De mémoire d’anciens combattants, il y a rarement eu autant de monde aux commémorations du 8 mai 1945 de Montgeron. En effet ce mardi, le cortège qui partait de la mairie sur les coups de 10 heures rassemblait plus de 200 personnes. Une partie d’entre elles arborait par ailleurs un petit sticker sur leurs vestes, laissant transparaître un message évocateur : « Touche pas à mon Monument ».

Depuis quelques mois et la confirmation du déplacement du Monument aux Morts dans le cadre de la rénovation du centre-ville de Montgeron, un petit groupe d’associations s’est mobilisé pour faire infléchir la municipalité sur ce sujet. Le monument érigé en 1922 sur la place de Rottembourg, devrait à terme être déplacé de quelques hectomètres, sur un terrain jouxtant l’église Saint-Jacques, près de l’ancien presbytère. Opposées à ce déménagement, les associations ont alors opéré une distribution de tract dans la ville pour mobiliser les citoyens sur cette question lors de la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une opération qui a visiblement porté ses fruits.

Rénovation du centre-ville de Montgeron : un lifting qui interroge

« On ne déplace pas un Monument aux Morts »

« On ne veut pas que le monument soit déplacé », lance Renaud Arpin, président d’honneur de la société d’histoire locale de Montgeron, entouré de plusieurs membres associatifs, juste avant le début de la procession. « Son emplacement actuel est le fruit de l’histoire, poursuit ce dernier. Le sculpteur Paul-Marcel Dammann a réalisé cette œuvre pour ce lieu précis. La décision de l’implanter face à l’entrée du domaine de Rottembourg a d’ailleurs été prise à l’unanimité par les conseillers municipaux de l’époque ». Des arguments que prône également Michel Potier. Ce Montgeronnais de naissance se dit « offusqué » par le déménagement du Monument aux Morts sur lequel « le nom de [son] grand-père et de sept copains d’école morts pour la France à la guerre d’Algérie y sont inscrits ». Accompagné de ses enfants, Ahmed, pointe du doigt l’aspect historique et du devoir de mémoire. « En étant situé sur la plus grande artère de la ville, le monument est à la vue de tous et surtout des plus jeunes, ce qui soulève parfois des questions de leur part sur la raison de la présence d’un tel édifice. Cela nous permet d’effectuer un travail de transmission et de mémoire. Mais en le déplaçant dans une rue secondaire, plus étroite et moins passante, le monument risque de tomber dans l’oubli ».

Les Monument aux Morts date de 1922 (JL/EI)

Le Monument aux Morts date de 1922 (JL/EI)

Peu après la fin des commémorations, le sujet est dans de nombreuses bouches. Rares sont ceux qui parmi les anciens combattants semblent satisfaits de la décision du déménagement de l’édifice. Pourtant, René Vanvynckt, président des Anciens combattant de Montgeron se dit favorable à un nouvel emplacement. « Ceux qui sont contre ont tort. C’est une très bonne chose de le déplacer près de l’église, dans un endroit où la circulation est moins importante ». Interpellé par le discours de cet ancien combattant, le député de la circonscription, Nicolas Dupont-Aignan (DLF), monte au créneau. « On ne déplace pas un Monument aux Morts ! », scande-t-il, avec un autocollant agrafé sur sa veste.

Un combat « politisé » ?

« S’il s’agit de mettre en valeur l’entrée du domaine de Rottembourg, élargissons l’entrée, mais ne retirons pas le monument », tacle alors NDA. Le son de cloche est similaire pour les différents membres de l’opposition communale. Martine Boulay et Stefan Milosevic, d’Ensemble pour Montgeron, abondent dans ce sens. « On ne déplace pas un monument aux Morts, sauf s’il y a affaissement de la voirie. Respectons la charte de Venise de 1964 », estime le duo. Cette charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites stipule notamment que « le monument est inséparable de l’histoire dont il est le témoin et du milieu où il se situe ». En conséquence, le déplacement ne peut être toléré « que lorsque la sauvegarde du monument l’exige », est-il écrit dans la charte. La maire de la commune, Sylvie Carillon, avance pour sa part des éléments de sécurité pour justifier son déplacement. « Dans le cadre des commémorations, la place sur laquelle est implanté le Monument aux Morts est trop étroite. En cas de forte affluence comme aujourd’hui, nous devons bloquer une partie de la route pour assurer la sécurité. En le positionnant proche de l’église, nous aurons plus de place pour les prochaines commémorations », explique l’édile montgeronnaise, avant d’ajouter : « Derrière le monument, il y a quand même une superbe perspective avec l’entrée du domaine de Rottembourg ».

Cette dernière avance assez sereinement sur ce projet. « Les trois quarts des gens qui manifestent leur hostilité à ce sujet sont politisés. C’est vraiment dommage de politiser un instant de communion comme celui-ci. J’ai d’excellents retours de la part de la population », insiste-t-elle. Mais celle-ci indique toutefois que le dossier n’est pas encore clos. « Des réunions de concertation verront le jour au mois de juin », confie Sylvie Carillon. Une annonce qui fait rire jaune quelques militants associatifs. « Elle a déjà obtenu le permis de construire depuis le 14 mars dernier », soufflent certains d’entre eux, qui assurent au passage « ne pas avoir été manipulés par les élus d’opposition ». La maire de Montgeron se justifie alors : « L’obtention d’un permis de construire ne signifie pas l’obligation de faire des travaux. J’ai fait le choix de le demander, car le temps pour l’obtenir est assez long ».

Egalement opposé au déplacement du monument, le conseiller d’opposition Patrice Cros (LREM) se pose d’autres questions. « C’est un projet qui n’a pas été concerté, et surtout qui n’est même pas chiffré. On ne déplace pas un Monument aux Morts comme un parterre de fleurs, ça a un coût », lance ce dernier, qui estime avec ses collègues de l’opposition le coût du déplacement à « 200 000 ou 300 000 euros ». « Ce sera moins, rétorque Sylve Carillon, qui ne peut pour le moment donner plus de précisions à ce sujet. Nous n’avons pas encore tous les retours, car nous venons tout juste de lancer le marché ».

L'édifice devrait prendre place d'ici la fin de la décennie devant l'espace boisé, au second plan (JL/EI)

L’édifice devrait prendre place d’ici la fin de la décennie devant l’espace boisé, au second plan (JL/EI)

Cette première manifestation silencieuse pourrait en appeler d’autres. Une pétition a d’ailleurs vu le jour il y a quelques semaines. Mais dans un premier temps, le collectif d’associations souhaite de nouveau saisir la préfecture de l’Essonne pour empêcher le déplacement de l’édifice qui pourrait intervenir d’ici la fin de la décennie.