500, 600, ou peut-être 700. Voici le total des salariés du groupe Carrefour réunis ce jeudi 1er mars sous les fenêtres du siège social de Carrefour France de Massy, peu avant midi. Les organisateurs de cette mobilisation sans précédent annoncent même des chiffres dépassant amplement le millier. « 1 800 », lance Michel Enguelz, délégué central Force Ouvrière de Carrefour, « 2 000 » renchérit-on du côté de la FGTA, branche du secteur alimentaire du syndicat FO. « C’est une très belle mobilisation malgré les conditions climatiques. Sur les 28 cars prévus à la base, 25 ont pu faire le voyage, explique alors Dejan Terglav, secrétaire général FGTA-FO. Nous avons des personnes travaillant dans tous les secteurs du groupe, les hypers, les contacts, les markets, et surtout, venant de toute la France ». « Il y en a même qui viennent de Belgique pour nous soutenir ! », reprend Michel Enguelz, à la vue de ces salariés arborant des anoraks verts.

Si cette mobilisation se révèle être « un vrai succès » pour les organisateurs, quelques noms manquaient à l’appel. D’autres syndicats, la CGT en tête, n’ont pas souhaité participer à ce mouvement et organisaient le leur en parallèle.

Des revendications similaires, mais pourtant…

Depuis que les premières informations concernant le plan de transformation de Carrefour ont filtré dans la presse, les syndicats majoritaires sont passés à l’action. Mais chacun le fait de son côté. Dès le mois de décembre, la CGT avait organisé son propre rassemblement sous les fenêtres du même siège massicois, sans l’appui de FO, réunissant cette fois-ci près de 300 personnes. Ce jeudi 1er mars, les rôles se sont donc inversés. Pourquoi font-ils bande à part ? Sont-ce sur les revendications que ceux-ci ont des différends ? « Nous sommes contre ce plan de transformation qui n’est rien d’autre qu’un plan social. Nous ne voulons pas de licenciements, peste Frédéric Roux, délégué syndical central de la CGT pour Carrefour proximité. Nous sommes contre les fermetures de magasins (Ndlr : 273 magasins de proximités). A Carrefour de revoir les zones de chalandises de ses centres. Nous souhaitons que toutes les personnes concernées par des reclassements le soit vraiment et qu’aucune personne ne soit laissée sur la touche ».

Seul le syndicat Force ouvrière était présent à Massy en nombre (JL/EI)

Seul le syndicat Force ouvrière était présent à Massy en nombre (JL/EI)

Du côté de leurs homologues de FO, le son de cloche est quasiment similaire. « Carrefour a les moyens de prendre le temps de reclasser l’ensemble des salariés du groupe. C’est en tout cas ce que nous allons demander une nouvelle fois à la direction », commente pour sa part Dejan Terglav, peu de temps avant d’être reçu par la direction ce jeudi midi.

Des revendications similaires donc. Pour autant, du côté de la CGT, on en dit un peu plus sur les raisons de cette discorde intersyndicale. « Nous avons deux façons de faire. Force ouvrière est dans la négociation et l’accompagnement de plan social de Carrefour. Nous, nous ne voulons pas de ce plan. Les propositions de reclassements sont des licenciements déguisés. Si le salarié refuse l’offre, le licenciement suivra », dénonce Frédéric Roux. Des propos qui irritent chez FO. « Nous ne sommes pas là pour accompagner le plan. Nous n’avons pas voulu de ce plan d’ailleurs, se justifie Dejan Terglav, qui admet au passage qu’un « plan de départs volontaires est mieux qu’un plan de départs secs ».

Notre dossier sur Carrefour France

« Une intersyndicale aurait plus de succès »

Ainsi, les deux syndicats font toujours bande à part. La CGT privilégie des actions localisées dans des établissements du groupe partout en France. En Essonne, des débrayages ont eu lieu au moment de Noël au Carrefour market de Marolles-en-Hurepoix, puis plus récemment à Breuillet. Ce même jeudi 1er mars, pendant que FO rassemblait ses troupes devant le siège de Massy, la CGT était présente devant le Carrefour contact de Verrières-le-Buisson. « Nous préférons faire des actions localisées afin d’alerter directement les riverains », résume Frédéric Roux, qui fait signer des pétitions dès qu’il le peut aux clients.

La CGT organisait son opération en parallèle de celle de FO, ici à Verrières-le-Buisson (JL/EI)

La CGT organisait son opération en parallèle de celle de FO, ici à Verrières-le-Buisson (JL/EI)

Même s’il y a quelques bisbilles entre les organisations syndicales, quelques salariés affirment à demi-mots qu’une « intersyndicale aurait plus de succès ». « Concrètement, pour lutter face à Bompard, il faut peser lourd. Une intersyndicale pourrait permettre ce rapport de force », expliquent certains. Reste à savoir si ce rapprochement tant attendu par certains verra le jour…