« C’est un très beau projet, qui ira à son terme » : Edouard Philippe a tenu à expliquer le soutien du gouvernement au « chantier du siècle », tel qu’il appelle le projet de métro du Grand Paris express. Le Premier ministre présentait ce jeudi matin, conjointement à la ministre des transports Elisabeth Borne, les arbitrages de l’Etat au sujet du projet porté par la SGP (Société du Grand Paris).

Ces annonces étaient très attendues, après la publication en janvier dernier d’un rapport sévère de la Cour des comptes sur la SGP. Les magistrats pointaient en effet une flambée des coûts du projet de double boucle du métro, de plus de 10 millards d’euros par rapport au coût initial (lire notre article). De quoi faire craindre un report de plusieurs lignes, notamment celle concernant le département, la ligne verte, ou ligne 18, annoncée pour 2024 sur son tronçon Orly-Saclay, puis jusqu’à Versailles en 2030.

Notre dernier dossier sur la ligne 18

Fin du suspense, ce jeudi matin. Voulant donner de la « robustesse » au projet, le Premier ministre a confirmé l’édification de plusieurs lignes pour 2024, en vue des Jeux olympiques, et le « recalage » du calendrier de plusieurs autres. « Je ne veux pas prendre le risque que les dépassements deviennent la règle, et que la situation nous échappe », a déclaré Edouard Philippe, souhaitant ainsi « donner des délais de livraison qui soient tenus » pour les lignes et les 68 gares.

La ligne 18 sur le Plateau de Saclay reportée

C’est ensuite la ministre des transports Elisabeth Borne qui a détaillé le nouveau calendrier du Grand Paris express. Celle-ci a énoncé les « deux priorités à l’horizon 2024 » : l’extension de la ligne 14 au nord, et le tronçon des lignes 16/17 entre Saint-Denis Pleyel et Le Bourget. La ligne 15 sud entre Pont de Sèvres et Noisy-Champs, dont les travaux ont déjà commencé, devait être livrée pour 2024, tout comme le prolongement sud de la ligne 14 jusqu’à Orly. La ministre a également spécifié que l’Etat avait arbitré en faveur du tronçon Clichy-Montfermeil de la ligne 16, « pour rejoindre Saint-Denis en 20 minutes, contre 1 heure actuellement ».

Pour les autres lignes, Elisabeth Borne a également utilisé le terme de « recalage », concernant notamment le métro censé desservir le Plateau de Saclay, la ligne 18. Cette-ci sera mis en service « au plus tard en 2027 » pour sa partie Orly-CEA Saint-Aubin via Massy et le Plateau, soit trois ans de plus que le calendrier initial. Le prolongement à Versailles via Guyancourt est lui maintenu à l’horizon 2030. La ministre des transports a tenu à ajouter que des marchés de génie civil « étaient déjà engagés » pour la ligne 18, et que des travaux exploratoires « auront lieu dès cette année à Massy-Opéra ».

Face à la fronde annoncée des élus soutenant la venue de la ligne 18 pour 2024, Elisabeth Borne a promis que « l’offre de desserte de bus sera renforcée d’ici là », avec de « nouvelles circulations en site propre », dont un projet dans les cartons à Massy qui serait livré « en 2020 ». Elle a aussi laissé la porte ouverte à « des financements privés » pour « trouver des solutions » alternatives sur place. En appuyant sur le fait que « les travaux seront engagés dès que possible, gage de réalisation » de la ligne, le gouvernement n’aura visiblement pas convaincu les acteurs locaux. A la tête de l’association des maires favorables au projet, l’édile de Palaiseau, Grégoire de Lasteyrie, n’a pas tardé à réagir pour protester contre ce report de la ligne 18.

« C’est une mauvaise nouvelle pour ceux qui croient au projet Saclay », a indiqué l’élu, parlant d’une « grande déception » aux annonces du gouvernement. En conséquences, celui-ci réclame dès aujourd’hui un « moratoire sur l’ensemble des chantiers du plateau » pour prendre en compte les conséquences de ce nouveau calendrier. Prévoyant ces critiques, le chef du gouvernement met de son côté en avant la crédibilité de ses arbitrages : « je ne doute pas qu’un certain nombre d’observateurs, d’élus peut-être, puissent formuler l’idée que le calendrier aurait pu être encore plus ambitieux. Il est déjà tendu, réaliste, tenable, mais sera tenu ».