Brutus donnant le coup de grâce à son père, voilà ce que certains Etampois s’attendaient à voir ce mercredi soir à l’Hôtel-de-Ville d’Etampes, dans le cadre de l’élection du nouveau maire de la sous-préfecture du Sud-Essonne. Averti dans la journée de la démission de Franck Marlin, l’actuel député de la 2e circonscription de l’Essonne de ses fonctions de conseiller municipal, Stéphane Pradot avait alors endossé le costume du potentiel nouveau maire de la commune. Or, rien ne s’est déroulé comme le quarantenaire avait pu l’imaginer. Soutenu la veille par l’équipe municipale, celui-ci ne l’était plus 24h plus tard au moment du vote, faute de quorum, donnant lieu à quelques joutes verbales entre riverains et élus. « C’est une honte ! », « Démissions ! », « Quelle image vous renvoyez aux habitants ? »… C’est par ces phrases scandées dans une salle pleine à craquer de l’Hôtel-de-Ville d’Etampes, que le dernier conseil municipal s’est conclu ce mercredi soir sans pouvoir désigner un maire. Comment en est-on arrivé là ?

Un ancien maire démissionnaire omniprésent

Pour le comprendre, il faut remonter à l’été 2017. A cette époque, Franck Marlin, maire d’Etampes depuis 1995, est réélu député de la deuxième circonscription de l’Essonne. Farouchement opposé à la loi de non cumul des mandats, celui-ci est finalement contraint de laisser la main à la mairie d’Etampes. Son départ entraîne de nouvelles élections municipales, les listes se trouvant épuisées. Après avoir fait miroiter sa possible candidature, Franck Marlin décide finalement de ne pas rempiler comme tête de liste. C’est à Jean-Pierre Colombani que revient la tâche de lui succéder, ce qu’il fait avec succès fin novembre. Elu depuis à peine quatre mois, celui-ci démissionne soudainement le 15 mars dernier, laissant l’écharpe de maire sans propriétaire.

Ironie du sort ou coup bien calculé pour un éventuel retour de Franck Marlin ? Difficile d’y voir clair, même si le député rompt avec ce silence assourdissant lors d’une réunion en interne. « Quinze jours après la démission de Jean-Pierre Colombani, je réunissais la majorité municipale et déclarais ma candidature pour être maire d’Etampes. Elle a été acceptée unanimement », dévoile Franck Marlin. Mais les intentions de son ancien collaborateur Stéphane Pradot en ce début de semaine de se porter également candidat à la fonction de premier magistrat de la ville auraient chamboulé les plans du député. « S’agissant de la parole et du respect des engagements, quelle n’a pas été ma surprise d’être informé tard dans la nuit que M. Pradot était candidat au poste de Maire, rompant le code de l’honneur, piétinant le devoir de silence qui s’imposait à tout à chacun », tacle Franck Marlin dans un communiqué assassin à l’encontre de son potentiel challenger.

Des critiques que l’intéressé balaie d’un revers de main, lui qui ne souhaite pas se voir endosser le costume du « traitre ». « Je n’oublie pas ma loyauté, lance Stéphane Pradot. J’ai exposé avec aplomb ma position à Franck Marlin lors d’une réunion ce mardi soir. Après quelques mots à mon égard, il a quitté les lieux annonçant qu’il démissionnait du conseil ». Une démission que le député a signifié en préfecture en début d’après-midi ce mercredi.

Notre dossier sur les élections d’Etampes

Coups de fil et « gastro-entérites »

Débarqué de la mairie voisine de Saint-Hilaire, commune dont il était le maire de 2014 à 2017, pour rejoindre la liste de Jean-Pierre Colombani en novembre dernier, Stéphane Pradot a alors annoncé à l’ensemble des élus de la majorité présents ce mardi soir son choix de se présenter à la fonction de maire. « C’est une candidature légitime, juge-t-il. Celle-ci a été validée de manière unanime par tous les élus présents, hormis Marie-Claude Girardeau (Ndlr : la 1ère adjointe) ». Pour autant, le conseil de ce mercredi soir n’a pas vu l’intronisation de Stéphane Pradot, faute de quorum. « Je constate que nous n’avons pas le nombre d’élus suffisant pour la tenue de ce conseil municipal », lâche alors avant de quitter la séance Marie-Claude Girardeau, qui ne digère pas la candidature « surprise » de Stéphane Pradot.

Marie-Claude Girardeau (debout), annonçant sa "surprise" de voir la candidature de Stéphane Pradot (au premier plan) (JL/EI)

Marie-Claude Girardeau (debout), annonçant sa « surprise » de voir la candidature de Stéphane Pradot (au premier plan) (JL/EI)

Ainsi, l’homme qui apparaissait en position de force le mardi soir se voit soudain amputé de ses soutiens. En effet, moins de la moitié des élus majoritaires (Ndlr : 30 élus de la majorité contre 5 de l’opposition soit un total de 35) était présente ce soir-là. Comment expliquer ce tel revirement de situation ? « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, confie Stéphane Pradot. Il y a dû y avoir une sacrée épidémie de gastro-entérites », tente-t-il d’ironiser avant de préciser : « Durant toute la journée, j’ai appelé tous les membres de l’équipe pour être sûr de leur soutien. Je ne comprends pas. Je n’ai pas de haine envers les absents, mais ce qu’il se passe est un déni de démocratie total », tonne ce dernier.

Le spectre de nouvelles élections

Maladie infectieuse ou pressions de la part d’un ex-élu, les rumeurs vont plutôt bon train à la sortie de ce conseil. Mais après ce nouveau « fiasco », quel est le calendrier ? « Nous allons nous réunir encore », assure Stéphane Pradot. Un nouveau conseil municipal devrait intervenir dans les prochains jours. Cette fois-ci, le quorum ne sera plus obligatoire. « Le risque, c’est que la même situation ne se reproduise. Etre élu maire avec seulement 10 voix sur 35, ça n’a aucune légitimité ».

Pour autant, un autre scénario pourrait pointer le bout de son nez. Les proches de Franck Marlin pourraient bien remettre leur démission collective à la Préfecture de l’Essonne, entraînant de fait une nouvelle élection. Un scénario dans lequel on pourrait voir resurgir le nom de Franck Marlin. Contacté à de multiples reprises, celui-ci n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. Pour autant, l’homme affaibli par les derniers événements s’est épanché dans les colonnes de nos confrères du Parisien 91. « S’il [Stéphane Pradot] veut la mairie, qu’il la prenne ! Et qu’il sache que je serai à nouveau candidat à la mairie d’Etampes. En 2020, bien sûr, mais peut-être avant… Et il aura face à lui Franck Marlin, qui a une image dans cette ville, dont les habitants connaissent le travail, et à qui ils font confiance », expliquait notamment le député au Parisien. Ambiance…

« Dommage », répond Stéphane Pradot, qui ne semble pas abattu pour autant. « En présentant ma candidature, je voulais fédérer autour de moi, mettre en place une nouvelle organisation en associant notamment l’opposition aux débats. Je préfère me dire que j’ai réussi à crever un abcès que beaucoup ne supportaient plus. Je ne suis pas quelqu’un qui aime être drivé ». Avant de conclure : « En jouant séparément, ce seront eux qui feront gagner la gauche  ». Enfin pour sa part, le principal opposant Mathieu Hillaire (FI) en profite pour dénoncer cette situation et tacler Stéphane Pradot : « Vous auriez mieux fait de rester à Saint-Hilaire. Nous n’en serions pas là autrement ! ».

Les Etampois devront-ils revoter ? (JL/EI)

Les Etampois devront-ils revoter ? (JL/EI)

Les négociations risquent d’être très tendues entre les différents bords, comme en témoignent les incidents survenus en marge du conseil municipal, ce mercredi soir. Les véhicules de l’opposant municipal Mathieu Hillaire ont été incendiés dans la nuit à son domicile, alors que Stéphane Pradot lui-même, a été victime de menaces et de dégradations devant son domicile. En réponse à cela, le parquet d’Evry a ouvert une enquête confiée à la sûreté départementale de l’Essonne.