Vent de fondre chez certains élus essonniens, concernant le devenir de l’ancien Opievoy. Le bailleur interdépartemental a été démantelé au 31 décembre 2016, conséquence d’une des disposition de la loi Alur. La majorité du patrimoine de l’office public – hormis 9000 logements dans le 95 récupérés par l’office Val d’Oise habitat – a été transférée au sein d’une société anonyme HLM, baptisée Les Résidences.

A la création de cette structure chargée de reprendre la gestion des logements, il est question pour les départements de s’allier avec le groupe Action logement, en se partageant l’actionnariat du nouvel ensemble. L’objectif à terme est de pérenniser un patrimoine d’environ 60 000 logements, avec les quelques 29 000 de l’Opievoy, et un nombre équivalent à apporter par son partenaire, auquel reviendra la gestion du nouveau bailleur (notre dossiernovembre 2016). Car les choses sont alors actées ‎pour les représentants de l’Essonne et des Yvelines : la gestion du logement social « n’est plus la mission des élus » considèrent alors les présidents des exécutifs départementaux, François Durovray et son homologue du 78 Pierre Bedier. Ceux-ci annoncent leur intention de donner « une dimension entrepreneuriale » à la gestion du logement social.

Les Résidences : le montage qui a échoué

Forts de presque 30 000 logements, les 2 départements mettaient dans la balance l’ensemble de leur parc, ainsi qu’une trésorerie saine. Le partenaire Action logement, fournissait d’abord la structure existante, une ancienne filiale du nom de Sahlmap, sur laquelle naîtra Les Résidences, puis devait dans un second temps apporter l’équivalent en terme de nombre de logements. La nouvelle SA HLM devait ainsi revenir à 55% dans les mains d’Action logement, qui en assurerait la gestion.

Le groupe issu du 1% patronal a délibéré dans ce sens, mais l’accord n’a finalement pas abouti. Selon Arnaud Legros, président du directoire de Les Résidences, « il s’avère qu’Action logement a eu des difficultés à apporter ces 30 000 logements dans un délai aussi court ». Le protocole d’accord entre les deux conseils départementaux a ainsi connu « des difficultés pour se finaliser ». Vice-présidente au Département et membre du conseil de surveillance du bailleur, Sandrine Gelot confirme le « désengagement » d’Action logement, qui « devait apporter un parc de logements et du capital ». Mais selon elle, « tout n’est pas perdu », car Les Résidences cherchent activement un nouveau partenaire privé : « nous allons faire un appel à manifestation d’intérêt. Nous identifierons ce nouveau partenaire prochainement ».

Notre dossier sur l’Opievoy (abonnés)

Pour Arnaud Legros, il fallait « aller vite », et dans l’intérêt des départements, « il n’était pas question de tergiverser ». Il y aurait ainsi selon lui, « pleins d’autres organismes intéressés » par un rapprochement avec le bailleur, « du secteur du logement social ou d’autres ». Cet appel à manifestation d’intérêt, visant à « identifier des partenaires solides financièrement et désireux de s’engager aux côtés des départements », se déroulera « de manière sécurisée et transparente » assure le président du directoire. Il s’agit de sélectionner un groupe qui sera « capable de contribuer » à la politique d’investissements et de constructions voulue par Les Résidences.

Et pourquoi pas un office public?

« La solution privée est en panne » : voici ce que clament plusieurs maires et élus de gauche en Essonne, après l’échec du montage annoncé pour constituer Les Résidences. Réunis fin mars dans les locaux de l’amicale des locataires CNL de la Grande Borne, ils ont lancé un appel à la création d’un office public HLM pour l’Essonne. Celui-ci devrait reprendre la gestion des 11 756 logements de l’ex-Opievoy, répartis sur 47 communes du département. Ce retrait du partenaire privé nécessaire au montage représente « l’échec d’une stratégie » pointe Philippe Rio, le maire de Grigny. La commune compte à elle-seule 3500 des 12 000 logements de l’ancien Opievoy sur le 91. « La création d’un office public serait la voix de la sagesse et de la pérennité, dans une démarche durable » plaide ainsi Bernard Vera, ancien sénateur PCF et président de la communauté de communes de Limours.

Plusieurs maires de communes comptant des logements de l'ex-Opievoy demandent la création d'un office public d'habitat départemental

Plusieurs maires de communes comptant des logements de l’ex-Opievoy demandent la création d’un office public d’habitat départemental (JM/EI)

Pour la conseillère départementale écologiste Anne Launay, recréer un office public « serait remettre la politique au service des habitants ». Plusieurs maires ne manquent également pas de souligner que seuls « trois départements » ne détiennent pas d’office public, dont l’Essonne, avec la situation historique de l’ex-Opievoy qui couvrait alors l’ancienne Seine-et-Oise. Pour les élus majoritaires (LR, Droite) des Yvelines et de l’Essonne, la création de nouveaux OPH (office public de l’habitat) n’est pourtant pas dans les plans. « Nous sommes contre la création de ce type d’établissement » réaffirme Sandrine Gelot. Une position défendue depuis le début au sein de l’équipe de François Durovray. Pour la maire de Longjumeau, « avec les Yvelines, nous sommes dans la poursuite d’un dispositif bidépartemental. La constitution d’un office public de l’habitat n’est pas à l’ordre du jour ».

Même discours pour Arnaud Legros, selon qui « évoquer aujourd’hui un office public, quant on voit ce qui attend le logement social avec les réformes, c’est une mauvaise idée ». Ce dernier en profite pour reprocher au gouvernement « la vraie mauvaise nouvelle qui est la baisse des APL » répercutée sur les bailleurs sociaux, avec « un impact très fort » pour un groupe comme Les Résidences. Sur ce point, il est rejoint par Philippe Rio, qui note pour sa part « des actes concrets, en 6 mois, de destruction du logement social en France ». Le maire de Grigny parle d’un processus de « démantèlement » du logement social, faisant lui le rapprochement avec la situation de l’ex-Opievoy, « dont la particularité, est qu’il mène des opérations de rénovation urbaine d’ampleur ».

Inquiétudes sur les programmes de rénovation

Car la crainte sous-jacente, évoquée par plusieurs maires disposant de contingents de l’Opievoy sur leur commune, est celle de la réhabilitation nécessaire de dizaines de résidences. « A Dourdan, nous avons 200 logements concernés, d’importants travaux devaient débuter en janvier, il est impératif qu’ils soient réalisés très très rapidement » avance la maire de la commune Maryvonne Boquet. Représente de la fédération des locataires CNL 91, Monique Troalen relève elle que « depuis 2 ans, les choses ont ralenti, il n’y a pas de nouveaux travaux et de réhabilitations ».

Sur les programmes de rénovation urbaine, Sandrine Gelot assure pourtant que « tous les programmes en cours sont maintenus. Idem pour les futurs projets dont le calendrier a été validé ».  Selon elle, ces travaux « sont financés par les fonds propres » du bailleur. « La réhabilitation est notre objectif premier » souligne de son côté Arnaud Legros, précisant que le retard dans le partenariat avec le privé a été compensé par « la trésorerie assez importante » dont disposait l’Opievoy. Reste que l’impact sur les projets de construction s’est lui fait ressentir, comme le concède le président du directoire de Les Résidences : « il y a eu un impact sur nos projets de construction, on plafonne à 300/400, on espère reprendre notre objectif de 800 à 1000 nouveaux logements construits par an ». Le bailleur pourra en tout cas compter pour ses projets, sur la vente à venir de ses locaux de Versailles, décision ayant été prise de déménager le siège administratif du groupe de logements sociaux, à Mantes-la-Jolie d’ici 2020.