Si le projet de loi « Orientation et réussite des étudiants » vise à réduire le taux d’échec après la première année de licence et à éradiquer le tirage au sort, les lycéens voient en cet algorithme tout le contraire. Parcoursup – la plateforme d’orientation – continue de faire parler d’elle, et si les terminales ont validé leurs vœux ce 31 mars, une partie d’entre eux crient à la sélection cachée. Au lycée du Parc des Loges à Évry, une mobilisation a pris forme ce jeudi 12 avril pour protester contre la plateforme lancée le 15 janvier en remplacement d’APB (Admission Post Bac). La crainte est à la bouche de tous les lycéens et professeurs présents à la mobilisation. « On est anti-Parcoursup ! », crie Agathe dans son mégaphone en brandissant une pancarte de l’autre main sur laquelle peut-on lire : « sélection déguisée ». Dès 10h du matin, les lycéens manifestent leur mécontentement, de nombreux étudiants de l’université d’Évry sont également venus apporter leur soutien.

Parcoursup entre satisfaction et inquiétude

Afin d’alerter du fonctionnement de Parcoursup, les professeurs du lycée des Loges ont diffusé ce jeudi un courrier aux parents d’élèves sur lequel il est expliqué comment le site qui remplace APB compromet l’avenir des futurs étudiants. En effet, la réforme impose que les professeurs soient plus investis concernant l’avenir de leurs élèves. Dans ce cadre, ils ont alors mis en place des « fiches avenir ». « Nous avons coché des cases qui évaluaient la maîtrise de compétences très générales aux contours mal définis. Le problème est que nous ne savions pas, au moment de les remplir, que ces « fiches avenir » allaient constituer le principal instrument de sélection permettant de décider de l’entrée de nos élèves dans le Supérieur. » Désappointés, les professeurs estiment que ces fiches ne reflètent pas le niveau de leurs élèves.

Pancarte d'un lycéen concernant les fiches avenir de Parcoursup. (SH/EI)

Pancarte d’une lycéene concernant les fiches avenir de Parcoursup. (SH/EI)

Parcoursup une sélection discriminatoire ?

« C’est de la sélection discriminatoire, nous, élèves d’un milieu désavantagé serons pénalisés », explique avec crainte une jeune lycéenne qui a demandé une licence de droit. « Qui nous dit que certaines universités ne vont pas sélectionner que des étudiants brillants pour rehausser leur prestige ? », clame une autre terminale. En réalité, dans la nouvelle réforme, le ministère de l’Enseignement Supérieur demande aux universités de « convertir les éléments d’appréciation du travail dits ‘qualitatifs’  qui figurent sur la « fiche Avenir », en une valeur quantitative, afin qu’ils puissent être exploités par les outils informatiques », indiquent les professeurs du lycée dans leur courrier. La crainte est grande, les professeurs sont soucieux d’un tri social qui va creuser les inégalités. Les élèves de terminale ont dû écrire une lettre de motivation à chaque vœu d’enseignement supérieur demandé. Parcoursup demande à valoriser notamment les activités extra-scolaires et les compétences sociales. « Hélas, c’est d’ores et déjà inégalitaire, tout le monde n’a pas cette chance d’être inscrit à un club de sport, en musique ou de partir à l’étranger… », souffle un professeur du lycée.

Grande mobilisation au lycée du Parc des Loges d'Évry. (SH/EI)

Grande mobilisation au lycée du Parc des Loges d’Évry. (SH/EI)

Une réunion entre parents, élèves et professeurs est prévue le mercredi 2 mai à 18h dans l’amphithéâtre du lycée afin de discuter de l’avenir des lycéens du Parc de Loges.