Les plus anciens Corbeil-Essonnois se remémorent parfois cette année 1977. A l’approche des élections municipales, la droite locale venait de se trouver un nouveau chef de file. Héritier du clan Dassault, avec un père, Marcel, dont le nom est lié à la reconstruction du pays après 1945, Serge avait choisi de poser ses valises dans cette lointaine ‘banlieue rouge’. Corbeil-Essonnes était communiste depuis l’après-guerre, et il s’agissait pour l’homme de conquérir par lui-même le poste de maire, sa famille étant installée dans l’Oise. Après trois échecs, c’est finalement en 1995 que Serge Dassault devient maire de la commune.

Un aboutissement pour celui qui a repris les rênes du groupe d’aviation Dassault au décès de son père en 1986. Entre 1988 et 2004, Serge Dassault est élu au sein du conseil général de l’Essonne (devenu conseil départemental), puis le redevient en 2015. Il est également élu sénateur en 2004, puis pour un second mandat en 2011. En 2017, il ne se représente pas. A la tête de la ville de Corbeil-Essonnes jusqu’en 2009, Serge Dassault conduit les opérations de rénovation urbaine à Montconseil et aux Tarterêts, et initie plusieurs transformations de la ville, comme les nouveaux quartiers de l’ex-hôpital et de la Papeterie.

Depuis 2009, son bras-droit Jean-Pierre Bechter officie au poste de maire. Car c’est aussi à partir de cette année que la justice s’intéresse à la gestion municipale. Trois scrutins d’affilée, des mises en examen de Serge Dassault et son entourage, et un procès au long cours en 2016 sur les dérives du « système Dassault », qui conduira à la condamnation de l’un de ses proches à 15 ans de prison ferme (lire notre dossier). Dans une autre affaire l’an dernier, Serge Dassault avait écopé d’une condamnation à 5 ans d’inéligibilité et 2 millions d’euros d’amende pour blanchiment de fraude fiscale et dissimulation d’avoirs (lire notre article). Un jugement du tribunal correctionnel de Paris dont les avocats de l’industriel avaient fait appel.

Nouvelle élection à venir

Une chose est certaine, son décès va entraîner un nouveau scrutin sur la commune de Corbeil-Essonnes, et plusieurs villes avoisinantes. Comme conseiller départemental du canton regroupant Corbeil-Essonnes, mais aussi Villabé, Lisses et Echarcon, Serge Dassault était président de la commission des finances au Département. Suppléant après l’élection de mars 2015, il avait remplacé son successeur Jean-Pierre Bechter, démissionnaire en septembre 2015 au poste de conseiller départemental. Les électeurs devraient donc être prochainement appelés aux urnes pour élire un remplaçant à l’ancien maire de Corbeil-Essonnes.

C’est d’ailleurs du Département que sont partis les premiers hommages à l’homme politique et industriel décédé. « Grand industriel » qui a « modernisé en profondeur l’entreprise Dassault » selon les mots du député Manuel Valls – qui l’avait battu en 2002, Serge Dassault a reçu de nombreuses marques de respect depuis l’annonce de son décès. Il aura ainsi pour l’ancien Premier ministre « marqué l’histoire de Corbeil-Essonnes », même si précise-t-il : « j’ai contesté certaines de ses pratiques ». Localement, son héritage restera au moins matérialisé par l’octroi du nom d’une partie de la N7. Cette ‘avenue Serge Dassault’ où se trouve le lycée ou encore l’hôpital Sud-Francilien ne fait pourtant pas l’unanimité (lire notre dossier).

Reste désormais la question de l’après. L’homme qui devrait recevoir un hommage national, laisse une ville et ses nombreux soutiens locaux, en quelques sortes orphelins. Avec sa disparition à 93 ans, c’est en tout cas bien une page singulière de la vie de Corbeil-Essonnes qui se tourne.