89,09% : si il est bien un chiffre qui rendra ce scrutin mémorable, c’est ce taux monstrueux d’abstention. A l’heure où ces lignes sont écrites, nous n’avons pas trouvé trace d’une participation aussi faible concernant un scrutin partiel dans le pays, sous la Vème République. Un taux d’abstention de 78,71% avait par exemple été relevé lors d’un vote cantonal partiel dans la Sarthe en 2016, tandis qu’en 2013, pour une législative partielle des Français de l’étranger, l’abstention grimpait à 86,11%. Plus près de nous, en 2012 à Ris-Orangis, une cantonale partielle avait connu une abstention de 81,86%.

Ce sont donc 3549 électeurs sur les 32 519 inscrits, qui se sont déplacés aux urnes ce dimanche 1er juillet, soit approximativement une personne sur 10 ! Un chiffre qui a de quoi laisser sans voix, et interroger sur la légitimité de cette élection avec une telle débâcle de la participation des citoyens. Ceux-ci ont une deuxième chance, puisque dimanche 8 juillet prochain aura lieu le second tour (de 8h à 18h) dans les bureaux de vote habituels des communes de Corbeil-Essonnes, Lisses, Villabé et Echarcon.

Les résultats du 1er tour

Sorti premier des urnes avec 1215 voix, le maire de Corbeil-Essonnes Jean-Pierre Bechter craignait cette faible mobilisation, « on savait que la participation serait très mauvaise » confirme-t-il, en constatant que « l’élection devant avoir lieu obligatoirement trois mois après le décès, ça tombait dans tous les cas en plein été ». Comme lui, chacun des six candidats déplore ainsi la trop faible participation. Elsa Touré qui s’est également qualifiée pour le second tour avec 754 voix, trouve cela « bien sûr regrettable, mais en même temps tellement prévisible », et de citer pêle-mêle, « la canicule, le début de l’été, la coupe du monde, le dégout du monde politique… » pour expliquer le comportement des (non) électeurs.

La FI engrange les soutiens à gauche

Accusant un retard de 13 points sur son concurrent LR, la candidate Insoumise entend inverser la vapeur pour ce second tour, et reconnait qu’il lui faudra pour cela espérer un sursaut de participation : « il y’a un gros travail à faire, à commencer par autour de nous, il y beaucoup de gens de nos entourages qui ne sont pas allés voter ». Pour cela, « on sera dehors tout le temps » indique Elsa Touré, en prévoyant de quadriller les pieds d’immeubles et de tourner dans les résidences du canton pour aller chercher les voix. « Faudra être au max, ce sera dur mais on peut le faire » s’enthousiasme la candidate de 28 ans.

Du côté de Jean-Pierre Bechter, on reste sur la lancée du premier tour, et « on retrouve à peu près le même paquet de voix qu’en 2015, sauf pour le FN » analyse succinctement le candidat qualifié. Il y a trois ans, les candidats frontistes étaient en effet sortis en tête du premier tour avec 26,63% des suffrages (lire notre article). Avant de voir le binôme dans lequel figurait le maire de Corbeil (23,86%) rafler la mise au second tour. Autre scénario cette année, mais ce duel droite-gauche à venir entraîne diverses prises de position locales.

Arrivé 4ème du 1er tour avec 374 voix, l’écologiste Jacques Picard appelle d’ores-et-déjà « à battre Monsieur Bechter », symbole selon lui « d’un système dévoyé ». Le candidat LR se situe pour lui « dans la lignée de Serge Dassault que nous avons combattu 23 ans », ce qui a motivé son choix. Bien qu’il apparaitra sur la profession de foi du second tour d’Elsa Touré, il n’en fera pas plus : « nos rapports restent par ailleurs compliqué avec eux (ndlr : le Printemps de Corbeil-Essonnes dont la présidente est la candidate FI) ». Autre déclaration de soutien, celle du candidat PS, à travers sa fédération, qui appelle « à voter pour la candidate de gauche arrivée en tête au premier tour ».

Les voisins d’Evry à la rescousse de Bechter

En plus des soutiens glanés auprès du PCF et du mouvement de Benoit Hamon ‘Générations’, la candidature d’Elsa Touré semble donc faire le plein de soutiens à l’approche du second tour. Ce qui fait réagir positivement l’intéressée, pour qui « les gens de gauche voteront pour nous, comme certains du PS qui en ont marre qu’on les confonde avec les ‘En marche’ ». Car dans le même temps, du côté justement des soutiens à Emmanuel Macron, les déclarations et consignes se bousculent au sortir de ce premier tour de scrutin. Et elles donnent le signe que le parti présidentiel préfère Jean-Pierre Bechter à la candidate Insoumise.

A l’image d’une déclaration publiée lundi après-midi par le maire d’Evry Francis Chouat dans laquelle il soutient à demi-mot son voisin de Corbeil-Essonnes. Il se livre ainsi à un plaidoyer anti-France insoumise, critiquant « son opposition systématique, violente et démagogique, ses outrances » allant même jusqu’à accuser le parti de « communautarisme anti-républicain pratiqué localement par ses candidats ». Les choses sont claires pour lui : les représentants FI « ne sont pas ce dont le canton de Corbeil-Essonnes a besoin ». Position presque similaire pour le candidat LREM Jean-Philippe Dugault, qui a réuni 332 voix au premier tour. Celui qui est d’ailleurs responsable de la communication de la ville d’Evry publie un communiqué sans consigne explicite, mais en consacrant la moitié de sa prose à rejeter les « excès » et « positions démagogiques » de la FI.

A l’occasion du second tour, il déclare faire confiance à ses soutiens « pour faire leur choix en toute responsabilité ». Il précise que les raisons qui ont motivé son choix sont que « durant toute cette campagne on a voulu incarner le renouveau, et la FI n’est pas apte à incarner ce renouveau, à cause de leur attitude vis-à-vis de la politique gouvernementale ». Moins de pudeur pour le conseiller municipal Modem d’Evry Alban Bacary qui appelle lui « à faire barrage à la candidate France Insoumise », tout comme d’autres militants En marche du territoire comme l’ancien élu de Corbeil Jean-Luc Raymond qui soutient ouvertement Jean-Pierre Bechter. Ce dernier déclare « accepter tous les soutiens », et place désormais sa candidature comme celle « du rassemblement de la droite et des centristes, sachant que je suis moi-même Juppéiste » tient-il à souligner.

Ceux qui siégeaient dans la même majorité de gauche au conseil général jusqu’en 2015 (devenu conseil départemental), font désormais des appels au vote diamétralement opposés. Le maire d’Orsay David Ros, également chef du groupe d’opposition de gauche au Département, co-signe lundi soir le communiqué commun avec le candidat PS, qu’il soutenait, pour appeler clairement à voter pour Elsa Touré. Au contraire, le maire d’Evry et ancien vice-président « de gauche » au Département rejette ouvertement les Insoumis en préférant de loin la candidature LR. De quoi renvoyer l’ascenseur aux mêmes élus corbeil-essonnois qui appelaient l’an dernier à soutenir Manuel Valls au second tour de la législative face à… une candidature des Insoumis.