Les Coffee shop, ces magasins spécialisés dans la vente de cannabis (ou plus précisément ses dérivés légaux dans le pays) se sont récemment implantés en France. Le concept originaire des Pays-Bas, commence à trouver sa place dans la région, avec un premier point de vente dans le 11ème arrondissement de Paris qui existe depuis le printemps. Devant l’affluence grandissante dans ces boutiques qui ne désemplissent pas, de nouveaux magasins commencent à voir le jour un peu partout en France. C’est notamment le cas en Essonne et plus précisément à Sainte-Geneviève-des-Bois, où le magasin « CB Dream shop » vient d’ouvrir avenue Gabriel Péri.

Comme son nom l’indique, l’enseigne propose plusieurs produits à base de CBD, un dérivé du cannabis qui ne contient pas d’effets psychotropes. L’existence légale de ce type de magasin est pourtant discutée, car un flou juridique existe concernant la commercialisation de ces substances. Un premier Coffee shop parisien fait l’objet d’une enquête ouverte par le parquet et confiée à la Brigade des stupéfiants et du proxénétisme (BPS). Les pouvoirs publics cherchent à vérifier que ce Coffee shop respecte bien la législation, en vendant ces produits à base de Cannabidiol (CBD). L’enquête doit vérifier si le taux de Tétrahydrocannabinol (THC) contenu dans ce dérivé de cannabis est conforme à la loi et ne dépasse pas les 0,2%.

De son côté, le gouvernement annonce vouloir clarifier la loi sur le cannabis depuis « l’affaire » des Coffee shops, qui « détournent le droit » selon les mots de la ministre de la santé. Agnès Buzyn a indiqué vouloir mettre fin à cette pratique, lors d’un entretien sur RTL le 17 juin dernier : « il va falloir qu’on rénove la législation et revoir comment on met de l’ordre dans tout cela parce que la législation sur les 0,2% est peut-être un peu floue ». La ministre en a profité pour affirmer sa positon, « contre la légalisation du cannabis, parce que je pense que c’est un produit toxique et dangereux qui entraine des troubles cognitifs majeurs chez des jeunes et un grand nombre d’accidents de la route. On n’est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les Français arrêtent de fumer pour qu’ils se mettent à fumer du cannabis » à ajouté Agnès Buzyn.

Cette affaire de cannabibiol continue de faire parler puisqu’une nouvelle polémique a éclaté récemment. Le maire LR de Saint-Maur-des-Fossés Sylvain Berrios a déclaré vouloir la fermeture d’un coffee shop installé dans sa ville du Val-de-Marne (à lire chez nos confrères de 94 Citoyens). Dans un communiqué, il demande au gouvernement de prendre les mesures « urgentes et nécessaires » pour mettre un terme à ces installations qu’il qualifie « d’intempestives ». Georges Mendes, le responsable du Coffee shop de Sainte-Geneviève-des-Bois nous détaille l’ouverture du commerce avant d’évoquer l’enquête judiciaire qui secoue actuellement les Coffee shop.

« Notre secteur d’activité c’est le bien-être »

« On n’est pas un Coffee shop, notre secteur d’activité c’est le bien-être » affirme d’emblée le gérant de la boutique essonnienne, « nos produits qui ont le plus de succès sont les huiles à base de CBD ». CB Dream shop propose ainsi des huiles, mais aussi des géllules et des vaporisateurs, tous à base de CBD. « On vend aussi de l’herbe, mais uniquement en infusion » ajoute-t-il. Présent sur l’artère principale de Sainte-Geneviève-des-Bois, le magasin a ouvert le 21 juin dernier. Les commerçants déclarent n’avoir « pas d’objectifs précis en terme de recette, nous cherchons à soulager les gens pour les aider à supporter leurs différents maux ». Les produits vendus « viennent de Suisse et de France » déclare le responsable du Coffee shop avant d’aborder le sujet de l’enquête ouverte à Paris sur un établissement similaire. « On n’est pas concerné par l’enquête, on suit la loi et on est en dessous des 0,2 de THC. On a le sentiment que cette enquête peut avoir un impact négatif sur notre activité mais en même temps, on ne se positionne pas comme un coffee shop » ajoute le commerçant, avant d’évoquer une éventuelle fermeture du magasin : « nous continuerons à suivre la loi, mais je pense peu probable la fermeture de ces magasins Coffee shop ». Pour lui, « la France est très en retard à ce niveau-là et ce serait dommage, que les Français continuent de se fournir dans d’autres pays », voyant par ailleurs ces boutiques comme « une chance pour les Français et pour le pays en matière d’emplois et de revenus pour l’État ».

Côté prix, comptez 11 à 15 euros le gramme de cette herbe, ce qui correspond aux tarifs pratiqués dans la capitale. Nul ne sait si ces boutiques resteront légales ou si l’Etat trouvera le moyen de stopper ce commerce. L’entrepreneur génovéfain entend de son côté rendre normal cet usage : « je ne comprends pas pourquoi la loi est aussi réticente avec cette molécule CBD ». Selon Farid Ghehioueche, du mouvement Cannabis sans frontières, et ancien candidat aux élections en Essonne, « cette vague CBD est actuellement en train de tout emporter en France ». Ce spécialiste et militant de la légalisation assure que la molécule décriée « est vraiment très utile, le cannibidiol a des vertus pharmaceutiques reconnues, aux Etats-Unis un médicament fabriqué à base de CBD a récemment été autorisé ». Et de citer le cas de maladies comme l’épilepsie, « pour lesquelles on constate de vrais effets avec le cannabidiol ». A la différence du THC, qui contient des effets psychotropes, « la CBD est anti-psychotique par excellence, c’est comme le frère ennemi du THC » image-t-il.

Ce débat autour du « cannabis light » laisse toutefois une impression amer au militant, qui relève que « le gouvernement patine dans la semoule, ils vont faire fermer les boutiques, ce qui montre qu’ils sont à côté de la plaque, car tous les jours des ‘coffee shop’ ouvrent ». Plus globalement, l’exécutif manque une occasion d’ouvrir le débat sur les drogues, regrette Farid Ghehioueche : « cannabis, CBD, on va tout mettre dans le même panier, et je me demande comment la police va faire pour différencier le consommateur de CBD ou de substance illégale ». Sachant que d’autres types de magasins (coopératives bio) proposent aussi certaines huiles de chanvre, non dosée en THC. Un vide juridique bien parti pour être comblé, si on en croit les déclarations ministérielles. En attendant, les boutiques de CBD comme celle de Sainte-Geneviève entendent bien profiter du phénomène « à la mode ».

Plus d’infos sur la page Facebook CBDream shop