« Fermée définitivement ». Il suffit simplement de taper son nom sur « Google » pour comprendre que la Maison Jean Cocteau est réellement menacée. En septembre dernier, Pierre Bergé décédait. Acheteur de la Maison Cocteau en 2002, avec notamment l’aide du Conseil départemental et régional, l’homme d’affaires laissait alors derrière lui une bâtisse incontestable du patrimoine essonnien. Depuis, les rumeurs vont bon train quant à l’avenir de la demeure-musée de l’ancien poète. Entre licenciements, déplacement des œuvres, et fermeture définitive du lieu, difficile d’être fixé sur le réel devenir de ce point touristique de Milly-la-Forêt. Une chose est sûre, le sort de ce domaine qui accueille plus d’une dizaine de milliers de visiteurs par an, ne laisse personne indifférent. En témoigne notamment cette pétition lancée le 13 février dernier, qui demande au département et à la région de « prendre le relais », et qui en est déjà à plus de 3 000 signataires.

« La maison est bel et bien fermée. Toute une partie du personnel a été licencié. Il y avait des plaques en plexiglas indiquant les horaires d’ouverture, tout a été enlevé », confirme Daniel Steiglemann, à l’origine de cette pétition à destination notamment de Valérie Pécresse, présidente de la région. « Personne n’a été prévenu, tout le monde s’est retrouvé sur le fait accompli. Cette pétition aura au moins eu le mérite de sensibiliser la population qui n’était pas au courant ». Hugues Charbonneau, secrétaire général de l’association propriétaire des murs de l’établissement, confirme bien le licenciement de quatre personnes pour cause de « difficultés économiques liées à la façon dont la maison a été gérée ». « 80% du financement provenait du mécénat personnel de Pierre Bergé », détaille-t-il alors que les recettes émanant des entrées correspondent à environ 75 000 euros sur les 450 000 dont aurait besoin annuellement la maison Cocteau pour fonctionner correctement.

Rien n’est encore fixé

Concernant les œuvres de l’auteur récemment déplacées au musée Beaubourg, ceci ne serait alors que temporaire. Simplement le temps d’un inventaire, et surtout de parfaire une convention entre la maison Cocteau et l’Etat, nouveau détenteur des biens, selon le secrétaire général de l’association. Mais pour que cette convention soit signée, faudrait-il encore que la maison Cocteau ne ferme pas, alors que les héritiers de Pierre Bergé n’assureront plus le financement de celle-ci. Et alors que la nouvelle a été annoncée à la fin du mois de janvier, lors de la soirée des vœux du Département, la mobilisation est désormais à son paroxysme. Aurélie Gros, vice-présidente chargée de la culture et au tourisme au Conseil départemental regrette cependant la rapidité des événements. « Ce qui est un peu limite, c’est que tout ça a été fait sans concertation avec les administrations, sans anticipation. Désormais on est un peu acculés. Je ne pensais pas que ça serait aussi rapide. On pensait que ça aurait pris au moins un an et qu’on aurait pu discuter pendant cette année », reconnait-elle alors que la région devrait bientôt procéder à un état des lieux de la maison. « Mais on n’a pas l’intention de perdre ce lieu culturel. On étudie toutes les solutions pour une réouverture en juin ».

Celle qui est aussi conseillère régionale évoque, elle, une cession de l’établissement. Seul le fonctionnement de celui-ci devra alors être pris en charge, soit, 375 000 euros. Et alors qu’un nouveau mécène tomberait à pic, l’association assure elle aussi chercher des solutions pour une réouverture, plutôt, à la fin du semestre. « Le schéma n’est pas encore arrêté. On cherche le meilleur partenaire prêts à s’engager et à financer une partie du fonctionnement. Soit l’association est reprise, soit l’association donne la maison à un établissement public. Mais, c’est sûr, ce lieu restera public », conclut Hugues Charbonneau. Et si les réponses semblent encore floues, la Fondation Bergé – Yves Saint-Laurent, qui n’a finalement rien à voir avec cette fameuse maison, assure que « Pierre Bergé avait commencé à imaginer une cession avant son décès ». « Il y a des pourparlers, les choses s’annoncent bien pour le moment ».

Notre visite de la Maison de Jean Cocteau