Ils avaient disparu en 2015 après des essais non concluant, voilà les emplois francs de retour 3 ans plus tard avec la ferme intention de réduire le taux de chômage dans les quartiers populaires. « Il y a 25% de chômage dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. 45% des demandeurs d’emploi proviennent de ces quartiers », avance alors Josiane Chevalier en début de réunion. Cette réunion en compagnie de cadres d’entreprises et autres membres d’associations avait pour but d’expliciter un peu plus le dispositif « emplois francs » mis en expérimentation du 1er avril 2018 au 31 décembre 2019 dans 7 territoires de l’hexagone, et sur Grand Paris Sud. Au sein de l’agglomération, 19 quartiers sont alors concernés (3 en Seine-et-Marne), 16 sont sur le département (la liste des quartiers). Parmi eux, on note aussi la présence des quartiers de la Grande Borne et du Plateau situés à Viry-Chatillon (hors Grand Paris Sud). Pour le reste, des quartiers d’Evry, de Corbeil-Essonnes, de Courcouronnes, de Ris-Orangis, de Grigny ou encore de Saint-Germain-lès-Corbeil pourront profiter de cette expérimentation pour une mise en place élargie à l’orée 2020.

« Grand Paris Sud a la chance de faire partie de cette expérimentation. Il y a trois fois plus de chômage dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ce dispositif a pour but de faire diminuer le taux de chômage inacceptable de ces quartiers », affirme alors la préfète avant d’expliquer le principe. L’emploi franc s’adresse à toutes les entreprises (sans limite géographique) ainsi qu’à tous les demandeurs d’emploi des quartiers prioritaires expérimentés et ce, sans la moindre limite d’âge. Un demandeur d’emploi d’un quartier prioritaire embauché est alors égal à une prime pour l’employeur. S’il s’agit d’une embauche en CDI, l’employeur aura alors droit à une prime de 5 000 euros par an sur 3 ans avec une somme versée par semestre par pôle emploi. Cette prime sera de 2500 euros par an pendant 2 ans si l’employeur embauche en CDD d’un minimum de 6 mois. Un prorata sera alors effectué par rapport à la durée du contrat ainsi que pour une personne embauchée à temps partiel. Seule contre-indication, l’employé ne doit pas avoir travaillé au sein de l’entreprise qui l’embauche au cours des 6 mois avant la signature du contrat.

Une mesure au combien attractive pour les patrons qui peut tout de même soulever quelques questions. S’il avoue trouver cette mesure intéressante, M. Blé, directeur de l’EPHAD de Bois Joli de Grigny, parle aussi de discrimination positive. « C’est un peu ce que les gens demandaient pour remplacer le CV anonyme lancé en 2006. Ce  qui empêche les patrons d’embaucher ce n’est pas forcément la personne, c’est aussi le quartier. La compensation financière va inciter les chefs d’entreprise à embaucher des personnes issues de ces quartiers », reconnait le directeur d’Ephad. « C’est dommage d’en arriver là, mais ça a au moins le mérite d’exister ». Son de cloche quelque peu semblable pour Younes Eljayi, responsable service paye au sein de Direction RH. « Je pense que c’est un dispositif qu’il faut utiliser. Il y a une seule façon d’inciter les employeurs, c’est l’aide. Ceci-dit, le besoin restera la motivation première pour l’embauche. Maintenant, la simplicité c’est ce qui fait que ça marche ou non. J’espère que ce sera simple ».

« Simple », c’est en tout cas ce que s’est obstinée à répéter la préfète tout au long de cette réunion de présentation. « Les demandeurs d’emploi sont regroupés dans les agences d’Evry, de Corbeil et de Viry. Ces trois agences seront en mesure de vous dire si telles ou telles personnes proviennent de ces quartiers », lance quant à eux les représentants de pole emploi qui souhaite, en parallèle de la promotion du dispositif, « renforcer les relations entre les conseillers des demandeurs et les employeurs ». Un site internet permettant de vérifier l’éligibilité d’un demandeur d’emploi à l’emploi franc est désormais disponible (www.sig.ville.gouv.fr). Il suffit alors d’inscrire une adresse pour savoir si un demandeur d’emploi fait partie ou non d’un quartier prioritaire. Après la rencontre entre demandeur d’emploi et employeur, ne reste plus qu’à déposer un dossier par courrier ou par mail à pôle emploi dans les deux mois suivant la signature du contrat afin de bénéficier de cet emploi franc. Un nouveau contrat aidé qui vient quelque peu suppléer la disparition des emplois d’avenir tout comme la limitation des CUI-CAE.