Au dessus des voies du RER B, aux confins de l’Essonne et des Yvelines, un écrin naturel cerne le domaine de Vaugien. Un élégant château domine les bois alentours, et deux mares font office de tampon naturel, où se réfugient d’ordinaire de nombreux insectes et la faune des alentours. C’est ce paysage bucolique, typique de la vallée de Chevreuse, qui s’est transformé en enfer à l’occasion des épisodes pluvieux de ces derniers jours. Dans la nuit de lundi à mardi, les mares débordent et forment de véritables torrents d’eau et de boue, qui s’engouffrent alors sous les emprises de la ligne du RER B en contre bas, et finissent par détruire tout un pan de la voie.

Un affaissement fait dérailler le RER B

Plusieurs heures après l’accident, le bassin gorgé de boue, ou plutôt la « mare » ne cesse de couler et l’évacuation se poursuit en direction de l’Yvette, située 100 mètres plus bas. L’engorgement des réseaux, couplé à l’intensité des tombées d’eau, a laissé la vallée sous le choc. Les fortes pluies du dimanche soir ont par exemple provoqué une importante coulée de boue, dans la rue de la Gruerie, située entre Gif-sur-Yvette et Gometz-la-Ville. 24 heures après le passage du torrent de boue, la rue garde les stigmates des intempéries. De bas en haut, la route est barrée et les rares riverains dehors s’attellent à nettoyer leur pas de porte ou bout de trottoir.

Quelques maisons ont vu les coulées atteindre leur sous-sol. Il y a aussi les caves de plusieurs immeubles de la résidence la Clairière de Vaugaudron qui se sont trouvées inondées. « C’était de la boue, majoritairement » décrit un couple, en train de mettre aux encombrants ce qui n’a pas pu être récupéré. « Il y a une ancienne carrière de sable, en haut, sur laquelle ont été entreposés des déchets, avec les pluies la retenue a lâché, et tout a été déversé » raconte un riverain. Si quelques troncs d’arbres ont été installés pour contrer les flots, la coulée de boue a dévalé la pente, s’invitant dans certaines maisons. « Il y avait une véritable cascade là haut » poursuit cet habitant de la rue.

Déjà un affaissement à Saint-Rémy en avril dernier

Sur Gif-sur-Yvette, d’autres endroits de ce versant de la vallée ont également été touchés. Le bas d’un chantier situé à l’entrée de la rue de Grande Coudraie, où aux alentours du quartier de l’Abbaye, la boue s’est invitée chez les riverains. Plusieurs autres affaissements ont été constatés ces derniers jours entre les plateaux et la vallée, comme sur la rue du Doyen Joseph Peres à Orsay, reliant le campus aux établissements situés sur le Moulon. A Bures, c’est dans les hauteurs de la Hacquinière que le bassin d’Armand, ainsi que le petit ru du Vaularon, ont débordé mardi matin, prenant les habitants de court et provoquant des inondations.

Pour le président du syndicat de la vallée de l’Yvette le Siahvy Michel Barret, « ce sont les épisodes de pluies tropicales de ces derniers jours, plus les pluies récurrentes de ces derniers mois qui font que les sols étaient déjà gorgés d’eau, qui ont provoqué ce qu’il s’est passé ». En avril dernier, c’était du côté de Saint-Rémy-lès-Chevreuse qu’un chantier s’était affaissé, provoquant des dégâts sur la Rue de Paris. Cet axe majeur qui relie Saint-Remy à Gif est depuis complètement fermé. « On a une configuration géologique complètement particulière, avec la vallée de Chevreuse encaissée entre deux plateaux, de nombreux problèmes se posent donc avec les ruissellements » analyse pour sa part Catherine Giobellina, de l’Union des Amis du Parc de la Haute Vallée de Chevreuse

Même explication pour Michel Barret, selon qui « c’est le ruissellement, le ravinement des plateaux qui a emmené toute cette boue ». Il livre également quelques hypothèses sur la situation de ces derniers jours : « il y a eu une modification du mode de culture agricole avec des sillons dans le sens des pentes pour mieux évacuer, c’est peut-être une explication. Il y a aussi le phénomène d’urbanisation qui peut expliquer ça. Mais la boue venait parfois même de propriétés privées, pas forcément d’espaces agricoles ». La situation est toutefois différente de celle de 2016. Les bassins et autres espaces de rétention des eaux n’ont cette année pas débordé (lire notre article), et les inondations se sont donc trouvées limitées.

Les bassins de l’Essonne sous surveillance accrue

Dans la côte de la Gruerie, une ancienne carrière de sable a dévalé sur la route, surprenant tout le quartier (JM/EI)

Dans la côte de la Gruerie, une ancienne carrière de sable a dévalé sur la route, surprenant tout le quartier (JM/EI)