« Une fois qu’on est mariés, il faut apprendre à vivre ensemble ». Voilà comment Olivier Clodong, le maire de Yerres, résumait la situation dans le cadre d’une réunion publique qui s’est tenue le 22 mars dernier à Brunoy. Quelques mois après cette union des plus compliquées, l’agglomération travaille sur un projet de territoire qui vise à déterminer les politiques publiques qui doivent être conduites sur ce territoire durant les douze prochaines années. « Il s’agira aussi de donner une identité forte à ce territoire qui n’en a pas encore », complète Brunoy Gallier, le maire de Brunoy, qui supervise également ce projet de territoire.

Dans ce document qui va être soumis au vote des conseillers communautaires le 9 avril prochain figurent plusieurs axes destinés à développer le territoire. Emploi, transition écologique, mobilité, transport en commun, bien-vivre, loisirs… bref tout y passe. « A ce jour, le cahier des charges comporte déjà près de 106 préconisations pour donner un fil directeur au développement de notre territoire jusqu’en 2030 », abonde le maire de Brunoy. Un projet de territoire nécessaire pour cette agglo, nichée entre la Forêt de Sénart au sud, la Seine à l’ouest et l’Yerres sur son côté nord-est, qui souffre d’un certain « détachement », voire d’un vrai enclavement. Arriveront-ils à redonner un souffle nouveau à ce territoire ? Toute la question est là.

L’emploi au cœur des attentions

Car oui, cette agglo de légèrement moins de 180 000 habitants jouit sans doute d’un exceptionnel cadre de vie, avec la présence du plus grand domaine forestier du département notamment, mais pour autant, elle pêche en termes économiques. « Notre territoire possède 73 000 logements pour seulement 33 000 emplois. C’est un ratio très faible. Avec 0,4 emploi par habitant, il s’agit même du plus faible ratio pour les agglos de la région Ile-de-France », récapitule Bruno Gallier. Un constat partagé par de nombreux riverains lors de cette réunion publique. Si bien qu’une remarque sur deux porte sur ce thème. « Comment peut-on faire pour redynamiser notre territoire ?, lance un homme. Si on ne fait rien, nos petits commerces vont fermer et nos cœurs de ville vont mourir ». Car c’est bien là que réside le problème pour les élus de l’agglo. « Notre territoire est plus une agglo dortoir qu’autre chose, reconnaît le maire de Brunoy. Près de 73% des habitants quittent le centre-ville en semaine. Il faut donc ramener de l’emploi sur notre territoire, sinon oui, les commerces de centre-ville pourraient être menacés ».

Pour l’édile brunoyen, quelques pistes existent, même si celui-ci reste réaliste. « Nous n’allons pas faire de notre territoire la nouvelle Silicon Valley. On ne peut pas développer tout type d’emplois ici, nous sommes assez limités en termes d’espaces, explique-t-il. Les pistes que nous souhaitons développer, ce sont le télétravail et le coworking ». A termes, l’agglo espère mettre sur pied un espace de coworking à proximité de la gare de Brunoy. 120 postes seraient ainsi prévus. « De quoi dynamiser le centre-ville de Brunoy », résume Bruno Gallier.

Egalement inscrite dans le projet de territoire, l’unique pépinière d’entreprises du territoire à Boussy-Saint-Antoine, remplit selon Olivier Clodong un rôle déjà « très important ». « 92% des entreprises qui sont passées par la pépinière ont choisi de s’implanter sur le territoire », se félicite le maire de Yerres. Mais en l’état, cela ne suffit pas. Les communes du territoire disposent de moins de zones d’activités que leurs voisines, et hormis le commerce, le plus gros pourvoyeur d’emplois du bassin reste le secteur hospitalier. D’où un impact direct sur les conditions de transports aux abords des communes de l’agglo. Pour ne citer que quelques points noirs, le pont de Juvisy, la N6 en arrivant sur Villeneuve, et bien évidemment, le RER D…

Le désenclavement de la rive-droite s’annonce compliqué

Car le sujet qui accapare les discussions est bien évidemment cette question de la mobilité. Là encore, ce n’est plus un scoop, par sa géographie, le territoire du Val d’Yerres est l’un des plus enclavé du département. L’ensemble des candidats aux dernières élections législatives sur la 8e circonscription de l’Essonne en avait d’ailleurs fait leur cheval de bataille. « La capacité que nous aurons à faire venir de l’emploi ici dépend notamment de la qualité de nos dessertes. Autant dire que nous sommes loin du compte », peste un habitant d’Epinay-sous-Sénart. Sur ce point, le maire de Brunoy semble quelque peu désappointé et limité. « En termes de transports, il s’agit de manière générale de projets d’aménagement extrêmement lourds, qui ne dépendent pas forcément de nous », indique ce dernier, en faisant référence à la ligne D du RER qui serpente à travers le Val d’Yerres en direction de Melun, compétence de la Région. Celui-ci plaide ainsi pour le développement de modes de circulation plus doux, comme le déploiement de pistes cyclables.

Une réponse qui ne semble pas être du goût de tous les participants de cette réunion publique. L’ombre d’un projet qui figure dans les cartons depuis plusieurs décennies déjà refait alors surface. « Pour tenter de désenclaver notre territoire, nous avons le projet de pont sur la Seine. Des études sont d’ailleurs en cours par la Région et le Département, confirme Bruno Gallier. Il partira de Vigneux, mais reste à savoir où il atterrira de l’autre côté. C’est un dossier extrêmement lourd est très complexe politiquement » (lire notre dossier) Ainsi, ce projet de territoire semble montrer une première limite. Récemment, les représentants du monde de l’entreprise du département (CCI, Medef, Cpme) se sont déclarés favorables à l’édification de ce nouveau pont. « Chaque jour, 3.000 salariés, qui résident sur la rive droite de la Seine et travaillent dans le périmètre d’Orly-Rungis, sont pénalisés dans leurs déplacements domicile-travail » plaident-ils.

Le processus de concertation en question 

Le projet de territoire du Val d’Yerres Val de Seine sera donc examiné ce lundi 9 avril par les élus communautaires et sera entériné dans la foulée. Certains riverains se sont pourtant questionnés sur les modalités de la concertation. « Sur le fond, cela semble être un bon projet, mais sur la forme, un projet de territoire sans concertation n’est pas un projet de territoire », tacle ainsi Geneviève Morin, conseillère municipale PCF d’opposition de Vigneux. Du côté du collectif Citoyens en Seine (Vigneux-Draveil), on s’est également penché sur le sujet. L’élaboration du projet, par un groupe constitué de 40 personnalités, au sein d’un « conseil de développement », n’a pas permis aux habitants de se saisir de ces questions, affirme Julie Ozenne, représentante du collectif : « il aurait fallu un réel diagnostic, auquel on n’a pas eu accès, un partage du projet de manière collaborative avec les habitants, puis un portage politique ». Les délais rapprochés conduisent Citoyens en Seine à demander le report du vote de ce projet de territoire, « car il faudrait prendre du temps pour l’élaborer ».

Sur ce point, Bruno Gallier prend le temps de clarifier les choses et précise que la confection de ce plan s’est faite en trois actes. « Nous avons créé un conseil de développement qui s’est réuni sept fois en 2017 pour évoquer l’ensemble des thématiques présentes dans le projet. Un premier jet de préconisation est sorti. Dans un deuxième temps, les élus du territoire ont également fait part de leurs remarques, et désormais nous avons ouvert la concertation aux riverains. Ceux-ci peuvent nous envoyer leurs idées et leurs recommandations. Nous sommes ouverts à tout », développe Bruno Gallier. Pas question donc de repousser son adoption. Sans valeur juridique, ce projet de territoire devra également être soumis en 2020, ou 2021, aux prochaines élections municipales..