Vingt-cinq hectares. Voici la taille du terrain pour lequel les avis divergent. Celui-ci, placé sur la commune de Villebon-sur-Yvette, à quelques encablures seulement de celle de Champlan, entre les bras de l’Yvette et de la Boêle, divise les maires des deux villes depuis plusieurs années maintenant. Objet de la prise d’envergure de ce conflit, l’acceptation par Dominique Fontenaille, maire de Villebon, d’accueillir sur ce terrain un immense parc naturel aménagé par la société ECT, groupe de gestion de remblais de matériaux inertes, grâce notamment aux déblais des travaux du Grand Paris Express (Ligne 15). Et si l’idée de construire un grand parc naturel peut sembler tout à fait plaisante, force est de constater que celle-ci n’est pas acceptée les bras ouverts du côté de Christian Leclerc, maire de Champlan, et de celui du collectif des associations de la Vallée de l’Yvette. « J’ai accepté qu’on me construise un parc naturel ouvert au public à un endroit qui est actuellement une décharge », se justifie Dominique Fontenaille. « Tout le monde était enthousiaste sur le projet au début », assure-t-il ensuite.

Un traumatisme

Cet enthousiasme, c’est désormais de l’histoire ancienne, et ce, notamment depuis les inondations de juin 2016, où plusieurs villes se sont retrouvées submergées. « Ici avant c’était une cuvette. Et ça servait de zone tampon, de zone humide quand il y avait des inondations. Et dans les années 70, il y a eu une autorisation de dépôts de déblais de chantiers de la gare Montparnasse et de la ligne TGV », explique Christine Maupas, du Collectif Palaiseau Terre Citoyenne. « Un entrepreneur privé avait acheté ce terrain pour y construire des logements. Finalement il lui a été interdit de le faire, mais les remblais sont restés et certains y ont déposé des déchets. Des matelas, des palettes… Ce n’est pas un très beau paysage », poursuit quant à lui Dominique Fontenaille.

Une chose est sûre, tout le monde s’accorde à dire que ce terrain ne peut rester en l’état. « Il faut considérablement améliorer le paysage, donc l’idée c’est de faire 22 hectares de promenade », poursuit le maire villebonnais alors qu’une première partie de ce parc a déjà été inaugurée en juin 2016. Cette première partie, elle, pose déjà problème, alors que la qualité des remblais actuellement présents sur le site est déjà remise en question. « Le jour de l’inauguration, on distribuait des tracts pour informer de ce qu’il y avait en-dessous. Le SIAVHY a fait une étude de sol, et a trouvé des traces de pollution », résume Christine Maupas alors qu’un projet de station d’épuration a par ailleurs été abandonné.

C’est maintenant une menace d’environ 150 camions par jour (pendant 5 ans) et de 2,7 millions de tonnes de déblais qui pèse sur cette prairie. Une montagne artificielle qui pourrait alors s’élever d’une dizaine de mètres supplémentaires pour un total d’environ 18 mètres de haut. Une hérésie pour le maire de Champlan qui entend bien se battre « jusqu’au bout », pour faire annuler le projet. « Aujourd’hui il y 17 espèces protégées, ECT a demandé à la DRIEE de pouvoir détruire ces espèces protégées. Ça fait bizarre en 2018 d’entendre ça. Ce terrain c’est une pépite. C’est sidérant d’avoir à se battre pour ça« , s’étonne le maire champlanais qui a lancé une pétition pour stopper ce projet. « C’est à l’opposé de ce qui devrait être fait. Les zones humides sont des zones éponges en cas d’inondations. Ce sont des zones précieuses », surenchérit le collectif.

La "prairie de Villebon" pourrait bientôt devenir un grand parc naturel (GD/EI).

La « prairie de Villebon » pourrait bientôt devenir un grand parc naturel (GD/EI).

Que faire ?

Pour eux Dominique Fontenaille est en passe de réaliser « l’une des plus grosses erreurs de ces dix dernières années ». Christian Leclerc se souvient, lui, encore de sa bataille contre l’installation de la fameuse station d’épuration il y a environ 10 ans. S’ils sont parfaitement conscients de la difficulté de l’opération, le maire de Champlan et le collectif des associations restent persuadés que ce terrain doit être déblayé, plutôt que le contraire. « Ce qu’il faudrait faire, c’est enlever ces remblais et mettre le terrain au niveau de l’Yvette pour avoir une nouvelle zone humide », poursuit l’édile champlanais, craignant aussi un fâcheux paysage pour ses habitants durant les travaux. « Il faudrait avoir le courage de trouver de l’argent. Moi je cherche déjà des solutions. Si c’était sur ma commune ça aurait déjà été trouvé » .

Lors de l’enquête publique  réalisée en fin d’année 2017, les  communes limitrophes ont tour à tour émis un avis défavorable pour ce projet. « Les réserves portent principalement sur la maîtrise des risques d’inondation dans la vallée de l’Yvette », rapporte le commissaire enquêteur. « Cette problématique est de la compétence du SIAHVY et de la Commission Locale de l’Eau Orge-Yvette (CLE) », précise-t-il ensuite.  Ce projet, le SIAHVY y est, lui, plus que favorable. Michel Barret, président du syndicat des eaux se montre néanmoins compréhensif avec les détracteurs du projet. « Dans la philosophie, on est tous d’accord. Oui il faudrait tout décaisser pour en refaire une zone humide, comme elle a pu l’être par le passé. Ça aurait été parfait. Mais c’est surréaliste », assure-t-il, tout comme Dominique Fontenaille, aussi vice-président du syndicat. « Il faut se rendre à l’évidence. Il n’intègrent pas le plan financier. En plus, où mettrait-on la terre alors que l’on cherche déjà de la place pour en mettre ? ».

Le président du SIAHVY évoque alors la mise en place d’une convention avec le maître d’ouvrage ECT, pour le réaménagement des Berges, ainsi que la création d’une réelle zone d’expansion de cru, à deux pas du futur parc. « On va étendre le lit de l’Yvette et créer une zone humide sur l’ancien hippodrome de Villebon. C’est un terrain de 4 hectares qu’on a déjà classé comme non constructible », ajoute quant à lui le maire villebonais. Plus que la création d’un simple parc naturel, les deux hommes espèrent donc bien améliorer le cours de l’Yvette de part ces travaux. Et si le commissaire enquêteur a déjà émis un avis favorable, reste à connaître l’avis du nouveau préfet, qui devrait donner son accord ou non dans les prochaines semaines. En attendant, collectif des associations de la Vallée de l’Yvette et maire de Champlan continuent de multiplier les actions, avec une réunion ce vendredi soir.