On est encore bien loin des 57 entreprises et des centaines de salariés, mais ce début de grève pourrait rapidement nous rappeler l’épisode marquant survenu il y a de cela 10 ans. Ce temps où près de 2 000 travailleurs sans papiers s’étaient mobilisés pour faire front face à la politique « d’immigration choisie » mise en place par le gouvernement, accentuant notamment les contrôles d’identité ainsi que les arrestations et les expulsions. Il n’empêche que comme en 2008, cette grève prend une nouvelle fois forme en Essonne et plus précisément à Chilly-Mazarin et à Wissous, où se trouvent 2 des 6 entreprises touchées par ces mobilisations. Objectif cette fois, contrecarrer le projet de loi « ‘asile et ‘immigration » visant notamment à sanctionner le travail sous fausse identité.

Au total, ils sont environ 115 à avoir entamé cette grève ce lundi 12 février. Le département en compte lui 34. Dix-neuf pour l’entreprise Chronopost, quinze pour l’entreprise Sepur. Dans la première, spécialisée dans le transport de marchandise, les 19 sans-papiers ont commencé leur action ce lundi 12 février dès 8h30. En ce mercredi, ils en étaient donc à leur troisième jour de grève. « Ils sont restés toute la nuit. On leur a apporté des couvertures hier soir, et aujourd’hui on leur a apporté de la nourriture », précisait ce mardi après-midi Michel Delaporte, de l’union locale CGT Massy. « Ils négocient la loi pour la durcir », s’offusque-t-il ensuite. Ici, la communication est difficile entre les militants CGT et les grévistes. La CGT affirme que le contact est uniquement établi par téléphone. « La direction refuse l’accès aux piquets aux militants CGT en responsabilité », rapporte le syndicat dans un communiqué. « Ils sont employés par des prestataires, pas par nous », rétorque simplement la société…

On fait quoi maintenant ?

Chez Sepur, entreprise spécialiste dans la collecte des déchets, la situation est quasiment identique. Ici les grévistes se manifestent depuis ce lundi 5h30 et les contacts avec les militants se font généralement de part et d’autre d’une grille ou d’une haie. Ce mardi cependant, deux des militants CGT ont été autorisés à dialoguer avec les grévistes au sein même de la société. Les choses sont claires, objectif titre de séjour. Éboueur au sein de la société depuis 1 an, Mady, 27 ans, compte bien se battre jusqu’au bout. « Je suis là depuis qu’ils ont gagné des contrats. Ils ont recruté des intérimaires. Ils savaient qu’on n’avait pas de papiers, mais ils en ont profité », lance le jeune homme arrivé du Mali il y a de ça trois ans et demi. « On nous menace de nous expulser du site. Mais on est déterminés à rester jusqu’à ce qu’on soit régularisés ».

Un discours identique au sortir de la bouche d’Adama, 32 ans, en France depuis maintenant trois ans. « On travaille avec les papiers de quelqu’un d’autre. La société est au courant de ça. Si on est régularisés, on pourra continuer à travailler ici normalement », ajoute-t-il alors que la direction, tout comme la préfecture essonnienne, ne souhaitent pas faire de commentaires à ce sujet. Et si les contacts avec la direction sont minimes, qu’importe réellement, « c’est au gouvernement de mettre les choses au clair », affirme ce mardi Brigitte Gabriel, Secrétaire Générale de l’Union Locale CGT de Massy, alors que le projet de loi doit être présenté ce 21 février en conseil des ministres. « C’est un mouvement coordonné confédéral. Les négociations se feront au niveau du gouvernement. Le contact avec le ministère du travail et celui de l’intérieur est fait, on n’attend plus qu’un rendez vous », poursuit-elle soulignant entre autres « l’hypocrisie de la chose ».« Ça arrange bien les patrons ».

Et si un long combat s’annonce entre les grévistes, leurs défenseurs, et le gouvernement, force est de constater que la détermination est de rigueur. Deux rassemblements en soutien aux grévistes sont d’ores et déjà prévues ces 15 (18h) et 16 (16h) février, respectivement sur le site de Sepur, puis sur celui de Chronopost, en présence notamment de Philippe Martinez, le patron de la CGT. Le mouvement en restera-t-il au niveau régional ?