Acceptés, en attente, refusés : voilà les trois types de résultats qu’ont découvert plus de 800 000 lycéens ce mardi 22 mai, lorsqu’ils se sont connectés à la plateforme Parcoursup pour prendre connaissance des premières réponses à leurs vœux émis pour l’accès à l’enseignement supérieur. D’après les chiffres ministériels, la moitié d’entre eux a obtenu au moins une réponse positive aux différents vœux. Qu’en est-il pour les lycéens du département, territoire mixte entre la banlieue, le rural et le péri-urbain ?

Nous nous sommes rendus aux portes de quatre lycées essonniens à la rencontre des élèves de différentes filières. De Corbeil-Essonnes à Savigny-sur-Orge, en passant par Bondoufle et Evry, les élèves se sont montrés sans langue de bois à l’égard du nouveau système d’admission post-bac.

L’occasion de constater que l’on trouve à la vue des situations rencontrées, toutes sortes de cas, du refus total d’admission aux acceptations de plusieurs établissements du dossier de l’élève. ‎Les bacheliers sont pour une grande partie placés dans les contingents de listes d’attente des différentes formations, au sein des universités, BTS, IUT, classes préparatoires, sans compter les écoles post-bac. Une situation que plusieurs acteurs académiques et les lycéens, eux-mêmes, avaient en partie anticipé, lorsque les détails du fonctionnement de Parcoursup et son algorithme ont été dévoilés (lire notre article).

« On s’y attendait »

Nathan prépare le bac STMG aux Loges d’Evry, sur ses 5 vœux formulés, il a reçu comme résultat « 4 non et un « en attente‎ ». Pas possible pour lui d’entrer en fac de Droit ou BTS MUC comme il le souhaitait, mais il figure en liste d’attente pour un BTS à Saint-Denis, « 122ème sur 300 », précise-t-il. Avec le logiciel Parcoursup, il va guetter jour après jour l’évolution de la liste, selon les désistements attendus de candidats qui opteront pour d’autres filières. Comme d’autres, il « s’était préparé à ça », indique-t-il, et avait participé au débrayage de son établissement contre la plateforme d’accession à l’enseignement supérieur le mois dernier.

Dans sa classe où l’on se spécialise en droit-comptabilité-gestion, le résultat est avec ce premier jet sans appel : « sur les 30 élèves, seuls 5 ou 6 ont eu des oui », estime-t-il, comprenez une réponse positive d’admission dans une université ou formation. ‎Lui-même qui se définit comme « élève moyen » se montre amer à la vue de la situation de ce mercredi matin : « ici, chaque Terminale, on a tous envie d’avoir un avenir », lâche-t-il en fumant sa cigarette. A deux pas, une personnelle commente à voix haute : « il y a quasi des attentes partout ». Sur le parvis de ce lycée où se mêlent jeunes d’Evry, mais aussi Soisy ou Saintry, la récréation du matin fait sortir des grappes d’élèves de l’établissement.

Notre précédente enquête : Parcoursup continue de cristalliser les inquiétudes (abonnés)

Comme ce groupe de copains en préparation du bac ES. « Je ne m’attendais pas du tout à ça », ‎témoigne Aurèle, qui a obtenu une acceptation sur 10 vœux, et pas du tout son premier choix. Pour les autres, deux refus et le reste en attente. Il va donc comme beaucoup de ses camarades guetter la remontée dans les files d’attente, « je suis 1000ème sur 3000 pour un IAE, par contre pour un IUT Tech de Co 33ème sur 300 ». Le résultat de cette première vague lui reste ainsi en travers de la gorge, car « j’ai pourtant rempli tous les critères », grogne-t-il. A ses côtés, Yannis se donne aussi quelques jours avant de trancher. Deux acceptations en licence Socio et AES à l’université d’Evry, contre deux refus et sept vœux en attente. Quatre vœux formulés par Caprice, dans la même classe, deux refus et deux listes d’attente en guise de réponse à cette première vague de Parcoursup : « un BTS gestion PME où je suis 32ème sur 49 et un Deust ». Dans leur classe, peu ont obtenu mardi soir leur choix favori. Alors on espère que les choses bougeront d’ici le 28 mai, date limite de la première vague où les lycéens doivent confirmer leur choix sur la plateforme.

Au petit bonheur la chance ?

Même ambiance au lycée Jean-Baptiste Corot de Savigny-sur-Orge, où des élèves d’une Terminale Economique et Sociale montent au créneau face au nouveau système d’affectation de l’enseignement supérieur. « J’ai la haine contre Macron, je me retrouve sans rien. Comment est-ce que je peux avoir de l’espoir si je vois que je suis en attente sur tous mes vœux ? », accuse l’une des aspirantes bachelières. Regards perdus, têtes baissées, ses copines acquiescent. Elles ont toutes demandé une licence de droit, pour la plupart dans des facs parisiennes, Diderot, Assas, Descartes. « Sur toute ma classe de Terminale on a majoritairement des résultats en attente pouvant aller à la 5000e place », souffle sa copine. En effet, contrairement à APB, les élèves de Terminale et les étudiants en réorientation pourront voir leur statut avancer au fil des minutes selon si des places se libèrent. Néanmoins cette phase en rend anxieux plus d’un. « Au lieu de me focaliser sur mes révisions pour le baccalauréat qui, lui aussi arrive à grand pas, je reste scotchée sur mon écran à scruter si ma position en liste d’attente évolue ».

Sélectif ? Aléatoire ? Lettres de motivation non lues ? C’est ce que se demandent des élèves du lycée Corot, « J’ai cette impression que, moi, élève d’un lycée de banlieue, je ne pourrai pas être acceptée à Paris », peste une élève, admise en Staps à la fac d’Orsay. « C’est clairement sectorisé. Si tu veux partir sur Paris, il faut avoir un gros gros dossier. Même l’IUT de Lieusaint c’est compliqué », surenchérit Mathieu, en Terminale S au lycée Doisneau de Corbeil. Plus que des simples déceptions, on trouve aussi et surtout de l’incompréhension. Les élèves se demandent alors comment est fait ce tri qui demeure, pour beaucoup, incohérent. « Ils ne lisent même pas les lettres de motivation. Un mec dans ma classe il a mis sur sa lettre qu’il ne voulait surtout pas intégrer l’école pour laquelle il postulait, et il a été pris », raconte Geoffroy, en terminale S SVT dans le même lycée, lui même en liste d’attente sur tous ses vœux, et refusé pour une demande de BTS. « J’ai une fille dans ma classe elle a eu 20 « non », et une « liste d’attente », poursuit-il.

De quoi décourager bon nombre d’étudiants comme Elodie, Nicolas ou encore Anaïs, tous en Terminale L à Doisneau, et tous sur liste d’attente. Parmi cette petite bande, seul Noë a pu avoir ce qu’il souhaitait, même s’il est aussi en liste d’attente pour certains vœux, non prioritaires. « On est en attente partout, donc on va passer de supers vacances. Pourtant j’ai mis que des filières non-sélectives. En fac ils acceptent tout le monde normalement, là, carrément pas », grogne alors Elodie, tandis que Quentin, Benjamin, et Kylian, tous les 3 en STI 2 D, et tous les 3 en attente pour les DUT, ont pu constater quelques bugs sur la plateforme d’admission. « J’ai eu des problèmes avec mes vœux. J’en ai ajouté un, et il s’est supprimé. J’ai dû appeler l’école pour laquelle j’ai postulé pour qu’il soit rajouté. Quand j’ai appelé on était environ 40 à avoir ce problème là », explique l’un d’entre eux.

Le choix crucial de ces banlieusards qui veulent aller à Paris

Chez ces lycéennes des Loges en Terminale L, on s’en est globalement pas mal tiré. Dans leur classe « on a été acceptées un peu » décrivent-elles. ‎Kenza a eu 3 vœux validés, et a d’ores-et-déja opté pour une entrée à la fac d’Evry, « je favorise la proximité », argumente-t-elle. Evry également pour son amie Emma, qui a été acceptée en L1 histoire, à côté de 5 listes d’attente, « j’ai accepté tout de suite, je n’ai pas attendu », ‎dit-elle soulagée. Lauriane de son côté a presque réalisé carton plein, « mais c’est la première de la classe », chantent ses copines. Elle qui veut aller en fac de Lettres a validé 6 vœux sur 8. Malgré cela, elle ne se précipite pas : « je suis prise à Nanterre ou Cergy, mais je préfère Paris pour les transports ». En effet, elle se trouve sur liste d’attente pour ses deux vœux de fac parisienne. Situation semblable mais autre décision pour Eva, 5 vœux acceptés sur 9 dans des facs de langue, et une satisfaction pour elle : « je choisis donc LLCE à Créteil, ce qui me convient, car j’avais peur de ne pas avoir mon secteur ». Mais les jeunes filles ne se réjouissent pas pour autant de la situation, en référence à leurs camarades de classe moins bien servis dans cette loterie : « il y a beaucoup trop de ‘en attente’ autour de nous, au moins nous on a eu une réponse ».

Aux Loges en Terminale ES, les résultats du premier tour de Parcoursup ressemblent à s’y méprendre à ceux de leurs collègues de L. Les bons élèves ont eu des vœux validés, « mais on est tous en attente » sur les universités de la capitale. Selon Lionel, « les lycéens parisiens vont être pris avant, peut-être que certains d’entre nous finiront par y arriver ». Lui a eu 12 réponses positives et 9 ‘en attente’, « pour moi c’est positif mais je pense aux autres ». Avec « 14/15 de moyenne », Romain ne s’en sort pas trop mal, mais ses choix se trouvent toutefois limités : « 3 oui, en Droit à Evry et l’antenne Assas de Melun, une CPGE à Savigny, 6 ‘en attente’ et trois non ». Inès attendra pour sa part quelques jours avant de trancher et de voir si elle remonte dans les listes d’attente. « J’ai été acceptée en Socio et Histoire à Evry, mais j’attends encore pour Paris ». A l’image de plusieurs de ses camarades espérant une université à Paris, il faudra se positionner le 28 mai au soir dernier délai. Soit accepter l’une des propositions d’affectation, souvent pas des premiers choix, ou prendre le risque de laisser passer la seconde phase de Parcoursup, voire la suivante, pour tenter de remonter dans les classements et obtenir le sésame de la fac parisienne tant souhaitée. Choix crucial si il en est.

Également en ES, Obeidi a connu une plus mauvaise fortune, « huits voeux refusés et 3 en attente » dont une licence LEA et des BTS. La raison de cette mauvaise loterie, il l’a connait : « l’an dernier je séchais beaucoup, depuis je me suis repris, mais c’est trop tard ». Dans les critères Parcoursup, les établissements et filières peuvent en effet se reposer sur le dossier scolaire pour motiver leur décision. Le lycéen va donc prendre sont mal en patience durant ces prochaines semaines. Que faire de ses vœux « en attente  » ? C’est la question que se pose un groupe d’élèves devant le lycée Corot de Savigny. En effet, les propositions se font en continu, sauf pendant la période des écrits du bac du 15 au 25 juin où la procédure s’interrompra techniquement. «  Il est possible que je sois en attente jusqu’au 5 septembre, est-ce que je dois accepter mes autres vœux ? Ou tout risquer et attendre ? J’ai l’impression de jouer à une partie de poker », plaisante à demi-mot un élève.

D’autres ont évité Parcoursup

Au lycée François Truffaut de Bondoufle, Killian, en Terminale L, avait rempli 8 voeux, tous des facs d’histoire. Malgré un dossier correct, il a reçu une réponse positive et 7 listes d’attente. « Je suis accepté en L1 à Evry, mais pour le moment je me maintiens sur la liste, car mon rêve est d’aller à la Sorbonne », explique le jeune homme. Lui s’estime chanceux même si il figure « 5000ème sur 6000 » dans une fac parisienne, car d’autres se retrouvent beaucoup moins bien lotis : « il y’a des cas dans ma classe de ‘non’ partout, les élèves devront passer en commission cet été ». En résumé, affirme-t-il, « tous ceux qui ont demandé sur Paris sont en attente », ce qui conduit déjà selon lui a une surdose de stress à l’approche des épreuves du bac, sachant que « au moins 50% n’ont rien pour l’instant » s’alarme-t-il. Si il considère s’en est bien sorti, « accepté en fac et en attente pour une prépa », Nourredine, Terminale S dans le même lycée, a vu « quelques critiques sur les réseaux sociaux », mais ne se plaint globalement pas du système.« Je ne lui reproche pas grand chose ». La mise en attente « créé par contre du stress », reconnaît-il, « surtout pour ceux qui n’ont rien de sûr à trois semaines du bac ».

Une soirée cauchemardesque visiblement pour certains, une soirée d’observation pour d’autres qui avaient vraisemblablement prévu le coup. Dans ce petit groupe de Terminale ES de Corbeil-Essonnes, on a préféré prendre ses précautions pour ne pas se retrouver le bec dans l’eau au moment des résultats. Si le remplissage des vœux sur Parcoursup a tout de même été fait, les attentes étaient toutes autres que pour les élèves cités auparavant. « Parfois ceux qui ont des bonnes moyennes ne sont pas acceptés, ceux qui en ont des mauvaises le sont. J’ai préféré choisir une autre école sans passer par Parcoursup, je savais que ça allait être bizarre », avouent Mateo ou encore Annaëlle pour qui le premier choix sur Parcoursup a tout de même été validé. « J’ai fait 5 vœux, j’en ai validé un, les 4 autres sont en attente, et celui qui a été validé n’était pas du tout mon premier choix. Heureusement j’ai fait les démarches à part pour une école, mais si je comptais sur Parcoursup c’était mort « , ajoute, à leurs côtés, Margot.

Comme Margot, Annaëlle et Matéo, Cyriac et Mathieu avaient eu aussi prévu une roue de secours. Le premier en STMG n’avait d’ailleurs fait que 4 voeux sur Parcoursup. Des vœux correspondant à des BTS pour lesquels il est lui aussi en attente. Comme pour son camarade, Cyriac a décidé de ne pas poursuivre ses études et ne porte donc pas grand intérêt à la validation ou non de ses vœux. « Mes seuls vœux qui ont été validés c’est en fac, mais de toute façon je ne vais pas continuer, je vais travailler dans l’informatique avec mon père », lance quant à lui Mathieu qui n’exclut pas de reprendre ses études plus tard. Difficile de prévoir combien baisseront les bras d’ici septembre, et il faudra compter avec les commissions de juillet censées trouver une place dans le supérieur aux futurs recalés de Parcoursup. Au Parc des Loges d’Evry, certains enseignants prévoient même de monter « une cellule parents-profs-élèves » cet été pour accompagner les ‘sans-facs’, et « si il faut, on ira jusqu’aux universités aider les élèves à s’inscrire », indique Oscar Segura, professeur d’Espagnol aux Loges.

Reportage de Quentin Dary, Gérald Delin, Shéhérazade Hamidi et Julien Monier