A peine deux ans après la création des nouvelles agglos, certaines communes veulent déjà les remettre en cause. C’est en tout cas la vision de quelques communes essonniennes qui sont actuellement regroupées dans l’établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre (EPT12). Ce territoire né le 1er janvier 2016, qui regroupe 24 communes sur deux départements (91 et 94) pour près de 700 000 habitants, fait l’objet de critiques de la part des maires de Juvisy, Savigny et Viry-Châtillon. Les trois communes ont par ailleurs organisé le même soir un conseil municipal extraordinaire, au cours duquel les conseillers municipaux devaient porter un avis sur une motion demandant « une recomposition territoriale intercommunale ». Une démarche pour le moment « symbolique » comme l’expriment les principaux intéressés, mais qui interroge à peine deux après la création de ces territoires inclus dans la Métropole du Grand Paris (MGP).

La CALPE intégrera la Métropole en 2016

Recentrer autour du Grand-Orly

Pour ces trois maires, le constat est sans appel. « Nous n’étions pas censés partir sur des schémas aussi peuplés. Il y a un vrai manque de cohérence », avance Jean-Marie Vilain, le maire centriste de Viry-Châtillon, rapidement repris par son homologue de Juvisy, Michel Perrimond : « On ne s’y retrouve pas », résume-t-il. Le maire de Savigny-sur-Orge en dévoile un peu plus sur le nœud du problème. « Au sein de l’EPT, il y a trois bassins de vie qui sont totalement différents, qui n’ont pas les mêmes objectifs. Et avec un territoire si grand (Ndlr : du Nord au Sud, l’EPT s’étend d’Ivry-sur-Seine à Viry), on s’y perd à propos de la proximité avec les habitants », explique Eric Mehlhorn.

Les trois maires souhaitent ainsi poser un nouveau débat, celui d’une réorganisation territoriale. « L’idée, c’est de se retrouver dans une agglo au sein de laquelle des villes ont des intérêts communs », relance Michel Perrimond. « Et surtout qui ont envie de travailler ensemble », ajoute Jean-Marie Vilain. Les élus essonniens désirent ainsi créer « un vrai pôle » autour de la zone aéroportuaire d’Orly. « Ce que nous voulons, c’est le Grand Orly, commente le maire de Viry-Châtillon. 25% des personnels qui travaillent à l’aéroport habitent dans nos communes. C’est donc en plus d’être un bassin économique, un vrai bassin de vie, mais cette fois-ci à taille humaine ».

L’idée d’une nouvelle agglo interdépartementale pourrait alors germer avec comme pivot l’aéroport et le marché d’intérêt national de Rungis. Une idée que soutient également le maire de Paray-Vieille-Poste qui a d’ailleurs fait voter un texte quasi-similaire à celui des trois autres communes. « Possédant sur nos terres une partie de l’aéroport d’Orly, j’ai toujours été tourné vers une intercommunalité centrée autour du Grand Orly. Je ne suis donc pas contre une recomposition territoriale », souligne ainsi Alain Védère, avant d’annoncer : « Mais il faut faire évoluer le statut de l’EPT en établissement public de coopération intercommunal, afin de retrouver une autonomie financière ».

Un revirement signe d’échec ?

Outre Viry-Châtillon, Savigny et Juvisy, deux autres communes essonniennes pourraient être également concernées. Athis-Mons doit pour sa part se positionner à ce sujet dans les prochaines semaines. Du côté de Morangis, le choix est déjà fait. « Notre avenir est autour d’Orly, c’est sûr. Mais il est aussi et surtout dans l’EPT 12, tranche Pascal Noury, le maire de Morangis. Ce n’est pas avec du changement permanent qu’on va y arriver ».

A l’échelon supérieur, le son de cloche est similaire. « Je peux comprendre leur positionnement, débute Michel Leprêtre, président de l’EPT. Ils ne sont pas les seuls à s’interroger sur la réalité de notre territoire. Travailler à 24 n’est évidemment pas chose aisée, mais j’ai annoncé lors du vote du budget, ma volonté de travailler, avec tous les élus val-de-marnais et essonniens ». Celui-ci s’interroge surtout sur les différents discours des élus essonniens. Initialement placée dans un projet de fusion avec les deux intercommunalités de la rive-droite de la Seine (Draveil-Yerres), l’ancienne agglo Les Portes de l’Essonne (CALPE) et la commune de Viry-Châtillon ont alors exprimé le souhait d’intégrer la Métropole du Grand Paris. « Je me souviens des propos tenus voilà deux ans maintenant en Essonne. On était volontaristes quant à l’entrée dans la métropole ! J’ai lu, entendu des mots forts indiquant des ‘ententes’ avec les villes du Val-de-Marne, notamment autour du projet du Grand-Orly, qui regroupe les villes des deux départements. On voulait alors, en Essonne, ‘rentrer’ dans le territoire, pour ‘ne pas enlever Orly’ aux Essonniens », se remémore Michel Leprêtre, qui assure cependant vouloir « poursuivre le travail autour du Grand-Orly ».

Un revirement de situation qui interpelle aussi les différentes oppositions communales. « On peut s’interroger alors sur les véritables raisons de l’opposition soudaine à l’EPT 12 », se questionne Audrey Guibert (FN), conseillère municipale d’opposition de Savigny. Même sentiment pour Paul Da Silva, membre de l’opposition de gauche de Viry-Châtillon. « Il y a eu une impréparation des dossiers des élus de l’Essonne, tacle Paul Da Silva. Pourquoi s’enferrer dans une construction d’une agglo pendant trois ans si on ne voulait pas travailler ensemble. C’est un échec cuisant de la part de ces élus ». « Les choses ont bien changé et ne correspondent pas du tout à ce que nous avions escompté », se justifie Jean-Marie Vilain.

En attendant les annonces de Macron…

Sortir de l’EPT 12 ? Y rester ? En modifier le mode de gestion ? Voici les questions que se posent les élus. Mais un autre fait, et pas des moindres, pourrait compliquer encore plus la donne. « Nous sommes dans l’attente du discours du Président Macron sur la Métropole du Grand Paris », indique Robin Reda, député de la 7e circonscription de l’Essonne, et soutien des maires de Savigny, Viry et Juvisy dans leur démarche. Un discours qui tarde. D’abord annoncé pour octobre puis décembre 2017, et enfin au salon des maires d’Ile-de-France début avril, celui-ci n’a toujours pas eu lieu. « Tant que nous n’avons pas des idées précises sur les plans du Président Macron, est-il nécessaire de bouger ? Ça ressemblerait plus à une action prématurée qu’autre chose », estime Pascal Noury.

Mais pour les maires de l’Essonne, il était important de se positionner dès maintenant. « Visiblement, le Président attend de voir comment les communes et autres établissements publics vont se positionner avant de faire son annonce », estime celui qui a déposé une proposition de loi pour supprimer les EPT intégrés à la Métropole du Grand Paris. Les futures annonces devraient sans doute lever le voile sur les interrogations que chaque camp émet sur ce fameux EPT. Mais il risque de falloir attendre encore quelques temps…