C’est un groupe hospitalier spécialisé, formant partie du géant parisien de l’APHP (Assistance publique, hôpitaux de Paris). L’hôpital Joffre-Dupuytren compte deux complexes situés à 3 kilomètres l’un de l’autre, sur la commune de Draveil. L’ancien sanatorium installé dans la commune en 1931 est depuis devenu l’un des fleurons de l’Assistance publique pour la prise en charge des personnes âgées. Spécialisé en gériatrie et prise en charge de soins de longue ‎durée, le double hôpital est également fort pourvoyeur d’emplois, puisque pas moins de 650 personnes, soignants, administratifs et logistique, font tourner l’hôpital Dupuytren et ses 426 lits. Tandis que du côté de Joffre, l’hôpital a une capacité de 150 lits et compte 176 agents.

176, c’est donc le nombre de personnes concernées par la fermeture anticipée du site de Joffre. Petit retour en arrière, voilà plusieurs années que l’antenne Joffre du groupe hospitalier est appelée à fermer. Il y a quelques années, une mobilisation des salariés de l’hôpital a conduit au report du projet (lire dans nos archives), et la garantie de voir s’édifier sur l’actuel site Dupuytren, un nouveau bâtiment dédié à une maison de retraite médicalisée (EHPAD). La construction a commencé à l’arrière des bâtiments existants. Cet établissement de 142 lits devrait pouvoir accueillir 75 agents de l’actuel hôpital Joffre. Il est censé ouvrir début 2020, tout comme un Foyer d’accueil médicalisé (FAM) de 40 places. Date à laquelle l’hôpital Joffre devait jusque là fermer.

Changement de stratégie en ce début 2018, de la part de l’APHP. Le direction de l’établissement a fait savoir à ses équipes que l’hôpital fermerait finalement ses portes le 1er juillet 2018. D’abord annoncée pour 2020, cette fermeture voit ainsi son calendrier avancé de 18 mois. Deux raisons sont invoquées par l’APHP pour justifier cette décision. Interrogé par Essonne Info, le groupe hospitalier parisien parle d’abord des « difficultés de recrutement » dans ses services, notamment pour les postes de médecins gériatres et infirmiers, étant précisé que les patients de Joffre relèvent « davantage d’une prise en charge médico-sociale que d’une prise en charge sanitaire ». La « vétusté des locaux «  est également mise en avant par l’hôpital, ce qui conduit à une « dégradation des conditions de travail » pour les agents.

Les grilles de l'hôpital Joffre devraient fermer définitivement leurs portes à l'été 2018

Les grilles de l’hôpital Joffre devraient fermer définitivement leurs portes à l’été 2018 (JM/EI)

Pour les representants du personnel, pourtant, d’autres motifs sont à prendre en compte dans le choix d’avancer cette fermeture. ‎« C’est une logique purement économique » affirme Jean-Marc Alouch, délégué CGT à Joffre-Dupuytren, « l’APHP a une feuille de route de 22 millions d’euros d’economies à realiser » par ses autorités de tutelle, poursuit-il, ce qui correspond « à 600 postes en moins » sur l’ensemble du groupe. Dans un communiqué, le section FO parle elle d’une direction de l’APHP qui est « revenue sur (sa) parole » de maintenir les emplois actuels durant 2 ans. A l’initiative de l’intersyndicale de Joffre-Dupuytren (CGT-FO), une mobilisation a été lancée sur l’hopital draveillois pour contester les choix de l’APHP. Le ‎27 février dernier, ces salariés ont organisé une opération escargot dans les rues de la commune.

Négociations en vue sur les reclassements

La majorité des 176 personnes concernées vont se voir proposer des reclassements en interne de l’APHP. Précisément, le mastodonte hospitalier fait savoir que « l’ensemble des personnels concernés par la fermeture du site de Joffre sont accompagnés individuellement et depuis plusieurs mois par les services de ressources humaines ». L’ouverture en 2020 de l’EHPAD et du FAM devrait permettre à plusieurs agents de garder un poste à Draveil, quitte à être mutés en petite couronne ou à Paris dans l’intervalle. Quelques places seraient aussi gardées au sein de Dupuytren. L’APHP promet ainsi « des formations de reconversion pour les établissements médico-sociaux » pour les agents intéressés. Mais ces engagements ne semblent guère suffisants pour les représentants du personnel.

« Des responsables de l’hôpital aux responsables politiques, ils doivent mettre tous les moyens nécessaires pour que personne ne reste sur le carreau » prévient le syndicat FO. Pour le représentant CGT, « il ne doit y avoir aucune mutation forcée ». Des départs à la retraite anticipée pourraient être proposés ainsi que des départs volontaires, « mais il faudra qu’il y ait de réelles indemnités ». La direction des Ressources humaines de l’APHP annonce être présente 3 jours par semaine sur place pour faire le lien avec les salariés concernés. Un nouveau rendez-vous entre l’intersyndicale et leur direction aura également lieu le 19 mars prochain. « On verra ce qu’ils nous proposent, au vue de la situation de blocage créée » avance Jean-Marc Alouch. L’intersyndicale qui ne s’interdit pas de « durcir » le mouvement si les demandes exprimées ne sont pas prises en compte.

Quelle suite pour la prise en charge des patients?

Autre point soulevé par cette fermeture dans moins de quatre mois de l’hôpital Joffre, le devenir des patients actuellement hospitalisés. Le site de Joffre est dédié aux soins de longue durée, et il possède un agrément de l’aide sociale, en tant que structure publique. Sur les 150 lits disponibles, « il accueille aujourd’hui 130 résidents » précise l’APHP. « La question est de savoir comment l’hôpital va être vidé » résume le maire de Draveil Georges Tron. A l’image des représentants du personnel, auxquels il a apporté son soutien, l’édile pointe le sujet « du déménagement des malades, en plus du reclassement du personnel ». Jean-Marc Alouch de la CGT craint lui pour « la bonne prise en charge des patients dans un délai si court, alors que 24 mois permettaient de lisser » cette évacuation annoncée.

La direction de l’APHP assure de son côté : « la fermeture aura lieu le 1er juillet 2018 et s’organise d’ores et déjà avec une décélération des capacités et des admissions », le tout avec « un accompagnement » des agents dans des reclassements. Le nombre de postes qui seront proposés au sein de l’hôpital Dupuytren sera connue prochainement.

Le site de Dupuytren, plus proche du centre de Draveil, va voir s'édifier un EPHAD, qui doit être terminé pour 2020

Le site de Dupuytren, plus proche du centre de Draveil, va voir s’édifier un EPHAD, qui doit être terminé pour 2020 (JM/EI)

Quel devenir au site Joffre et ses 13 hectares?

Une fois la fermeture actée, restera à déterminer l’avenir du site de Joffre. « Leur objectif est la vente de l’hôpital Joffre » indique le représentant CGT. Situé à l’orée de la forêt de Sénart, le site fait 13 hectares, dont 5,5 hectares constructibles. De quoi intéresser plus d’un promoteur… et inquiéter les riverains qui serpentent au quotidien dans la (petite) rue reliant Joffre à la ville. Un projet de 360 logements avait été présenté en 2009, suscitant une levée de bouclier des riverains du quartier de Champrosay. Qu’en est-il aujourd’hui?

Pour le maire de Draveil Georges Tron, « il s’agit d’un propriétaire privé » et ainsi l’APHP est libre de vendre à l’entreprise de son choix les terrains du site Joffre. Il se déclare toutefois « vigilant » sur la nature du projet immobilier qui y sera proposé, sachant qu’il s’agit d terrains constructibles. La direction de l’APHP ne s’étend pas de son côté sur le sujet. La sécurité des lieux fait enfin l’objet d’une attention particulière de la municipalité, surtout lorsque les bâtiments auront été complètement vidés cet été.