Trois semaines après les premiers débordements, les stigmates de la crue de l’Yerres sont encore présents à la zone de confluence avec la Seine. Les murs des habitations témoignent des niveaux impressionnants atteints par les eaux de la rivière qui serpente entre l’Essonne et le Val-de-Marne. L’eau s’est répandue dans de nombreux quartiers des communes traversées par la rivière, dépassant souvent la barre symbolique du mètre, et par endroits plus d’un mètre cinquante. Ces niveaux ont ainsi été relevés sur la commune de Crosne et chez sa voisine val-de-marnaise, Villeneuve-Saint-Georges. Après juin 2016, ces deux communes ont vécu un nouvel épisode de crue exceptionnel en janvier. L’épisode de trop pour certains riverains.

Les « Sisyphe de la crue »

Depuis le 24 janvier dernier, plusieurs riverains se sont retrouvés les pieds dans l’eau, et certains le sont encore aujourd’hui. Dans le quartier de Villeneuve-Saint-Georges situé entre la N6 et l’Yerres, l’eau s’est retirée, mais elle a souillé l’ensemble des propriétés. Si bien qu’une couche de boue recouvre le sol et rend les déplacements pédestres des riverains difficiles, voire dangereux. Ce mercredi 14 février, les glissades étaient nombreuses dans les rues du quartier, où meubles, frigos, machines à laver jonchent les trottoirs. Le tout dans une odeur nauséabonde dégagée par les eaux brunes de l’Yerres et les remontées venant tout droit des égouts.

Les eaux boueuses de l'Yerres ont laissé leurs traces sur les murs des habitants du quartiers (JL/EI)

Les eaux boueuses de l’Yerres ont laissé leurs traces sur les murs des habitants du quartiers (JL/EI)

Nombreux sont les riverains qui profitent d’un temps plutôt clément ce mercredi 14 février pour nettoyer leur propriété et faire le tri. Une femme sort des sacs pour les entasser sur le trottoir, tandis que son voisin, balai en main, tente de retirer une boue qui semble revenir à chaque coup, tel le héros de la mythologie grecque Sisyphe, poussant inlassablement un rocher au sommet d’une colline. « On n’en peut plus », souffle alors un couple de sexagénaire, au moment où ils croisent le regard de leur voisine, elle aussi désabusée. « C’est l’éternel recommencement », complète une femme.

Macron face aux « oubliés »

Mais ce mercredi 14 février en fin d’après-midi, les riverains des quartiers inondés ont eu la surprise de voir débarquer le Président de la République. C’est sur les coups de 16h45 qu’Emmanuel Macron a fait son apparition au cœur du quartier de Belleplace-Blandin de Villeneuve-Saint-Georges, l’un des plus touchés par les crues de janvier. La nouvelle s’était répandue dans le quartier depuis quelques jours, d’où une forte affluence. En effet, plus de 200 personnes étaient présentes au croisement des rues du Blandin et du Chemin de Fer, situé à la frontière avec l’Essonne. Si quelques riverains ont salué l’arrivée du Chef de l’Etat par des « Bravo Président Macron ! », d’autres affichaient leur colère. « Personne ne passe nous voir ! Personne ne se soucie de nous depuis le début ! On se sent délaissés ! », tonne une femme excédée par la situation. « On n’a pas eu d’électricité, ni de chauffage pendant plusieurs jours. Nous sommes des oubliés », renchérit une sinistrée. D’autres attaquent les autorités présentes sur la valeur de leurs biens. « J’ai tout perdu, ma maison est dévastée, lance un homme. Que va-t-elle valoir maintenant ? Plus rien ! ».

Emmanuel Macron a tenu à entendre, puis rassurer les riverains (SH/EI)

Emmanuel Macron a tenu à entendre, puis rassurer les riverains (SH/EI)

Face à ce lot de remarques, le Président a pris le temps de discuter avec tout le monde, et a tenté d’apporter des réponses concrètes. « L’Etat mobilise ses services pour déblayer le tout dès que l’eau aura baissé », répond alors Emmanuel Macron, avant d’annoncer qu’un « fonds d’urgence de plusieurs dizaines de millions d’euros » sera alors mobilisé.

Après une grosse heure de dialogue avec les riverains sinistrés, le Président, accompagné de Valérie Pécresse (présidente de la région IDF) ou encore de la maire PCF de Villeneuve-Saint-Georges Sylvie Altman, a déambulé dans des rues encore glissantes, tout juste nettoyées par les services communaux, pour féliciter les services de secours qui ont exercé sur le territoire. A cette occasion, d’autres sinistrés ont interpellé le Président, mais sans succès cette fois-ci. Après plusieurs tentatives infructueuses, une mère de famille comprend qu’elle ne pourra échanger avec lui. « Je l’attends depuis plusieurs heures, rage-t-elle. J’ai acheté ma maison en 2002 dans ce quartier. A chaque fois, je suis obligée de refaire toute ma maison. Heureusement que mes assurances fonctionnent bien, affirme cette dernière. Certains de mes voisins ont dû partir parce que leur assurance ne pouvait plus rien faire pour eux ».

15 communes de l’Essonne en catastrophe naturelle

Hasard de calendrier ou coup bien calculé, ce mercredi 14 février, la liste des communes reconnues en état de catastrophe naturelle est parue. Ainsi, outre Villeneuve-Saint-Georges, 15 communes de l’Essonne(*)  figurent dans cette liste qui compte 275 noms. L’état de catastrophe naturelle constaté par arrêté peut ouvrir droit à la garantie des assurés contre les effets des catastrophes naturelles sur les biens qui ont été assurés. Un premier bon point donc, même si les riverains redoutent encore les soubresauts de l’Yerres, dont le niveau a longtemps fait le yo-yo ces dernières semaines.

Toutes sortes de débris jonchent les rues (SH/EI)

Toutes sortes de débris jonchent les rues (SH/EI)

(*) La liste des communes en catastrophe naturelle : Athis-Mons, Boussy-Saint-Antoine, Brunoy, Corbeil-Essonnes, Crosne, Draveil, Épinay-sous-Sénart, Étiolles, Juvisy-sur-Orge, Le Coudray-Montceaux, Morsang-sur-Seine, Quincy-sous-Sénart, Saintry-sur-Seine, Vigneux-sur-Seine et Viry-Châtillon.

Article réalisé en collaboration avec Shéhérazade Hamidi.