Sortie de crise, au sein du groupe d’hypermarchés Carrefour. Annoncé le 23 janvier dernier, le ‘plan de transformation’ de l’enseigne avait provoqué une levée de boucliers chez les représentants du personnel. A l’appel des organisations syndicales, plusieurs débrayages et rassemblements pour protester contre les mesures prévues dans ce plan s’étaient tenus, notamment à Massy. Le siège essonnien du groupe est concerné au premier chef, avec des centaines de postes qui doivent être supprimés. Outre une digitalisation des activités et des réorganisations, le plan Bompard prévoit la cession des supérettes de proximité ex-Dia, ou le cas échéant leur fermeture.

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Quatre mois après l’officialisation de ce plan, un accord a été trouvé entre la direction de Carrefour France et les syndicats majoritaires. Le groupe vient ainsi d’officialiser la signature de deux accords concernant sa restructuration. Le premier, signé par FO, la CGC et la CFTC, entérine le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) des 273 magasins de proximité (Market, Contact), « pour lesquels aucun repreneur n’aura été trouvé d’ici fin juin » annonce la direction du groupe. Le second concerne le Plan de départs volontaires des salariés des sièges, pour un total de 2 400 postes en moins, signé cette fois par FO, la CGC, la CFTC, ainsi que la CFDT. La mise en oeuvre de ces deux plans sociaux est annoncée pour le 1er juillet prochain.

Ces deux accords signés « témoignent de la volonté partagée de la Direction et des partenaires sociaux de Carrefour de mettre en place des dispositifs d’accompagnement social exemplaires et équilibrés, en privilégiant systématiquement le retour à l’emploi, pour accompagner l’indispensable transformation du Groupe », communique Carrefour France, précisant que les dispositifs dédiés aux salariés « sont d’ores et déjà opérationnels ». Un constat partagé par les représentants de FO, syndicat majoritaire du groupe, qui ont avalisé le plan. « Nous avons obtenu des avancées grâce à la mobilisation des salariés et notre rapport de force » se réjouit Cyril Boulay, délégué central pour les Carrefour proximité.

FO obtient satisfaction

A la suite du « samedi noir » organisé le 31 mars dernier au sein des hypermarchés du groupe, une sortie de crise a pu être trouvée, comprenant une revalorisation de l’intéressement, et des garanties sur le reclassement. Pour le délégué FO, « un reclassement interne sera proposé, car il y a 5 000 à 10 000 recrutements par an avec le turnover, on a donc la capacité d’absorber les 2200 salariés concernés » par la fermeture des supérettes. Autre axe, le montant des indemnités proposées dans le cadre du plan de départs volontaires, pour lesquelles, « la direction a accepté nos propositions » ajoute le syndicaliste.

Dans le détail, pour les salariés des ex-Dia, « le dispositif mis en place est destiné à permettre le reclassement, principalement en interne, du plus grand nombre de salariés concernés », assure la direction de Carrefour, affirmant que « chacun d’entre eux se verra proposer trois offres valables d’emploi, dont au moins deux au sein du Groupe Carrefour, le plus proche possible de leur domicile ». Un accompagnement « renforcé et individualisé » est ainsi annoncé, tout comme pour les 2 400 salariés des sièges, où les « collaborateurs souhaitant réaliser un projet personnel de mobilité externe, sous la forme d’un emploi salarié ou de la création d’une entreprise » seront aidés. Des départs en retraite anticipée sont aussi prévus, sachant que selon le groupe Carrefour, les mesures financières d’accompagnement posées « vont au-delà de celles prévues dans les conventions collectives et les accords d’entreprise en vigueur dans le Groupe ».

Pas de quoi satisfaire les représentants de la CGT Carrefour, troisième syndicat du groupe, et non signataire des deux accords. Philippe Allard, son délégué central, se dit « énervé » par le dénouement de la situation. Le plan de transformation désormais entériné par ces accords majoritaires « ne sont que des licenciements déguisés », tranche-t-il. « Le mouvement historique du 31 mars a accouché d’un souris, il n’y a rien de plus qu’en janvier, si ce n’est 150 euros de bons d’achats pour les salariés », développe le délégué CGT. Celui-ci accuse ainsi les syndicats signataires, « des syndicats maisons » selon ses mots, d’être « complices » d’un plan de départs volontaires, « qui n’a de volontaire que le nom ».

Carrefour voyages également concerné

Pour Cyril Boulay de FO, il fallait signer ce plan, « car avec nos revendications, on a obtenu des moyens pour les salariés dans leur choix de reclassement ou de reconversion ». Selon lui, le discours défendu par la CGT « ne tient plus », car « la loi Travail est passée par là, et si nous n’étions pas autour de la table, l’entreprise aurait utilisé un document unilatéral » pour son plan social. Qualifiées de « malheureuses » par le responsable FO, ces suppressions de postes sont atténuées par « des moyens de retour à l’emploi » juge-t-il. Quoi qu’il en soit, la mobilisation des salariés du groupe est bien terminée avec la signature des ces accords, la CGT se sachant impuissante à poursuivre seule le mouvement. De quoi laisser un goût amer à Philippe Allard, qui signale que « 356 millions d’euros de dividendes ont été versés » sur le résultat 2017 du groupe. « Comment peut-on dire que tout est réglé alors qu’il y a plein de licenciements », lâche-t-il.

Si le plan de départ concernera principalement les sièges de Boulogne et Massy, avec une diminution de 2400 des effectifs, les sièges annexes d’Evry pourraient également être concernés par les détails de ce plan. Nos confrères de TourMag parlent ainsi d’une trentaine de postes concernés au siège de Carrefour Voyages d’Evry-Courcouronnes.