Deux pères syriens se donnent rendez-vous à 9h30 du matin avec Yolande*, une accompagnante, à la mairie d’Athis-Mons dans l’espoir d’inscrire leurs enfants respectifs à l’école. Sous la pluie, dossier à la main, ils espèrent tous deux voir les trois enfants dans la cour d’école dès vendredi. Ticket à la main, ils attendent leur tour, attablés à une table d’appoint Yolande et les parents remplissent les dossiers d’inscription. Un des pères, Mohammed parle français et arrive à se comprendre pour l’inscription de sa jeune fille de six ans, Asma. Le second père quant à lui, a trois enfants, dont un, est âgé de dix ans, Suleyman est d’ores et déjà au collège Perrault d’Athis-Mons pour son plus grand bonheur. Des dessins d’enfants arpentent les murs du centre administratif avec une phrase, « droit de l’enfant ». Asma curieuse, contemple les couleurs des gribouillages quand une femme du service petite enfance vient les accueillir. Yolande lance alors joyeuse, « je viens inscrire ces trois enfants à l’école, nous avons les dossiers complets suite au jugement favorable ».

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Dossiers sur la table, l’agente administrative répond que ces derniers seront examinés dans les jours qui viennent, les parents auront quant à eux, une réponse dans deux jours par courrier ou par téléphone. Surprise, Yolande raconte que pour l’inscription de ces enfants la procédure était complètement différente. En effet, après vérification sur le site officiel de la mairie d’Athis-Mons, les étapes sont comme suit, remettre un dossier complet, le service enfant donne aux familles les coordonnées de l’école d’affectation, l’école en question donne rendez-vous afin de valider l’admission puis un rendez-vous est pris avec le certificat de radiation (si l’enfant vient d’un autre établissement). « Quand je suis venue avec mes enfants, j’ai pu avoir les écoles d’affectation sur le moment ; d’autant plus les demandes d’inscription terminent le 31 mars pour un retour secteur en septembre », ce à quoi le service répond que les procédures ont changé et qu’un délai est maintenant indispensable. Stupéfaite, Yolande décide de se rendre à la mairie d’Athis-Mons afin de discuter directement avec Christine Rodier, maire de la ville. Enfants et parents la suivent sous la pluie pour rejoindre le grand édifice en face du centre administratif qui donne sur une vue panoramique de plusieurs villes de l’Essonne.

Un échange tendu

 

Arrivés à la mairie, l’accueil précise que Christine Rodier est en déplacement pour l’hommage national pour le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, assassiné vendredi à Trèbes, dans l’Aude. Ne pouvant pas les prendre en rendez-vous, c’est le directeur du cabinet qui les accueille. Serrage de main oblige, les échanges se font d’abord cordiaux. Yolande explique la situation des enfants. « Ces enfants attendent depuis un an et demi leur scolarisation, ils sont avides d’apprendre notre langue, mais je suis étonnée que les dossiers ne soient pas examinés sur place avec les parents et qu’il faille attendre plusieurs jours. » Les parents s’impatient et ne comprennent pas l’échange. Ils s’imaginent le pire, « on ne pourra pas les inscrire » déplore Mohammed. Si les échanges deviennent houleux, le cabinet du maire finit par dire que les enfants ne seront possiblement pas scolarisés avant le 2 avril. Les visages se ferment, les deux familles quittent la mairie comprenant qu’il faudra encore attendre. Attendre, le mot qu’ils connaissent « malheureusement » le mieux. Yolande ne perd pas espoir et se doit de continuer à se battre pour eux. Ils se dirigent alors vers le supermarché proche pour continuer de faire les photocopies des pièces justificatives à fournir. Il est 11h, retour à la case départ, le centre administratif d’Athis-Mons, les dossiers d’inscription des trois enfants sont enfin complets.

La même personne prend les familles et Yolande à son bureau, debout ils donnent les papiers dument remplis, que l’agent tamponne et photocopie soigneusement en guise de récépissé. Attristé de devoir attendre, ce dépôt de dossier rappelle de mauvais souvenirs aux pères de familles. En effet, ils avaient d’ores et déjà déposé un dossier il y a un an et demi sans que le service ait donné suite. « Le jugement est notre faveur, ce dossier doit être le dernier que je dépose pour mes enfants, inshallah (ndlr : si dieu le veut) il sera pris en compte », raconte un des pères de familles. Ce n’est que le début, trois enfants syriens ont tenté de se scolariser ce mercredi 28 mars suite à la délibération du jugement qui oblige la mairie d’Athis-Mons à les inscrire sous deux semaines depuis le 15 mars (lire notre article). Aujourd’hui, ils sont 28 enfants à attendre une scolarisation qui peine à se faire.

Le dossier : des conditions de scolarisation en question 

* Le prénom de la personne citée a été modifié.