« Les hommes mentent, les femmes mentent, mais les chiffres ne mentent pas ». S’il est bien difficile de contredire ces termes, force est de constater que les chiffres ne donnent pas toujours un reflet exact de la réalité. Ce vendredi 25 janvier, au cabinet de la préfète départementale, s’est déroulé le bilan annuel sur la sécurité. L’occasion pour la représentante du gouvernement d’exposer  notamment les chiffres de la délinquance de cette dernière année écoulée et de constater une baisse globale de 5,77% de celle-ci sur le département. Un chiffre très peu parlant qui se traduit notamment par une baisse significative des violences crapuleuses (12,5%), des cambriolages (12,5%), ou encore des vols de voiture (13,6%).

Une délinquance urbaine en hausse

Le nombre de procédures est lui aussi en baisse par rapport à l’année dernière, celui des poursuites pénales, en hausse. Deux bons points qu’espèrent encore améliorer le procureur de la république adjoint, M. Cabot, ou encore le directeur départemental de la sûreté publique (DDSP), la police nationale, Jean-François Papineau,  et le colonel Jean-Marie Michelet de la gendarmerie. Il n’en reste pas moins que, si les résultats semblent plutôt encourageants, quelques points noirs sont tout de même à signaler pour cette année 2017. Parmi eux, la hausse des infractions au volant ou encore des accidents corporels, mais aussi et surtout la hausse des violences urbaines.

Chargée en événements, l’année précédente n’a visiblement pas apaisé les relations entre forces de l’ordre et certains habitants. Les violences non crapuleuses (violences « gratuites ») ont ainsi grimpé de 9,4%, dont une augmentation de 23% pour les violences faites aux agents dépositaires de l’autorité publique. Exemple le plus marquant, à Corbeil-Essonnes et plus précisément dans le quartier des Tarterêts avec pas moins de 40 policiers agressés en 2017, contre 16 en 2016. Une hausse significative expliquée notamment par une présence toujours plus importantes des forces de l’ordre. « On a accentué notre travail de répression du trafic de stupéfiants. Dans les zones d’habitats collectifs, au sein des établissements scolaires », avance entre autre le directeur de la DDSP. « On dérange ».

C’est sans aucun doute pour ces raisons que le quartier des Tarterêts a récemment été sélectionné parmi les 30 quartiers qui bénéficieront du tout nouveau plan « police de sécurité au quotidien » lancé par le gouvernement. La préfète du département a donc profité de cette réunion pour en avancer les grandes lignes. « Ce n’est pas un retour de la police de proximité », assène-t-elle d’entrée. Cette nouvelle police de terrain, proposition phare du président, se veut être en lien effectif avec les besoins réels du terrain sur lesquels elle opérera. Les objectifs seront ainsi établis au cas par cas en fonction des points noirs de chaque quartier. Josiane Chevalier parle alors de « reconquête républicaine ».

Pour enrayer la délinquance encore présente malgré les résultats encourageants de l’année 2017, ce nouveau corps d’intervention joue sur la proximité et la territorialité des agents qui, par leur présence, dissuaderont par exemple des vols de voitures, du stationnement dans les halls d’immeubles ou autres trafics de rue. En effet, selon Jean François Papineau, directeur de la DDSP, on constate une hausse de 22% des infractions liées par exemple au commerce de la drogue grâce à la présence toujours un peu plus accrue des forces de l’ordre sur le terrain. « On devrait avoir une arrivée de policiers supplémentaires dans les prochains mois, entre 15 et 30 à priori. On ne sait pas s’ils seront des officiers de base ou des officiers de la police judiciaire. On attend des précisions de la préfète », informe-t-on au cabinet du maire de la ville alors que des caméras piétons et des tablettes  dites « Neo » vont aussi faire leur arrivée. « Ces nouveaux équipements opérationnel vont aider les policiers au quotidien », assure la préfète.

Corbeil mais pas Grigny

Par ailleurs, Josiane Chevalier appuie spécifiquement sur le fait que le dispositif, qui sera donc uniquement testé dans le quartier des Tarterêts sur le département, ne se fera pas au détriment de Grigny. Le choix fait de la ville de Corbeil-Essonnes s’est décidé, selon elle, car les forces de l’ordre grignoises ont déjà reçu des aides du département. Une décision sur laquelle s’interroge Phillipe Rio maire de Grigny. « Qu’est ce qui a défini la réalité des politiques publiques ? », « Sur quelles critères ? ». Une décision au goût amer pour l’édile grignois qui vient de voir la construction d’un commissariat dans sa ville, reportée. Au contraire, Corbeil bénéficiera bien elle, d’un nouveau commissariat. « On vient d’avoir deux bonnes nouvelles. Cette décision pour la PSQ et l’annonce d’un nouveau commissariat à Corbeil. Ça fait 10 ans qu’on le demande », se réjouit la municipalité, alors que ce nouvel édifice devrait voir le jour sur le quartier de Montconseil. « Notre commissariat est incroyablement vétuste. Il a été conçu pour 40 policiers, il y en en entre 100 et 120 aujourd’hui ».

Tout est donc mis en place pour une répression accrue de la délinquance sur le département, de quoi satisfaire les ambitions de la nouvelle procureur essonnienne Caroline Nisand (lire notre article). En plus du trafic de stupéfiants, les occupations sauvages des halls d’immeubles ou encore les « rodéos » feront l’objet d’opérations spécifiques. Testée pendant quelques mois, avant éventuellement d’être approuvée, cette police de sécurité au quotidien ne devrait assurément pas réjouir tout le monde.