Scène cocasse, en ce samedi matin début avril. Au bout du quartier d’Essonnes, après les stades de Robinson, plusieurs dizaines de pavillons bordent la rue Fernand Laguide. C’est là qu’un appel aux riverains à montrer leur colère se déroule ce jour. « A vos pelles » lance ainsi l’invitation à réagir à la dégradation de la rue qui « devient impraticable et dangereuse » selon les mots des habitants.

A situation extrême, méthode radicale : armés de gilets fluos, de sable, et de matériel de jardin, les quelques dizaines d’habitants entreprennent donc de reboucher eux-mêmes une partie des trous présents sur la route. Il faut dire que cette portion de la rue Laguide est particulièrement dégradée. Un conducteur soucieux de l’état de sa voiture ne peut que zigzaguer au milieu des nids-de-poule. Une impression de chaos qui exaspère plus d’un riverain rencontré sur place.

« Avec les enfants, on a très peur des voitures qui font des écarts sur la route pour éviter les trous » témoigne une mère de famille. Son voisin rappelle que la rue est par ailleurs sujette aux crues, comme en 2016 : « on s’est déjà retrouvé les pieds dans l’eau l’an dernier, depuis des travaux ont été réalisés, mais cette année c’est la rue… imaginez ». Là où les trous n’ont pas pu être bouchés, les riverains ont matérialisé les embûches à l’aide de bornes de chantier. Ailleurs, c’est en récupérant des encombrants que les habitants ont décoré les emplacements délimitant les obstacles.

Certains trous situés dans un virage de la rue Fernand Laguide ont été décorés des encombrants laissés à proximité

Certains trous situés dans un virage de la rue Fernand Laguide ont été décorés des encombrants laissés à proximité (JM/EI)

La dégradation de la voirie à vitesse grand V serait due à la présence d’entrepôts proches, avec le passage par la rue de camions. L’enrobé de cette voie légère, « où il n’y a que 3 centimètres de chaussée » montre un habitant, ne serait pas adaptée à ces engins de plusieurs tonnes. Pour Gilles Garnier, de l’association des riverains de Robinson, « il faut interdire l’entrée de la rue aux poids-lourds », sachant que « sauf desserte locale », les plus de 3,5 tonnes n’ont théoriquement pas le droit de l’emprunter. « Mais on s’est rendu compte que passer par ici c’est leur raccourci » résume-t-il.

Les nids-de-poule deviennent politiques

Ces riverains en colère ont sollicité la ville à plusieurs reprises, et assurent que leur démarche est totalement « apolitique ». Après avoir matérialisé les emplacements à l’aide de bombe de peinture, les services municipaux ont fini par venir regoudronner la rue quelques jours plus tard. Du côté de la municipalité, on affirme suivre le dossier de près. « On a eu une réunion publique avec les riverains de la rue Fernand Laguide. On a déjà commencé à reboucher quelques trous. Le Siarce (syndicat des eaux) va faire de gros travaux. A la fin de ces travaux, on va retaper la rue. Et on est en train de réfléchir à quelque chose pour éviter le passage de camions dans cette rue », indique-t-on à Essonne Info.

Car le sujet ne manque pas de susciter les débats à Corbeil-Essonnes. Les opposants et probables candidats aux prochaines municipales, Bruno Piriou et Sylvain Dantu, dénoncent depuis plusieurs semaines l’état des voiries communales, tracts ou posts sur les réseaux sociaux à l’appui. Tous deux se sont ainsi rendus au rendez-vous des riverains de la rue Fernand Laguide pour manifester leur soutien. A la mairie de Corbeil-Essonnes, on tient à démontrer que le sujet est bien pris en compte dans les priorités municipales. « Il y a 3 types de voies à Corbeil. Les voies départementales, communales et intercommunales. On travaille avec le Département et l’agglo », détaille l’entourage du maire, en reconnaissant, « c’est vrai qu’il y a des trous. Certaines voiries sont en mauvais état. On a des réponses à ça. On va en effet mettre plus d’argent sur la voirie dans les prochaines années ».

Après les travaux du pont Patton l’été dernier, c’est la voirie du quai de l’Apport Paris, bien connue des conducteurs ‘slalomeurs’, qui doit prochainement être refaite.

Article réalisé avec Gérald Delin