Ça y est, on connaît le fin mot de l’histoire, ou presque… Etampes possède bien depuis ce mercredi soir un nouveau maire. Mais que de tracas pour en arriver là, avec des faits frôlant tantôt le ridicule, tantôt le glauque. D’ailleurs, le comité d’accueil présent à l’entrée de l’Hôtel-de-Ville ce mercredi soir témoigne du climat qui règne actuellement dans la capitale du Sud-Essonne. En effet, à l’entrée du bâtiment, trois policiers municipaux fouillent sacs et vêtements pour « permettre que les débats se déroulent dans les meilleures conditions », indique-t-on sur place, en faisant référence aux événements survenus à la suite du dernier conseil municipal avorté, où deux conseillers municipaux, Stéphane Pradot et Mathieu Hillaire, se sont vu être victimes de menaces et d’intimidations. Ce dernier a d’ailleurs vu ses deux véhicules incendiés en pleine nuit.

Le ton est ainsi donné dès l’entrée dans l’Hôtel-de-Ville donc. Mais cela n’a pas empêché les Etampois et autres intéressés par la vie politique locale de se déplacer en masse à ce nouveau conseil municipal, le second en sept jours. A 19 heures tapantes, une centaine de personnes étaient là, réparties dans la salle du conseil et dans la pièce attenante, où chacun effectuait des acrobaties pour bien tendre l’oreille à défaut de voir la scène de ses propres yeux.

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« Que le ou les responsables soient traduits en justice »

C’est également à 19 heures tapantes que la maîtresse de cérémonie, Marie-Claude Girardeau, la maire par intérim, entame la séance d’une voix chevrotante. Mais avant de passer au point principal de l’ordre du jour, c’est-à-dire l’élection tant attendue du nouveau maire, celle-ci s’étend quelque peu sur les événements qui se sont produits le mercredi 28 mars. Elle donne ainsi la parole à l’opposition, qui par l’intermédiaire de François Jousset, tente de prendre de la hauteur par rapport au contexte. Dans une longue tirade, ce dernier n’hésite pas à établir un lien direct entre la tournure du dernier conseil et les tentatives d’intimidations survenues en aval de cette réunion. « C’est bien la peur qui règne ici à la mairie. C’est tout un système qui est condamnable et qui débouche sur des actes ignominieux, analyse le membre de l’opposition étampoise. Nos armes d’élus, ce sont des mots et des idées. Ne cédons à aucun chantage », lance ce dernier, sans pour autant incriminer directement des personnes.

Des propos qu’a abondamment relayé quelques instants plus tard Stéphane Pradot, dont le coup de force pour prendre le fauteuil de maire le 28 mars a finalement échoué. « Comment quelqu’un pourrait accepter que nos familles et plus encore que nos enfants, soient ainsi mis en danger ou voient leur maison violée ? Si ces actes ne m’intimident pas, bien au contraire, soyez en certains, je n’accepterai jamais que mes enfants et ma famille soient menacés. J’espère que toute la lumière sera faite, que le ou les commanditaires comme le ou les responsables soient identifiées, traduits en justice et punis pour leurs actes ignobles. Et je ne doute pas qu’ils le seront », ponctue Stéphane Pradot d’un ton grave. L’ensemble de ces événements font ainsi l’objet d’une enquête qui a été ouverte par le parquet d’Evry et qui a été confiée à la sûreté départementale de l’Essonne

Un nouveau nom sorti du chapeau

Cette mise au point qui dépasse tous les clivages et qui semble faire l’unanimité étant faite, les élus ont ensuite voté pour élire le nouveau maire. A l’inverse du mercredi 28 mars, aucun élu ne manquait à l’appel. Depuis la semaine dernière, où Stéphane Pradot avait brigué ce poste, les choses ont quelque peu changé. Si bien, qu’en marge d’une réunion qui s’est tenue en amont du conseil municipal, l’ensemble des élus de la majorité a apporté son soutien à un candidat surprise : Bernard Laplace. Une proposition soumise par l’actuel député de la deuxième circonscription de l’Essonne, et ancien maire, Franck Marlin, dont l’ombre à une fois de plus plané sur ce conseil.

Bernard Laplace, ici avec l'écharpe tricolore, a été élu maire (DR/Mairie d'Etampes)

Bernard Laplace, ici avec l’écharpe tricolore, a été élu maire (DR/Mairie d’Etampes)

Et c’est donc sans aucune opposition que cet homme qui vit à Etampes depuis près de « 49 ans » s’est porté candidat. Plus précisément, ce sont même ses collègues de la majorité qui ont souhaité introduire la candidature de Bernard Laplace. Une sorte d’adoubement donc pour cet homme qui « n’avait pas envisagé occuper ces fonctions », mais que le contexte actuel « a imposé », présentent les membres de la majorité. Une candidature également approuvée par Stéphane Pradot qui a indiqué qu’il ne s’y opposerait pas. « Je remercie Bernard Laplace sincèrement de m’avoir soutenu, même si la situation a changé. Je n’appellerai pas celles et ceux qui m’ont apporté leur soutien à faire un choix », conclut celui qui était maire de la commune voisine de Saint-Hilaire à l’automne 2017.

Elu par 27 voix contre 3 blancs – l’opposition ayant fait le choix de ne pas se mêler à ce vote, Bernard Laplace, l’ancien maire adjoint de Jean-Pierre Colombani en charge des grands travaux et de la voirie s’empare ainsi de l’écharpe tricolore. « Je pense être l’homme le plus à même de ramener la sérénité à Etampes », commence le nouvel édile en guise de propos introductifs, souhaitant rompre avec « l’ancien système ». « La confiance et l’humain ont toujours été au cœur de mon fonctionnement. Je veux porter un avenir radieux à Etampes ».

Des paroles qui ont fait bondir de sa chaise Mathieu Hillaire. Pour l’ancien tête de liste FI aux dernières municipales, les têtes changent, mais pas la façon de faire. « Vos méthodes sont les mêmes, vous travaillez dans l’opacité, tonne-t-il. Vous faites partie des marionnettes obéissantes de Franck Marlin. Comment vont faire les agents face à un maire de paille ? ». « Jugez-moi sur les actes. Personne ne fera de moi ce que je ne suis pas », a tenu à répondre le nouvel élu.

Il est encore trop tôt pour savoir si les choses sont bel et bien rentrées dans l’ordre à Etampes, même si dorénavant, la commune possède bien un nouvel exécutif. Ne reste maintenant plus qu’à savoir ce que donnera l’enquête policière.