Nouveau rebondissement, dans le dossier de la demande de scolarisation des enfants migrants de la Cité de l’air, d’Athis-Mons. La commune a été condamnée par le tribunal administratif de Versailles, à procéder à l’inscription de 28 enfants (lire notre article). La ville n’avait pas accédé aux demandes des familles et associations les soutenant, arguant de leur habitat précaire et du manque de place dans les écoles.

Dix jours après le jugement, et alors que la commune s’est vue contraindre d’inscrire les enfants dans un délai de 15 jours après sa notification, pas un enfant concerné n’a franchi les portes des écoles de la commune. La ville a en effet décidé de ne pas se conformer aux injonctions de la justice. Dans une lettre diffusée aux habitants, doublée d’une vidéo mise en ligne sur le site de la commune, la maire Christine Rodier réaffirme sa position de ne pas vouloir intégrer les enfants dans ses écoles.

« Malgré la condamnation, il n’est pas possible de scolariser autant d’enfants dans les écoles »

L’édile d’Athis-Mons s’adresse aux habitants de la commune pour faire le point sur la situation « des enfants de familles squattant les pavillons de la Cité de l’air ». Elle assume tout d’abord : « vous savez que j’avais refusé, en 2017, la scolarisation de 55 enfants, car je considère que nous ne pouvions les accueillir dans de bonnes conditions ».

Dans son courrier aux habitants elle maintient qu’il est selon elle « impossible de procéder à ces scolarisations dans des conditions acceptables dans toutes les écoles de la ville » et précise : « je n’instruirai donc pas pour le moment les dossiers qui seront déposés dans ce sens ». Elle argumente ensuite sur ses raisons : la surcharge des classes, des enfants situés niveau collège selon elle, les vaccinations, la nécessité de classes adaptées en langue, ou encore des dossiers à fournir « forcément incomplets » par les familles.

De quoi justifier pour Christine Rodier le blocage actuel, d’autant plus que la réponse de la justice était prévisible selon elle :« nous connaissions déjà l’issue de ce recours, il n’est donc pas une surprise ». Pour autant, continue-t-elle, « je ne peux toujours pas me conformer au jugement ». Dans le détail, les juges du tribunal administratif de Versailles ont considéré que « pour l’inscription à l’école primaire, soit la majorité des cas que le tribunal avait à juger, le droit à la scolarité et l’obligation scolaire des enfants de 6 ans, imposent au maire d’accueillir les enfants sans qu’il puisse objecter un nombre de places insuffisant ». Considérant les « quelques demandes d’accueil en école maternelle », le TA juge par ailleurs « qu’il n’existe pas un tel droit mais que le maire ne justifiait pas en l’espèce du manque de places alléguées ».

La mairie pour une classe adaptée et temporaire

Christine Rodier souligne pourtant de nouveau le problème de la commune en terme de « capacité à accueillir en nombre trop important des enfants en phase d’alphabétisation qui ont besoin d’un accompagnement spécifique ». Prenant à contre-pied la décision de justice, elle propose en revanche aux services de l’Education nationale de mettre en place une classe adaptée directement sur place. « J’ai fait une proposition concrète au directeur d’académie visant à mettre un local à disposition à la Cité de l’air, des enseignants spécialement détachés pourront y dispenser un programme » affirme la maire dans son clip diffusé vendredi soir.

Il s’agit selon elle de répondre « de manière concrète » à cette question de la scolarisation et d’une solution « facile à mettre en oeuvre pour régler une situation provisoire ». Car après deux ans de présence au sein d’anciens pavillons de l’aviation civile situés à proximité des pistes d’Orly, la ville compte bien voir partir les occupants de la Cité de l’air, ayant d’autres projets« Le squat n’a pas vocation à durer, Athis-Mons n’est pas une zone de non-droit » lâche Christine Rodier. Le Tribunal administratif de Versailles aura par ailleurs prochainement à se prononcer dans un jugement d’expulsion des lieux.

Marie-Renée Courty, de l’association AJAR qui apporte son soutien aux migrants de la Cité de l’air, et qui a mené le recours sur la scolarisation conjointement avec le Droit au logement (DAL), confirme que ce lundi 26 mars « aucun enfant concerné par le jugement n’est scolarisé ». Les militants associatifs qui suivent les familles et les aident dans les démarches se disent ouverts à la discussion mais regrettent que la proposition de la ville n’inclue « aucun contact avec les enfants francophones, ce qui n’a pas d’intérêt ». Sur les demandes d’inscription adressées à la ville, « c’est vrai qu’il y a des modalités à préciser » ajoute la bénévole de l’AJAR, tout en contestant l’obstination de la maire : « elle essaye de faire feu de tout bois pour ne pas respecter la décision de justice, en disant par exemple qu’il y a des enfants plus vieux, ce qui est totalement faux, et elle a proposé cette classe spécifique. Tout dépend maintenant de l’Education nationale ».

La ville « freine jusqu’à la décision de justice d’expulsion »

Contactés, les services de l’Inspection académique préféraient ne pas réagir ce lundi, et ont annoncé à Essonne Info qu’ils se positionneraient ce mardi. Au cabinet de Christine Rodier, on livre les modalités envisagées de cette classe spéciale telle que proposée : « on proposera des locaux qui pourraient être aménagés en salle de classe, le matériel serait fourni par la mairie, avec une prise en charge par convention avec ceux à qui ça appartient. Après il faut que l’Education nationale détache des enseignants adéquats ». Car selon la ville, « les enfants auraient bénéficié d’intervention dans les écoles dans la plupart des cas, donc ce sont des heures de cours dégagées » pour l’apprentissage de la langue.

Cette solution répondrait à ce qu’exige la justice, à en croire l’entourage de la maire : « oui, car les enfants seront scolarisés et ils seront pris en charge comme pour n’importe quelle école, la ville fournit les locaux et l’Education nationale fournit le personnel. La pédagogie reste à la compétence de l’Education nationale ». De plus, certains parents s’inquiétant des conditions sanitaires, selon la ville, cela permettrait aux enfants de « ne pas être soumis à une ostracisation du fait des parents, ce qui serait pire ».

La commune d’Athis-Mons assume par ailleurs être en attente de la confirmation par la justice de la décision d’expulsion de la Cité de l’air, « sur ordre de la préfête , il y a une possibilité d’expulsion » rappelle le cabinet du maire. Si « la justice a tranché » indique-t-on en mairie, « elle n’a pas tenu compte des situations particulières ». « La proposition de la ville, c’est de tout faire pour ne pas les scolariser » rebondit pour sa part Marie-Renée Courty. Pour elle, la ville « freine jusqu’à la décision de justice d’expulsion. Ils disent que la situation est provisoire mais certains sont là depuis 2 ans » s’énerve-t-elle. De son côté, la maire Christine Rodier conclut sa vidéo par un appel à ses habitants dans ce bras de fer qui ne semble pas terminé : « je sais que je peux compter sur le soutien des Athégiens, votre soutien ». Les susnommés accepteront-ils ces dernières positions politiques prises par leur municipalité?