Voilà 6 ans que cette maison vivait au rythme de ses squatteurs. Six ans que les nuisances et autres désagréments dérangeaient les riverains du Parc de Beauséjour de Morsang-sur-Orge. Et comme par miracle, l’été dernier, ces derniers ont déguerpi le plancher. Une aubaine pour les habitants voisins… du moins jusqu’à la découverte de cette petite coïncidence. Le dépôt d’un permis de construire. On comprend mieux le départ des occupants illégaux de ce fameux terrain. A quoi faut-il désormais s’attendre ?

Eh bien maintenant, en lieu et place de cette maison, le Parc de Beauséjour s’apprête à accueillir un bâtiment de 5 étages, 58 logements, avoisinant les 15 mètres de haut, tout ça, le long de la route de Corbeil, au 85 plus précisément. Squatteurs/Immeuble, quel est le mieux ? Certains auraient tendance à dire « immeuble », d’autres pensent plutôt « aucun des deux ». Créé en 1898, le Parc de Beauséjour est l’un des plus anciens lotissements de Morsang-sur-Orge. Il avait comme particularité de voir de gros pavillons se construire sur d’énormes terrains où faune et flore régnaient en parfaite harmonie. Mais ça, c’était avant. Enfin, presque. « Jusqu’à la modification du PLU toutes les constructions rentraient dans le cahier des charges. Après, la loi ALUR est arrivée, on nous a dit, ‘on laisse le passé au passé' », regrette Laurence Ollivier, présidente de L’Association de Sauvegarde des Lotissements de Morsang-sur-Orge (ASLOT).

Un espace plus ou moins protégé

Si les énormes terrains abritaient encore de grosses maisons anciennes, force est de constater que le paysage veut petit à petit changer de visage. Ce qui ne fait pas le bonheur de tous. Outre les nouvelles constructions aux allures beaucoup plus modernes, d’autres types de logements veulent aussi voir le jour, comme ce projet immobilier fortement contesté par les riverains. « On bétonne, on bétonne. On rajoute encore du monde alors que les parkings et la circulation sont déjà saturés », peste Xavier Gilbert, riverain et membre de l’association. « Certains propriétaires ici ne peuvent même pas agrandir leur terrain car ils sont protégés. On est pas contre des constructions, mais on demande à ce qu’il y ait une cohérence », enchaîne Laurence Ollivier alors qu’un recours contentieux contre le PLU (janvier 2017) et un autre contre le permis de construire (décembre 2017) ont été déposés par l’ASLOT.

Le projet immobilier ne fait pas l'unanimité (GD/EI).

Le projet immobilier ne fait pas l’unanimité (GD/EI).

De la cohérence, Marjolaine Rauze, maire de la ville, en voit dans cette construction. Si elle constate que la population de Morsang-sur-Orge augmente régulièrement depuis plusieurs années, elle assure par ailleurs que sa ville est celle de l’agglomération qui construit le moins. « On a des objectifs de construction par rapport à la loi. La préfecture nous a aussi indiqué qu’on ne donnait pas assez de possibilités de construire », avance l’édile de la ville, alors que 30% de logements sociaux sont prévus au sein de ce bâtiment. « On veut une évolution douce, et faire de la route de Corbeil un boulevard urbain. On va construire au fur-et-à-mesure des opportunités », lâche-t-elle en confirmant que le Parc de Beauséjour n’est plus un site préservé depuis la loi ALUR.

Cet immeuble prévu route de Corbeil n’est cependant pas la seule préoccupation de l’ASLOT. Toujours dans ce Parc de Beauséjour, c’est dans l’avenue René-Cassin que le bât blesse. Cette fois, c’est le propriétaire d’un terrain de 3 640m² qui souhaite faire construire 12 logements. Ici, même problème pour les riverains, celui de la cohérence et de la préservation du cadre de vie. « Il n’y a même pas eu d’étude environnementale avant de fixer le nouveau PLU. Les terres sont gorgées d’eau et ne sont pas bonnes pour les constructions », ajoute Marianne Pavie, quant à elle vice-présidente de l’association, soutenue par ailleurs par Marianne Duranton, conseillère d’opposition. Et si, suite à un nouveau recours (novembre 2017), ce permis de construire a finalement été invalidé, force est de constater que le courant passe mal entre l’ASLOT et la municipalité. « Ils ne sont pas d’accord pour, construire, mais ils ne sont pas contents non plus quand on protège. Cette association a décidé qu’il n’y aurait pas de constructions dans le parc, à eux de poser les recours« , conclut Madame le maire.

La situation est encore un peu plus rocambolesque du côté du Vieux Morsang. Ici, c’est « l’Association Pour le vieux Morsang » (APLVM) qui se bat corps et âme contre un nouveau permis de construire accordé par la mairie. Mais comme pour le permis de construire précédent, la bataille a bel et bien porté ses fruits. L’histoire date elle de 2012–2013, lorsqu’un promoteur immobilier dépose un permis de construire sur le bureau de la municipalité. Le projet, un bâtiment de 25 00m², de 35 logements sociaux, sur environ 75 mètres de longueur pour 15 de hauteur.

« La barre », « l’entrepôt », c’est ainsi que les riverains surnomment ce bâtiment qui a finalement pu voir le jour. Malgré une pétition et autres nombreuses contestations du projet, la mairie a tout de même donné son accord pour cette construction en fin d’année 2013. Le recours à l’amiable engagé par l’APLVM dans la foulée n’a rien changé, les premiers locataires ont pu s’installer dans leur nouveau logement fin 2015, après plusieurs mois de travaux.

Annulation, démolition, relogement… c’est quoi la suite ?

Ces emménagements n’ont pas pourtant pas freiné la détermination des riverains, pour qui ce nouveau bâtiment incarne un amas de désagréments. « En plus du préjudice moral important, nos maisons ont perdu de la valeur. Il y a aussi une perte d’ensoleillement », énumère Brigitte Hochart, membre de l’association, et voisine de ces nouveaux logements. « On aurait pu modifier le projet, l’arranger, le déplacer… tout en faisant le même nombre de logements, mais non », peste à son tour Béatrice Guyon, elle aussi membre de l’association, tout en relevant les problèmes liés aux nappes phréatiques. « Le parking est à raz des nappes, dès qu’il pleut, l’eau monte. Ils pompent l’eau tous les jours, continuellement ».

Cet immeuble est loin d'être accepté par les habitants (GD/EI).

Cet immeuble est loin d’être accepté par les habitants (GD/EI).

Riverains et membres de l’association décident alors de s’en remettre à la justice en saisissant le tribunal administratif de Versailles. Verdict rendu le 13 mars 2017 par le tribunal, « l’immeuble est trop large, trop haut, et ne s’inscrit pas dans l’environnement », rappelle Brigitte Hochart. Le permis de construire est donc annulé, une annulation confirmée quelques mois plus tard par le Conseil d’Etat, saisi par le promoteur I3F et la ville de Morsang-sur-Orge. « I3F avait des bâtiments rue du progrès. Après mobilisation des locataires, ils ont tablé qu’ils ne pouvaient pas améliorer les logements sans une démolition/reconstruction. Donc ils ont reconstruit rue Paul Edouard, et ici, 40 rue Paillard. Mais le quartier a refusé », recontextualise Marjolaine Rauze.

Si l’élue reconnaît bien que l’eau est pompée tous les jours, elle affirme néanmoins que cette eau « non potable et non pure » ne représente en rien une catastrophe écologique puisque étant reversée dans l’Orge. « Ce projet a été validé par l’architecte des bâtiments de France. Il est tout à fait légal », précise Madame Rauze contestant les rumeurs de malfaçons au sein du bâtiment. « Le seul argument de la mairie c’est l’avis positif des bâtiments de France alors qu’il a été donné sur de mauvais plans« , rétorque Martine Le Fèvre, autre membre de l’association. Et alors qu’une demande de démolition a récemment été faite par l’APLVM au Tribunal de Grande Instance d’Evry, nul ne sait encore quel sort sera réservé à cet immeuble… et à ses locataires.