C’est sur une parcelle nichée sur les hauteurs du plateau de Crosne, en bordure d’une zone industrielle et des jardins familiaux de Villeneuve-Saint-Georges, qu’a élu domicile l’association des Abeilles maraîchères. Sur cet espace de près de quatre hectares, la structure œuvre pour favoriser l’insertion professionnelle par le travail de la terre. Depuis son implantation sur le site en 2011, l’association a défriché plusieurs centaines de mètres carrés de verdure, avec le but d’y développer une agriculture biologique et de vendre les produits sur un principe avoisinant celui des Amap.

Toutefois, l’avenir de la structure d’insertion s’est quelque peu obscurci ces dernières semaines. Déjà très peu citée dans le nouveau projet de territoire de l’agglo du Val d’Yerres Val de Seine voté début avril, l’association a vu le terrain sur lequel elle travaille faire l’objet d’un rachat de la part de la municipalité. Cette dernière prévoit notamment d’y implanter une déchetterie à proximité de l’exploitation associative. Des projets qui ne semblent, à première vue, « pas forcément compatibles », pour les cadres de la structure d’insertion.

Une déchetterie, quelles conséquences ?

« Pour l’instant, nous sommes dans l’expectative. Beaucoup de points sont encore flous et il est difficile d’y voir clair sur la suite ». Par ces mots, Virginie Gesbert, la directrice des Abeilles maraîchères ne cache pas son inquiétude. En effet, le 10 avril dernier, la commune de Crosne est devenue propriétaire d’un terrain grand de plus de 88 000 m², au sein duquel figurent les 4 hectares occupés par les Abeilles maraîchères. « Il s’agit de terrains que l’Etat avait gelé pour permettre aux aménageurs de dessiner une déviation de la RN 6. Mais ce projet a été abandonné », explique la directrice de l’association.

Achetés pour un total de 195 200 euros, ces fameux terrains ont notamment pour vocation d’accueillir à termes une déchetterie sur 2 500 m² pour « répondre aux besoins de l’agglomération du Val d’Yerres Val de Seine », confirme la délibération votée le 10 avril dernier. Une implantation qui soulève une première salve de questions. « Où va-t-elle être implantée précisément ? Quels types de produits y seront traités ? », s’interrogent les membres associatifs. Le maire de Crosne, Michaël Damiati, a souhaité éclaircir quelques points lors du conseil communautaire de l’agglo, le 9 avril dernier. « Cette opération de rachat a pour but de permettre à la commune d’avoir la maîtrise du foncier », lance l’édile crosnois, avant d’expliciter : « Il est ensuite prévu d’installer une déchetterie à côté des terres occupées par les Abeilles maraîchères ». Concernant les produits traités, la municipalité indique qu’il s’agira « en priorité de gravats sans amiante et de végétaux. Chaque type de matériaux bénéficiant de sa propre chaîne de valorisation ».

Les membres des Abeilles maraîchères veulent conserver le terrain crosnois (JL/EI)

Les membres des Abeilles maraîchères veulent conserver le terrain crosnois (JL/EI)

Pas de quoi rassurer pour autant la structure d’insertion. « Ici, nous cultivons la terre avec des méthodes issues de l’agriculture biologique. Outre le maraîchage, nous accueillons aussi sur place des ruches. L’implantation d’une déchetterie à proximité pourrait avoir des impacts néfastes sur la qualité de nos produits », estime Virginie Gesbert.

« Pas de solutions de rechange »

Beaucoup de questions, mais peu de réponses concrètes pour le moment. Pourtant, quelques autres solutions ont été émises le soir du conseil communautaire en cas d’incompatibilité totale entre les deux projets. « D’autres terrains à Boussy-Saint-Antoine peuvent accueillir l’exploitation des Abeilles maraîchères », annonçait alors Michaël Damiati. Mais là encore, cette « solution de rechange » ne semble pas convenir aux membres associatifs. « Les terrains évoqués sont entre les mains des promoteurs. Quand bien même ils seraient disponibles, nous pourrions les prendre à condition de conserver ceux que nous avons sur Crosne. En sept ans, il y a eu un vrai investissement humain et financier sur ces terres. Avant de devenir cultivable, cela demande beaucoup de temps », récapitule Virginie Gesbert.

A l’heure actuelle, l’association exploite deux des quatre hectares dont elle dispose. Cependant, celle-ci projette d’aménager les parcelles restantes, totalement boisées. « Nous allons faire avec d’autres acteurs locaux une mise en valeur de cette partie boisée, avec la mise en place d’un sentier pédagogique », informe la directrice de la structure d’insertion.

Même constat auprès des personnes prises en charge par l’association. Farida, 49 ans, fait partie des 75 personnes qui ont eu un contrat au sein de cette structure depuis 2011. Arrivée en mars 2016, elle devrait quitter l’association fin novembre avec un certificat d’accompagnante éducative et sociale dans sa poche. Celle qui effectue tout type de tâche, dont le maraîchage, souhaite se « battre jusqu’au bout » pour que la structure « conserve ses terrains » de Crosne. « A un moment de ma vie, j’ai perdu pied, et j’avais besoin de retrouver un travail, mais il était hors de question pour moi de me planter. C’est pour ça que j’ai demandé à intégrer les Abeilles maraîchères, révèle cette dernière, qui évoluait dans le milieu du social. Au départ, j’étais sceptique, mais aujourd’hui, je ressors grandie de cette expérience. J’ai pu reprendre confiance en moi. C’est pour cela qu’il faut se battre pour que cette association perdure ici, pour que d’autres personnes perdues comme je l’ai été, puissent retrouver une situation ».

A ce jour, la municipalité indique que rien n’est encore arrêté. Un rendez-vous entre le maire et les représentants de l’association devrait avoir lieu dans les prochains jours.