Combien d’électeurs ‎se déplaceront pour participer au renouvellement du siège de conseiller départemental du canton de Corbeil-Essonnes (qui comprend également les communes de Lisses, Villabé et Echarcon)? Ce genre de scrutin partiel, aux enjeux flous, ne mobilise traditionnellement pas les foules. En Essonne, la dernière élection du genre s’était déroulée en 2012, avant le redecoupage cantonal, sur Ris-Orangis. A l’epoque, seuls 18,54% des électeurs s’étaient déplacés au second tour (18,30% au premier tour). L’enjeu est pourtant celui de succéder à Serge Dassault, dont le dernier mandat était ce poste de conseiller départemental.

Carnet : Serge Dassault passe définitivement la main

Décédé le 28 mai dernier, l’industriel et ancien maire (1995–2009) avait passé le témoin à son bras-droit Jean-Pierre Bechter, à la municipalité. C’est donc le même qui avait été élu au département en mars 2015 (puis avait démissionné pour laisser le siège à Serge Dassault), qui concoure de nouveau devant les électeurs. Il est soutenu par les autres maires du canton et l’un d’entre eux, celui de Lisses, est son suppléant. Il inscrit clairement sa candidature dans la lignée du mandat de son prédécesseur, et rejoindra de nouveau en cas d’élection, la majorité départementale de François Durovray. Pour ce scrutin expresse, « sa légitimité était une évidence » affirme Jean-François Bayle, son adjoint à la ville, « il était le mieux à même de faire vivre la mémoire de Serge Dassault ». De plus, poursuit-il, il est le plus indiqué pour « poursuivre le suivi des dossiers locaux ».

Qui au deuxième tour?

Dans cette campagne très courte, les aspirants déclarés savent déjà que la meilleure arme est de convaincre les potentiels abstentionnistes de se rendre aux urnes. La faible participation entrainera vraisemblablement un second tour, dans lequel le favori sur le papier pourrait affronter l’un des 5 autres postulants. Il y a trois ans, le Font national avait accédé au second tour sur le canton. Il est présent cette année, avec Grégory Saillol, accompagné par la secrétaire départementale du parti Audrey Guibert. Ce candidat inconnu de la vie locale renouvellera-t-il les scores du dernier vote de 2015?

Nouveauté de cette élection partielle : la présence du parti présidentiel, la République en marche. Jean-Philippe Dugault, coordinateur LREM sur la 1ère circonscription (Evry-Corbeil), se lance ainsi en campagne. Le représentant du mouvement d’Emmanuel Macron entend se faire un nom et s’affiche comme « le renouveau » de ce scrutin. Avec la disparition de Serge Dassault, « on constate qu’une page se tourne » annonce le candidat, qui veut tenter avec ce scrutin d’installer le parti localement : « on considère que face à une gauche divisée, en incapacité à s’organiser pour proposer quelquechose, à En Marche, on est capable de construire une alternative crédible et durable » sur Corbeil-Essonnes. Adoubé par le parti présidentiel, le prétendant ne revendique pas encore le soutien du député Manuel Valls, mais ne cache pas sa proximité avec l’élu d’Evry, « notre démarche s’inscrit aussi dans la construction d’une force réformiste sur Corbeil, c’est la même logique que ce qui se passe sur Evry-Courcouronnes, il s’agit d’un mouvement national et local ».

Forte de ses scores locaux aux dernières élections, présidentielle et législative, la France insoumise est également en campagne. Elsa Touré, 28 ans, est désignée représentante pour cette élection du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Le PCF lui a également apporté son soutien. Cette candidature est le fruit d’une décision nationale, les militants locaux de la FI s’étant dans un premier temps engagés pour un autre candidat. Peu importe, celle qui est également présidente du Printemps de Corbeil-Essonnes, l’association d’opposition municipale, entend « rassembler les forces locales » avec sa candidature. Sa démarche s’inscrit ainsi en opposition aux politiques départementales menées depuis le changement de majorité en 2015 : « en trois ans de droite au Département, on a eu 29% d’augmentation d’impôts et moins de services publics, nous tous Essonniens méritons mieux » plaide la candidate.

Deux semaines pour convaincre

« On ne pouvait pas se permettre de ne pas être là pour les départementales » : c’est avec ces mots que Jacques Picard, candidat EELV justifie sa présence. Il veut pour sa part « orienter toutes les politiques publiques » vers l’écologie. Cet ancien conseiller municipal et régional qui milite depuis 35 ans fait l’analyse « qu’on a été complètement dépassés par l’histoire, en matière d’environnement et d’écologie ». Il se montre sévère à l’égard de la politique gouvernementale en la matière, et se dit « en opposition frontale » avec les choix d’Emmanuel Macron. Localement, la question du Cirque de l’Essonne est central pour le prétendant écologiste, et il rappelle : « on a été les premiers à poser la question de son devenir, pour l’instant on l’a protégé, on doit le développer en terme de ferme urbaine ».

Enfin, l’ancien secrétaire du PS de Corbeil-Essonnes, Jérôme Brézillon, se lance dans la campagne. « Je suis membre du PS mais ma démarche est celle d’un rassemblement hors-partis » explique celui qui est également conseiller municipal d’opposition. Il a obtenu le soutien de la présidence du groupe d’opposition de gauche au Département, et veut que les électeurs « sanctionnent la majorité de François Durovray » à l’occasion de ce vote. Il entend également demander des comptes au maire qui se présente de nouveau : « si Jean-Piere Bechter y retourne, qu’il explique aux électeurs pourquoi il a démissionné la dernière fois ». Avec cette campagne très courte, où la plupart des candidats privilégient les points de rencontre avec les habitants, une page se tournera bien pour Corbeil-Essonnes. Si le canton compte quatre communes, c’est bien la ville chère à Serge Dassault qui fera le vote des 1er et 8 juillet.