligne, sont susceptibles de présenter des incidences sur l’environnement, et sont donc soumis à l’élaboration d’une étude d’impact ». Le projet de ligne 18 est pour sa part concerné au titre de plusieurs rubriques annexées à l’article R.122–2 du code de l’environnement, qui concernent le défrichement prévu d’environ 4 hectares de boisements, la réalisation du métro de 35 kms dont 13 en viaduc aérien et 21 en tunnels, ainsi qu’une nouvelle voirie le long du viaduc.

Notre dossier sur le projet de métro 18

Que contient l’étude d’impact?

Les différents volets de la nouvelle étude d’impact, mise à jour avec l’avancement des données techniques ou encore l’intégration de la future gare CEA dans le périmètre, sont composés d’une description du projet, d’abord, dans ses détails. Avant que ne soient décrites les « incidences notables » sur l’environnement qu’entraînera l’édification de la ligne 18. L’état actuel de l’environnement des différentes communes traversées par la ligne est présentée, tout comme les évolutions à prévoir en cas de mise en œuvre du projet. L’étude met ainsi en lumière « une analyse des enjeux écologiques et des risques potentiels liés aux aménagements fonciers, agricoles et forestiers portant notamment sur la consommation des espaces agricoles, naturels ou forestiers induits par le projet, en fonction de l’ampleur des travaux prévisibles et de la sensibilité des milieux concernés ».

Sont ainsi étudiés l’environnement naturel et forestier, le paysage, ou encore la présence actuelle des habitants et leur cadre de vie. Il est aussi proposé une analyse « des coûts collectifs des pollutions et nuisances et des avantages induits pour la collectivité ». Des coupes géologiques permettent par exemple au constructeur de connaître la nature des sols qui seront creusés pour faire place au tunnel du métro 18 : argiles, sables, calcaires devront être traversés par les perforeuses. Les risques de fragilisation des sols seront mesurés par des auscultations en continu durant la phase des travaux, promet la SGP.

Le tunnel rencontrera aussi sur son passage des zones susceptibles d’être touchées par une « élévation exceptionnelle du niveau de la nappe phréatique », phénomène rare mais qui peut engendrer des inondations par « remontée de nappe ». Ces zones de nappe « sub-affeurante » où les eaux souterraines sont proches du sol sont connues. Sur le tracé de la future ligne 18, il s’agit de Wissous où coule à proximité le ru de Rungis, ou encore le bas de Massy. Le dossier d’enquête signale aussi la présence de plusieurs zones polluées sur le parcours (secteur d’Orly, anciens sites industriels ‘Basias’ à Antony ou site pollués ‘Basol’ sur le Plateau, ancienne station service à Massy..). On trouve également la liste des cours d’eau et rigoles, impactés par « le fuseau de la ligne 18 », c’est à dire son futur tracé et ses emprises. Sur le Plateau de Saclay par exemple, le tracé du métro traversera « en deux secteurs » la Mérantaise, qui parcourt la frange sud avant de se jeter dans l’Yvette. Le tracé de la ligne 18, sur sa partie essonnienne, doit aussi « intercepter » la rigole des Granges qui alimente l’étang de Saclay, longer la rigole de Corbeville, ou encore celle de Saint-Aubin qui se déverse elle dans l’étang de Villiers. Pour limiter les impacts durant le chantier puis l’exploitation de la ligne, la SGP utilisera un tunnelier et des infrastructures étanches, pour empêcher par exemple que les nappes fassent les frais de ces travaux. Des mesures spécifiques pour gérer les eaux pluviales sont aussi prévues pour réduire les risques d’inondation liés à l’imperméabilisation des sols.

18,5 hectares de terres agricoles pour le viaduc

Au sujet des zones naturelles, le dossier d’enquête fait le point sur les zones traversées ou longées par le projet de tracé. Le massif de Rambouillet et ses zones humides proches sont ainsi comptées dans le « fuseau d’étude » de la ligne. Sa partie dénommée ‘Forêt domaniale de Port-Royal » se situe entre Chateaufort et Magny-les-Hameaux (78), classée ‘Natura 2000’ mais qui « n’est pas en interaction directe avec le tracé de la Ligne 18 » précise l’étude. Ce site fait pourtant l’objet d’une attention particulière puisqu’il abrite 24 espèces d’oiseaux rares, comme le Busard cendré, l’Echasse blanche ou la Bondrée apivore, dont la nidification a été observée sur les lieux. Un inventaire de la flore locale est aussi développé, notamment toutes les espèces sauvages que l’on peut observer dans les secteurs délaissés comme Orly ou les abords de l’Ecole polytechnique, où passera le métro. Papillons, insectes, amphibiens et autres petits mammifères complètent le listing.

Pour pallier la détérioration annoncée des éco-systèmes, le constructeur s’est engagé sur des « compensations écologiques », qui consistent à recréer des lieux naturels. Trois sites ont été identifiés et la SGP s’y investira durant trente ans : le Port aux cerises à Draveil sur ses milieux humides, le Parc de Gif pour le boisement et la restauration d’un « corridor écologique » dans le secteur de Polytechnique. Concernant les terres cultivées du Plateau, qui sera traversé en viaduc par le métro, le dossier d’enquête fait le point sur la « perturbation de l’activité agricole » entrainée par l’ouvrage et les gares. Il faudra attendre une diminution de 18,5 hectares de terres pour la section en viaduc et ses emprises ou encore des risques sur les drainages. La SGP compte sur une réappropriation par les agriculteurs d’une partie des terres après les travaux, entre les piles du viaduc « suffisamment éloignées les unes des autres », et assure que des « soutiens financiers » viendront compenser les pertes de revenus.

Au sujet de l’urbanisation liée au projet de ligne, l’étude approfondit peu la question, préférant retenir que la ligne 18 « va plutôt venir conforter des opérations urbaines importantes déjà lancées et en partie réalisées », dont les deux ZAC du Moulon et de Polytechnique et la future zone à aménager de Corbeville. Le dossier tient à couper court aux critiques sur les risques d’une urbanisation massive pour rentabiliser la construction de cette ligne en terme d’exploitation, puisque pour la SGP, « l’essentiel des constructions nouvelles sera réalisé sur des grandes emprises, maitrisées par les acteurs publics et aménagées dans le cadre de procédures d’urbanisme publiques ».

Des nuisances qui « respecteront les valeurs réglementaires »

Sur le plan paysager, le dossier note que les conséquences du projet « sont plus notables » dans la partie aérienne du tracé. La SGP travaillera à ce sujet avec des architectes et experts pour prévoir un « accompagnement paysager ». A noter que pour le constructeur du métro, « l’impact paysager des gares est considéré comme faible à modéré lié aux aménagements urbains environnants portés par d’autres maîtres d’ouvrage ». Au niveau sonore, là encore, une différence est faite entre le tracé souterrain et aérien de la ligne 18. L’étude d’impact conclue sur une augmentation du son qui peut « être considérée comme nulle » en sous-sol, tandis que le bruit généré par le métro en viaduc et ses usages « respecteront les valeurs réglementaires ». Sur les impacts en terme de vibrations, « faibles pour la partie souterraine et pour la majorité de la partie aérienne », ils sont plus problématiques à proximité du CEA ou plus loin à côté de l’usine Thalès. Des piles spécifiques anti-vibratoires et d’autres techniques seront utilisées dans la construction pour atténuer ce phénomène.

Alors que la précédente enquête publique de 2016 n’intégrait pas dans son périmètre la future gare CEA Saint-Aubin, prévue à proximité du Christ de Saclay, cette nouvelle étude d’impact fait le point sur les risques technologiques et pyrotechniques, et plus particulièrement les risques nucléaires (lire notre dossiermai 2016). A retenir pour cette portion de la ligne 18 prévue pour 2030, le scénario privilégié d’une déviation un peu plus au nord, afin d’éloigner le tracé des installations à risque présentes (INB). « Les mesures d’évitement prévues dès la conception ont consisté à modifier le tracé du viaduc à proximité du CEA (distance et azimut) de manière à éviter toute conséquence, directe ou par effet domino, sur les INB du CEA ou de Cisbio, en cas d’effondrement du viaduc et/ou de déraillement d’un train », c’est à dire le pire des scénarios. Plus globalement, la SGP se contente d’annoncer que « des mesures de sécurité spécifiques seront mises en place avec le CEA » en lien avec les plus hautes autorités.

Une autorisation « environnementale » pour « détruire l’environnement »

En janvier dernier, la Cour des comptes rendait un rapport sur les « dérapages » du projet du Grand Paris express et ses nouvelles lignes de métro, avec des coûts partant à la dérive (lire notre article). Raison de plus pour les opposants à la venue du métro sur le Plateau de Saclay de dénoncer de nouveau « une barre de béton de 12 mètres de haut sur 14 kilomètres de long pour y faire passer un métro sur des rails à plus de 100 km/h, toutes les 2 minutes, jours et nuits devant nos villages ! ». Pour le collectif ‘Enterrez le métro’, cette enquête publique n’a pour but que « d’obtenir une autorisation environnementale… pour détruire l’environnement et construire cette horreur ». Dans un document de quatre pages diffusé par les maires des quatre communes qui ont déposé un recours contre la ligne 18 (Villiers-le-Bâcle, Saclay, Magny-les-Hameaux, Chateaufort), cette démarche liée à l’autorisation environnementale est présentée comme « une nouvelle enquête injustifiée ».

Alors que le report de la ligne a été confirmé pour 2027 par le Premier ministre, et que les investisseurs potentiels ont besoin d’être rassurés sur la venue effective du moyen de transport lourd promis sur le Plateau (lire notre dossierfévrier 2018), les maires réfractaires regrettent cette « précipitation » à mener cette nouvelle enquête publique, « avec (son) cortège d’épais dossiers où il faut aller chercher les informations ». Plus largement, les élus parlent de « dossiers incomplets » et d’évolutions de l’environnement et des impacts « dont certains ne peuvent être anticipés ». Une manière d’après eux pour la SGP « d’entretenir le flou, les approximations, les incohérences, les incertitudes » sur la ligne 18, et ainsi « d’éviter que la population ne prenne conscience des graves conséquences » du projet. Dans un avis rendu lors de la séance du 21 février dernier, l’Autorité environnementale émet plusieurs recommandations quant aux résultats de l’étude sur les impacts environnementaux et nuisances possibles du projet. Elle demande à la SGP, chargée de la construction du métro, de préciser ses mesures compensatoires liées aux chantiers à venir, ou encore ses dispositions face aux risques de pollution des nappes. D’autres faiblesses sont également pointées, comme sur l’évaluation des impacts acoustiques et celle des risques cumulés concernant les espaces naturels, ainsi que la « compatibilité » entre le métro et les installations du CEA. Quelques « incohérences » et « imprécisions » sont relevées, bien que l’Autorité environnementale considère que l’étude présentée « reflète une réelle intention d’apporter des éléments d’actualisation dans tous les domaines ». Elle recommande face à ces constats à l’autorité décisionnaire « d’apprécier l’opportunité d’octroyer l’autorisation environnementale pour la seule première section, la seconde section pouvant faire l’objet d’une autorisation ultérieure sur la base d’une nouvelle actualisation de l’étude d’impact ».