Quand on rencontre Sarah, qui nous a donné rendez-vous au studio Lyrics de Montgeron, on se dit d’abord « quel chemin parcouru depuis l’INT ! ». Dans les jeunes années d’Essonne Info, nous avions noué des liens avec la radio associative du campus des écoles Télécom d’Evry. A l’époque, Sarah est bénévole, animatrice, puis dirigeante d’EvryOne qui émet sur la bande FM (95.4) dans le secteur du centre-Essonne. C’est là d’ailleurs que tout a commencé pour celle dont la présentation est désormais « Fondatrice et CEO de la startup Auticiel ». Mais rembobinons un peu pour savoir comment cette jeune femme toujours simple et spontanée en est venue à être précurseur dans les outils en ligne à destination d’un public particulier : les personnes à handicap mental et cognitif.

Nous sommes en 2009. Tout droit sortie d’une prépa littéraire à Lyon, ville dont elle est originaire, Sarah Cherruault débarque à Evry, après avoir réussi le concours de l’Ecole Télécom management. « Je l’ai choisi car elle avait ce côté numérique » raconte-t-elle, en expliquant être tombée sous le charme des lieux au moment de venir passer ses oraux : « j’ai tout de suite apprécié le côté vie de campus, avec tout à proximité ». Dès sa première année, comme la plupart des étudiants, Sarah prend part à la vie associative dense du campus, « il y avait par exemple des challenges internes d’entrepreneuriat » se souvient-elle. Elle intègre à cette époque la radio associative EvryOne, dont les studios sont situés dans le bâtiment des assos et clubs étudiants.

C’est lors d’une émission qu’elle va d’ailleurs faire une rencontre décisive pour le reste de sa vie. « J’ai croisé une personne membre d’une association de parents d’enfants autistes » poursuit Sarah, « elle m’a dit qu’il y avait des choses à faire dans le domaine des tablettes, car elles ont la vertu d’être faciles d’usage pour les enfants ». Nous sommes à l’époque, en 2011/2012, en plein boom de ces outils dans le grand public. C’est de là que part l’idée de créer une première appli, « d’abord comme projet d’étudiant à 5 » se remémore la porteuse de projet, en prenant dès le départ les choses au sérieux : « on l’a fait très consciencieusement ». Ils sont deux à poursuivre l’aventure, et à être incubés au sein de l’INT starter, structure présente sur leur campus pour accompagner les jeunes créateurs.

« On créé des ponts entre le numérique et le médico-social »

Après une première appli béta sortie en 2012 « qui grimpe même en tête de l’app store éducation », les très bons retours des utilisateurs « nous ont encouragé » spécifie Sarah Cherruault. En 2013, l’entreprise est officiellement créée, et durant 2 ans, l’équipe d’Auticiel va mettre au point une série d’applications dédiées : se repérer dans le temps ou l’espace, devenir autonome et interagir avec les autres, des séquençages pour réaliser des tâches étape par étape, ou encore un outil pour décrire et apprendre les émotions.. Téléchargeables gratuitement, ces logiciels sont ensuite proposés avec abonnement. Sarah et son équipe nouent également rapidement des partenariats avec quelques grosses structures ou instituts médicaux. « Et puis on a développé notre propre tablette adaptée » indique-t-elle. De marque Samsung, elle contient tout le pack avec un interface simplifié.

L’intérêt de ces outils, d’abord développés à destination d’enfants présentants des troubles autistiques, est de favoriser la communication et les repères, et ainsi aider à plus d’autonomie. En prenant en compte les difficultés liées à la parole, « l’utilisateur va appuyer sur des pictogrammes, cela fait des phrases et créé une communication » explique Sarah. Les méthodes sont ainsi « les mêmes que les outils papiers, avec les classeurs et différents pictogrammes, mais plus adaptées à l’outil informatique ». La douzaine d’applis visent « les fonctions cognitives » de l’enfant ou de l’adulte, et permettent de personnaliser « des tutoriels adaptés pour guider les tâches du quotidien, étape par étape ». Ces applis, qu’elle propose également à des instituts spécialisés avec des formations (ESAT), sont destinées « principalement aux autistes et déficients intellectuels, et certaines pour les troubles neurocomportementaux », sachant que « l’individualisation » de l’usage est « essentielle » dans ce domaine, insiste Sarah Cherruault.

L’Essonne son bol d’air

Le développement de la petite entreprise se poursuit, mais là aussi, la jeune entrepreneuse a choisi d’y aller pas par pas. Pas de grosse levée de fond pour vendre sa gamme d’applis aux quatre coins du monde, mais plutôt, le souci d’améliorer sans cesse ses logiciels, et d’en mesurer la portée avec les professionnels du handicap. « Aujourd’hui on développe 2 applis par an » précise-t-elle. Elle a par ailleurs fait appel à la finance solidaire pour son développement, les ‘Impact invest’, en prévision d’une montée en puissance durable de la startup. Et parceque comme le dit Sarah, « quand je m’engage pour un truc, j’y vais à fond », en référence à son vécu du monde associatif, la prochaine étape, « c’est de faire assembler, dans un ESAT, nos tablettes » annonce-t-elle. Un projet bien avancé qui pourrait aboutir cette année.

Si le succès de ces applis devait se résumer par un chiffre, ce serait 200 000, soit le nombre total de téléchargements enregistrés en France et au Canada pour ces outils. Une réussite qui ne monte pourtant pas à la tête de Sarah, « c’est très spécifique ce que l’on fait, c’est une niche » résume-t-elle. En France, 2,65 millions de personnes sont concernées par le handicap. Sarah compte bien participer à les rendre « plus autonomes » grâce au numérique. Elle a participé pour cela au débat national sur la stratégie de l’Etat pour un « numérique inclusif », avec une contribution proposant notamment de « reconnaître l’accès aux outils numériques comme un droit pour tous, y compris pour les personnes en situation de handicap ».

Avec le développement d’Auticiel et ses différents engagements, sa vie est désormais plus orientée à Paris. Mais malgré la présence de ses locaux dans un pôle de startups côté Marcadet-Poissonnier, Sarah n’en a pas pour autant délaissé sa vie essonnienne. Le siège d’Auticiel est toujours domicilié au sein de l’école Télécom, où la jeune chef d’entreprise garde ses contacts. Elle fréquente par ailleurs assidument le studio Lyrics de Montgeron. a proximité du Réveil matin. Ce lieu artistique qui existe depuis 10 ans est en effet devenu le repère de Sarah. Car à ses heures perdues, elle chante ici avec un petit groupe de rock. Son « petit coin de paradis » qui l’aide certainement à résister à la torpeur parisienne, « c’est vrai que quand je suis dans le 91, ici ou à Evry je respire » souffle-t-elle.

Pour en savoir plus, le site d’Auticiel

La startup fait aussi partie des finalistes du concours La France s’engage, plus d’infos sur la page facebook et un ‘like’ pour soutenir