Le 9 décembre prochain, soit dans très exactement six mois, le quotidien de milliers d’usagers du sud de la ligne D va être bouleversé. C’est à cette date que rentre en application le plan de découpage des branches sud du RER D, baptisé ‘SA 2019’. Des cinq branches actuelles du sud du RER D, resteront deux branches qui disposeront de trains en direction de Paris, depuis Melun via Montgeron et Villeneuve, et depuis Corbeil-Essonnes via Evry-Courcouronnes et Juvisy. Les autres branches Corbeil-Juvisy via Ris-Orangis, et au sud de Corbeil les lignes Malesherbes et Melun deviendront des liaisons secondaires en navette (les détails des modifications à venir).

Les promoteurs du projet, direction de la ligne D et Région, mettent en avant la nécessaire lutte contre la congestion de la ligne, et assurent que le SA 2019 améliorera sensiblement la régularité des trains. Les branches principales se trouveront également mieux desservies. Vice-président aux transports à la Région et maire de Courcouronnes, Stéphane Beaudet est en première ligne depuis des mois pour défendre le bienfondé du projet. En l’absence de financements pour réaliser de gros travaux sur le RER D, comme sur le ‘noeud de Corbeil’, la « simplification » des branches sud de la ligne est considérée comme la seule solution possible pour pallier à la dégradation de la ligne.

Notre dossier sur le ‘SA 2019’

Mais cette décision qui entrera en vigueur dans 6 mois n’est toujours pas acceptée par certains usagers concernés. Un rassemblement s’est tenu ce mardi 5 juin devant les grilles de la cité administrative d’Evry, à l’appel des collectifs opposés au SA 2019. Le même soir, une réunion se déroulait au sein du Conseil départemental, pour présenter les dernières mesures liées au découpage de la ligne aux élus et associations d’usagers. Selon plusieurs participants, la question du bienfondé du SA 2019 a de nouveau été posée, les critiques se concentrant sur Stéphane Beaudet. Le lendemain, c’est au cours d’une réunion de l’association Evry-village sur la fusion d’Evry-Courcouronnes que les échanges se sont une nouvelle fois concentrés sur le RER D et ce qui attend les voyageurs du bord de Seine pour décembre.

Place à la justice

La contestataion du projet est d’abord venue du Sud-Essonne, à travers les élus de la branche Malesherbes qui sont sortis du bois, avec leur association l’Adumec. Celle-ci a déposé un recours au nom des communes du sud-Essonne contre le SA 2019. Du côté de la branche dite ‘vallée’ concernant les gares d’Evry val de Seine, Grand Bourg et Ris-Orangis, un collectif a été créé l’an dernier, et les maires de Ris-Orangis, Soisy-sur-Seine et Etiolles sont également à l’initiative d’un recours en annulation de la délibération de décembre 2017 d’Ile-de-France mobilité (ex-Stif) entérinant le nouveau schéma du RER D. Instruit au Tribunal administratif, son résultat interviendra pourtant « postérieurement au SA 2019 » indique le maire de Ris-Orangis.

Dévoilé lors d’une réunion à l’intiatve des maires le 28 mai dernier, un autre recours est en préparation. Il s’agit d’une action collective. Il est demandé aux usagers impactés par la rupture de charge supplémentaire de se joindre à la procédure qui vise à demander des compensations financières pour les désagréments engendrés. « On lance un recours en responsabilité » informe le maire de Ris Stéphane Raffalli, « le but est l’indemnisation, et les mis en cause sont IDF Mobilité et la SNCF ». Toutes les personnes qui voudront s’associer au recours devront ainsi estimer leur « préjudice particulier » à l’aide d’une grille indemnitaire. Ce recours individuel de groupe sera déposé courant juin, indiquent ses initiateurs, même si le nombre de plaignant est pour le moment difficile à estimer. « Potentiellement on peut être 15000 » souffle le maire de Ris-Orangis.

Des mesures compensatoires

Membre du collectif des usagers du val de Seine et habitant de Soisy, Nicolas Trotin n’en démord pas : « ce qu’on veut, c’est retrouver une ligne directe pour Paris ». A côté du « front juridique » en oeuvre, le collectif insiste sur la nature politique de la décision du SA 2019. Ce nouveau schéma est vu pour lui comme une « commande politique de Valls, Beaudet, Chouat et Durovray » au détriment de certains usagers. Le collectif fait ainsi l’analyse que « tout a été décidé en 2016 » et compte bien poursuivre sa lutte au delà de l’application de la refonte des branches.

Il plaide ainsi pour une déclaration de la ligne D en « état de saturation », afin de contraindre la SNCF à repenser totalement l’organisation de ses lignes, entre les liaisons franciliennes et les trains qui relient les autres régions. La députée Marie Guévenoux (LREM), qui accompagne les maires dans leurs démarches, assure « faire en sorte que le SA 2019 ne soit pas appliqué ». Elle s’est rapprochée du cabinet de la ministre des Transports pour que de nouvelles études sur les solutions alternatives au découpage des branches soient réalisées : « SNCF réseau présentera de nouveaux résultats fin septembre, car les élus pensent que les études présentées ne sont pas crédibles ». Celle-ci entend de cette manière « rétablir la confiance » entre les décideurs et les usagers impactés. Pendant ce temps, Ile-de-France mobilité a confirmé plusieurs mesures visant à compenser la rupture de charge des usagers du sud-Essonne. Un train supplémentaire circulera le soir entre Juvisy et Malesherbes, et les liaisons de bus seront renforcées vers les gares de rabattement connectées à Paris.