Tam-tam, banderoles, slogans criés sous les grilles d’entrée du lycée : les ingrédients sont une nouvelle fois bien réunis ce jeudi 31 mai à Savigny-sur-Orge. Une partie des lycéens de Corot répondent à l’appel à une journée de colère dans les lycées. Pas de blocus complet de leur établissement en cette matinée, la direction ayant pris les devants. Plusieurs classes ont donc accédé ‎à l’interieur des lieux, mais une centaine de jeunes gens sont rassemblés sur le parvis du lycée et la place Davout.

Ils sont rejoints ce jour là par quelques lycéens de Vilgenis à Massy, arrivés en RER. Il faut dire qu’il s’agit de la quatrième action organisée par les lycéens cette année. Le 22 mai, ceux-ci avaient suivi l’appel à la mobilisation, en organisant un blocus le matin avant pour certains, de rejoindre la manifestation parisienne.

Pour l’occasion, plusieurs élèves de Terminale ont édité un tract au titre puissant : « Soulève ta banlieue ! ». Après les premiers résultats donnés par Parcoursup, « de nombreux lycéen.ne.s issu.e.s de la banlieue se retrouvent dans une situation inacceptable » est-il écrit. Entre les refus et l’attente « interminable et angoissante » des postulants à l’enseignement supérieur, ces lycéens sont révoltés face à ce qu’ils appellent « un nouveau moyen utilisé pour renforcer le tri social dont les banlieues sont les premières victimes ». Pas question pour eux d’accepter  « un système de sélection à l’université » qui ne sert qu’à combler « le manque de place dans les facs ».

Notre reportage le lendemain du 22 mai : la grande loterie des lycéens

« Vidal (la ministre) nous dit qu’il y a pas de problème, mais dans ma classe il y en a encore 13 en listes d’attente » illustre Maya, en Terminale S à Corot. Pour Jossana, en Littéraire, « ces ‘en attente’, c’est des ‘non’ cachés ». Toutes deux regrettent que les pouvoirs publics n’aient pas pris en compte l’augmentation attendue du nombre de jeunes dans les études supérieures : « le gros problème, c’est qu’il n’y a pas de place pour ceux qui arrivent. Il y a eu le baby-boom des années 2000, ils n’ont rien prévu ».

Une jeunesse mobilisée.. et réprimée

En cette fin d’année scolaire, la manière dont a été traité leur mouvement laisse un goût amer chez ces lycéens. « Macron dit qu’il fait une politique pour les jeunes générations, c’est des paroles en l’air, la seule chose qu’il fait c’est nous gazer » : le ton est donné au fur et à mesure que la discussion embraye sur les semaines de mouvement des lycéens; dont certains ont participé à des rassemblements voire des occupations parisiennes. Louise, lycéenne à Pagnol (Athis) et présente ce jeudi devant Corot, parle d’une « répression démesurée » subie par ses camarades et elle. Elle n’hésite ainsi pas à faire le lien entre « la violence contre les mouvements sociaux » et « celles dont sont victimes les habitants de banlieue« . Sur le sol, un graffiti rappelle la mort tragique d’un jeune de Massy l’an dernier, demandant toujours « Vérité pour Curtis ».

Le cas des 100 lycéens conduits 48 heures en garde-à-vue pour un début d’occupation du lycée Arago à Paris, a également laissé des traces. « C’est une répression de fou, c’est purement scandaleux ce qui leur est arrivé, c’était de vraies humiliations » s’indigne une autre lycéenne. Sa voisine déplore que parmi les lycéens de Corot montés à la manifestation parisienne du 22 mai, « une jeune qui faisait sa première manif s’est pris une grenade dans la jambe et a boité deux jours ». Une succession de témoignages qui fait dire à Maya, en préparation du bac S : « on fait tout pour que les élèves d’ici se sentent inférieurs ».

Cette journée d’action sera néanmoins la dernière de l’année, selon les lycéens mobilisés. « On arrête car le bac commence » expliquent deux Terminales, tout en annonçant la couleur, à côté de leurs camarades : « mais on espère que les Secondes et les Premières vont prendre la relève dès septembre, car il faut continuer à se battre contre cette sélection à la fac ». Certains à côté acquiescent du regard.

Notre dernier dossier : Parcoursup : comment gérer l’attente?