« Suite aux annonces faites par le gouvernement, c’était plus que prévisible. C’est vraiment dommage ». Par ces mots, voici le constat quelque peu amer que dresse Manuel Valls, l’ancien Premier ministre, à propos de la réforme des rythmes scolaires. Car aujourd’hui, près de cinq ans après les premières applications de la semaine des 4,5 jours, la réforme qu’il a porté avec son prédécesseur Jean-Marc Ayrault a du plomb dans l’aile. Pire encore, la « bête » déjà bien amochée seulement un an après sa naissance en 2013, semble aujourd’hui en voie d’extinction tant sur le plan national, qu’au niveau départemental. Et c’est le gouvernement d’Edouard Philippe qui semble avoir rouvert la chasse à cette réforme, par le biais d’un décret paru le 28 juin dernier, permettant aux communes qui le souhaitent de revenir à la semaine de 4 jours. En Essonne, nombreuses ont été les communes qui se sont engouffrées dans la brèche pour aller porter le dernier coup d’épée à la bête déjà agonisante. Au total, 105 des 180 communes possédant au moins une école se sont vu valider leur retour à la semaine de 4 jours par l’inspection académique dès la rentrée de septembre 2017. L’hallali, ce dernier temps de chasse où la bête pourchassée est mise à mort, pourrait bientôt sonner pour cette réforme. En effet, la quasi-totalité des communes du département envisage la fin de la semaine des 4,5 jours pour septembre 2018.

Un plébiscite pour les 4 jours

Le fait que 75 communes de l’Essonne aient débuté l’année scolaire avec la semaine des 4,5 jours ne signifie pas pour autant que celles-ci l’ont fait parce que ces rythmes leurs convenaient. « Il s’agit plutôt de prendre le temps pour préparer au mieux la rentrée 2018 », révèle Jean-Marie Vilain, maire UDI de Viry-Châtillon. Ce dernier, hostile à la réforme portée par Vincent Peillon avait notamment pris part au mouvement de contestation qui été né en Essonne peu de temps avant la rentrée 2014. « Le problème majeur, c’est que cette réforme nous a été imposée de manière brutale. Nous avons décidé de prendre le temps de faire une concertation large pour ne pas reproduire cette brutalité », poursuit l’édile castelvirois. Une consultation qui a vu le retour à la semaine de 4 jours plébiscité par les parents d’élèves et les conseils d’école.

Ce format de consultation avec les différents acteurs (parents d’élèves et corps enseignant) a donc vu le jour dans la plupart de ces communes sur les deux premiers trimestres de l’année scolaire. Et les premiers résultats sont sans appel pour la semaine des 4 jours. Tant dans les communes les plus rurales du Sud-Essonne que dans l’espace urbain, le retour à la semaine de 4 jours devient une généralité. A Gif-sur-Yvette, Paray-Vieille-Poste, Juvisy, Savigny, Ris-Orangis, Massy, Dourdan ou encore à Evry, les consultations ont débouché sur la fin de la semaine des 4,5 jours. Dans la capitale essonnienne, plus de 3 300 personnes se sont exprimées sur cette question, donnant des résultats francs. Sur quatre scenarii, l’hypothèse d’un retour à la semaine des 4 jours a été plébiscitée par près de 58% des votants. Même tendance à Marcoussis où 60% des interrogés se sont prononcés dans cette direction, ils étaient 63% à Palaiseau, 70% à Morsang-sur-Orge, et même 77% à Saint-Chéron. « Il n’y a pas eu de surprises. Les parents et les conseils d’école se sont positionnés. Les horaires ne leurs convenaient pas », constate Bernard Sprotti, maire de Breuillet qui repasse également aux 4 jours.

Interrogée à ce sujet, l’inspection académique de l’Essonne confirme que 24 dossiers ont été validés le 13 février dernier, fixant ainsi à 129 sur 180 le nombre de communes repassées à 4 jours. « D’autres dossiers seront à l’étude lors d’une nouvelle commission fin mars », confirme-t-on à l’inspection académique, où l’on affirme à demi-mots que « la plupart des communes vont repasser à 4 jours » en 2018.

Revoir l’organisation de la semaine

Pour ces communes qui ont choisi d’effectuer ce que certains appellent « un retour aux sources », se pose la question de l’organisation de la semaine. Dans la majeure partie des cas, les anciens rythmes seront remis en place : 8h30–11h30 et 13h30–16h30 du lundi au vendredi sauf le mercredi qui est de nouveau chômé. Néanmoins, certaines communes à l’image de Verrières-le-Buisson, qui ont déjà acté un retour aux 4 jours, vont d’ici la fin du mois de mars faire une concertation sur les horaires à mettre en place, explique-t-on en mairie.

Enfin, d’autres communes ont souhaité garder des éléments qu’elles jugeaient « intéressants » pour leur nouvelle organisation. A Athis-Mons, les activités périscolaires vont se poursuivre dans les centres de loisirs pour les 16 écoles que compte la commune. « Avant 2014, une seule école bénéficiait d’activités après les cours. Désormais, nous allons garder ce système qui commencera à l’issue des cours pour toutes les écoles, soit après 16h30 », explique-t-on au service scolaire.

Même cas de figure à Breuillet où se posent la question d’un maintien d’une forme d’activités périscolaires. « Nous allons refaire des consultations avec les associations pour voir comment nous allons organiser le temps du mercredi », assure Bernard Sprotti. A Courcouronnes, on explique que « la réflexion avec les associations va se poursuivre dans les prochaines semaines au vu du succès recueilli par les activités ».

Ces communes qui font figure d’exception

Pour autant, dans ce vaste dossier des rythmes scolaires, quelques communes se maintiennent à 4,5 jours. A l’heure actuelle, alors que l’inspection académique n’a pas encore tranché sur tous les dossiers, deux communes font figure d’exception. « Nous resterons aux 4,5 jours pour la rentrée 2018, c’est sûr », affirme David Ros, le maire d’Orsay. « Travailler cinq matinées est un meilleur moyen de préparer les enfants à la rentrée de 6e. De plus, les parents sont satisfaits des activités périscolaires. C’est un point supplémentaire qui nous pousse à maintenir cette organisation », admet l’édile orséen avant d’annoncer : « Ce n’est pas parce que nous sommes satisfaits de ces rythmes que nous n’allons pas nous questionner sur les temps scolaires de la rentrée 2019. Un groupe de travail a été mis en place à cet effet. Il ne faut pas oublier qu’en maternelle, ces rythmes sont un peu compliqués ».

C’est d’ailleurs sur ce point que la commune de Morangis a travaillé depuis le début de l’année scolaire. Ce qui lui a permis d’arriver à une conclusion qui pour l’instant n’a pas d’égal au niveau du département. « Nous avons consulté la population, puis les conseils d’école avant de prendre une décision finale en conseil municipal ce lundi 12 mars, résume Pascal Noury, le maire de Morangis. Nous avons voté à l’unanimité pour le maintien à la semaine de 4,5 jours pour les primaires, mais le retour à la semaine de 4 jours pour les maternels. C’est trop difficile de tenir pour les plus jeunes, d’où ce choix  ». Outre l’importance du maintien des 5 matinées d’enseignement, le point fort que développe le maire tient sur les activités périscolaires. « Ces rythmes nous permettent de mettre en place des activités auxquelles les enfants n’auraient pas pu participer en temps normal. Des activités culturelles comme de la musique, du solfège, ou sportives comme du volley-ball peuvent être pratiquées les après-midis. Certains parents m’ont assuré que sans les activités périscolaires, leurs enfants n’auraient pas pu pratiquer de cours de danse par exemple ».

Comment expliquer ce désaveu ?

Rares sont les communes qui comptent rester à la semaine des 4,5 jours donc. Comment expliquer ce tel désaveu ? L’ancien Premier ministre qui a notamment porté cette réforme de 2014 à 2016, reconnaît des « dysfonctionnements » dans l’application de la réforme. « Tout s’est fait de manière trop brutale, hormis dans quelques villes, rien n’a été anticipé. Il en a découlé énormément de crispations », avoue Manuel Valls. Autre point que le député de la première circonscription de l’Essonne avance, est le coût exorbitant de ce dispositif. « Tant pour les collectivités que pour l’Etat, cela pouvait causer problème. L’Etat investissait un budget de 450 millions d’euros par an ».

Convaincu que les temps scolaires doivent être retravaillés, celui-ci avance un autre angle d’attaque pour les prochaines concertations : « En France, nous ne portons notre réflexion que sur des temps hebdomadaires. Nous devrions revoir le calendrier global sur l’année  », conclut Manuel Valls.

 

L’inspection académique se penchera sur les derniers dossiers en cette fin mars. Toutefois, certaines communes ont déjà fait publiquement part de leur volonté de retour à la semaine de 4 jours. En juillet dernier, l’ensemble des dossiers présentés par les communes qui demandaient un retour à la semaine des 4 jours avaient été validés par l’inspection académique. Voici la liste :
Arpajon, Arrancourt, Athis-Mons, Baulne, Boussy-Saint-Yon, Boullay-lès-Troux, Boussy-Saint-Antoine, Boutigny-sur-Ecole, Brétigny-sur-Orge, Breuillet, Breux-Jouy, Briis-sous-Forges, Bures-sur-Yvette, Cerny, Champcueil, Champlan, Chevannes, Courcouronnes, Dannemois, Dourdan, Epinay-sur-Orge, Epinay-sous-Sénart, Evry, Forges-les-Bains, Gif-sur-Yvette, Gometz-le-Châtel, Guibeville, Igny, Juvisy-sur-Orge, La Forêt-le-Roi, La Norville, La Ville-du-Bois, Le Plessis-Pâté, Le Val-Saint-Germain, Lisses, Marcoussis, Marolles-en-Hurepoix, Massy, Morangis (juste maternelle), Morsang-sur-Orge, Palaiseau, Paray-Vieille-Poste, Richarville, Ris-Orangis, Roinville-sous-Dourdan, Saclay, Saint-Aubin, Saint-Chéron, Saint-Cyr-sous-Dourdan, Sainte-Geneviève-des-Bois, Saint-Escobille, Saint-Germain-lès-Arpajon, Saint-Jean-de-Beauregard, Saint-Maurice-Montcouronne, Saint-Michel-sur-Orge, Saint-Sulpice-de-Favières, Saint-Vrain, Saint-Yon, Saulx-les-Chartreux, Savigny-sur-Orge, Sermaise, Soisy-sur-Seine, Verrières-le-Buisson, Villejust, Villiers-le-Bâcle et Viry-Châtillon.

Maintien des 4,5 jours : 
Morangis (juste primaire) et Orsay.

Concertation en cours ou non connu : 
Grigny, Les Molières et Soisy-sur-Ecole.

Article réalisé par Paul Bathellier et Jérôme Lemonnier.