Retour à la normale ce lundi après les intempéries qui ont touché le département. L’Essonne a durant quelques jours fonctionné au ralenti, comme nous vous l’avons raconté ici, entre des écoles vidées, des réseaux de transports très perturbés, et certains axes routiers qui se sont trouvés surchargés. On se rappellera sans nul doute de cet épisode de neige avec le cas singulier de la N118, et l’enfer vécu par des centaines d’automobilistes coincés dans la nuit de mardi à mercredi dans la cuvette de Bièvres (lire notre article). La situation aurait-elle pu être mieux anticipée ? La fermeture de l’axe routier, intervenue mardi soir, est-elle intervenue trop tardivement ? La N118 n’aura finalement rouvert que ce week-end, après la décision de la préfecture de police d’attendre le dégel complet.

« Au plus fort de la soirée, nous avons eu jusqu’à 600 personnes prises en charge au centre d’hébergement de Bièvres ». Par ces mots, la préfète de l’Essonne, Josiane Chevalier, dresse un premier bilan d’une soirée que certains ne sont pas prêts d’oublier. Comme en 2010, lors des derniers gros épisodes neigeux enregistrés sur le département, plusieurs centaines d’automobilistes ont dû dormir dans leur véhicule dans la nuit du 6 au 7 février, attendant une accalmie pour pouvoir repartir, ou pour rallier un des centres d’hébergement ouverts dans la soirée. Durant cette fameuse nuit, 933 personnes ont été prises en charge sur tout le département, informent les autorités. Qu’il y a t-il derrière ces chiffres ?

Comment éviter un nouveau cauchemar sur la N118 ?

Présentes depuis lundi 5 février, les chutes de neige se sont densifiées dans la soirée de mardi, rendant la circulation de plus en plus difficile, voire impraticable. Et comme en 2010, c’est la RN118, reliant l’A10 à l’A86 en passant par Les Ulis ou Velizy, qui a été la plus impactée. « Nous avons pris la décision de fermer cet axe vers 19 heures, seulement sur la portion Nord au niveau de la jonction avec l’A86 », reprend la préfète. La circulation des poids-lourds avait été neutralisée plus tôt dans la journée. Au total, près de 550 poids-lourds ont été contraints de stationner sur les aires de Torfou et d’Angerville sur la N20.

Pour autant, l’ensemble de ces mesures n’a pas empêché les automobilistes de s’engouffrer par centaines sur la N118, provoquant un bouchon similaire à celui de 2010. « Nous sommes en vigilance orange depuis lundi. Nous avons insisté sur nos réseaux sociaux afin que les personnes ne prennent pas leur voiture, mais cela n’a pas suffi », souffle Josiane Chevalier.

Afin de permettre aux automobilistes bloqués sur la route de pouvoir dormir autre part que dans leur voiture, la préfecture de l’Essonne, en lien avec les communes, a mis en place un réseau de centres d’hébergement. Au total, 20 centres ont été ouverts en catastrophe ce mardi soir. Problème : le manque d’informations sur l’emplacement de ces centres. Les « naufragés de la route » n’ont pas hésité à alpaguer les services préfectoraux sur les réseaux sociaux, pointant du doigt ce qu’ils nomment des « défaillances ». A l’inverse des Yvelines, la préfecture n’a pas souhaité communiquer la localisation de ces centres, au grand dam de certains usagers. « Où sont les centres de secours ? », lance une femme sur le compte Twitter de la Préfète. « Les centres d’hébergement, c’est bien; mais n’aurait-il pas fallu plutôt prévenir que guérir ? », abonde un second.

Un choix que Josiane Chevalier assume. « Nous avons bien vu ce qui était mis en place dans les autres départements. Nous nous sommes posés la question de diffuser les adresses de ces lieux, mais nous avons estimé qu’il était préférable que les pompiers procèdent à des maraudes sur la route pour rapatrier les automobilistes vers les centres. Ce, pour éviter de mettre les personnes en danger ». La présence des services de secours a toutefois été elle aussi contestée par quelques naufragés de la route. « Aucun pompier n’est venu toquer à ma fenêtre », lâchait un automobiliste ce mercredi matin, comme d’autres ‘naufragés de la route’, filmés par le média Brut« J’ai donné l’ordre aux services du SDIS de passer voir chaque voiture. Que des gens aient dit que les pompiers ne sont pas passés, ce n’est pas vrai », répond la préfète avec fermeté, qui assure qu’il n’y a « pas eu de défaillances » sur ce point.

Certains élus dont les communes sont traversées par la N118 ne cachent pas leur incrédulité sur la gestion de la crise. Francisque Vigouroux, maire d’Igny, s’est épanché sur les réseaux sociaux. L’édile tente de faire un premier bilan à chaud. Il estime qu’il aurait dû y avoir une « meilleure coordination entre les Yvelines et l’Essonne », mais aussi qu’il aurait fallu « fermer plus tôt une voie [de la N118] pour saler et re saler ». Josiane Chevalier se veut plus pragmatique. Selon elle, « c’est un problème structurel de cette route, étroite, avec une cuvette qui devient très vite un endroit problématique en cas d’intempéries  ».

Les écoles finalement ouvertes pour quelques élèves

L’autre point qui a marqué les esprits durant cette journée du mardi 6 février est la décision de terminer les cours plus tôt pour les écoliers, collégiens et lycéens essonniens. En lien avec l’inspection académique, une annonce est tombée ce mardi à 12h30 pour signifier l’arrêt des cours, et le renvoi des élèves chez eux à partir de 13h30. En proie à quelques critiques sur cette gestion que certains qualifiaient de prise « à la va-vite », Josiane Chevalier assume là encore ses choix : « Nous avons agi très rapidement. Nous ne pouvions pas prendre cette décision plus tôt. Tout s’est plutôt bien passé ». Un temps envisagée, la fermeture des établissements scolaires du département n’interviendra pas les jours suivants.

Les écoles maternelles comme élémentaires, collèges, et lycées, ont pourtant fonctionné pour la majorité au ralenti de mercredi à vendredi. Consigne a été passée aux directeurs d’établissements de maintenir ouvertes les écoles, en assurant au minimum un accueil pour « les élèves qui ne peuvent être gardés chez eux ». Dans les faits, les parents qui l’ont pu, ont privilégié d’autres solutions, et il n’a pas été rare de constater des écoles ou lycées où les enseignants étaient plus nombreux que leurs élèves (lire notre reportage). « Je conseille vivement à tous les usagers de laisser leur véhicule chez eux, voire de reporter leurs déplacements », a asséné toute la semaine la préfète Josiane Chevalier, alors que, sans cars scolaires, les enfants ne pouvaient dans de nombreux endroits pas rejoindre leur établissement.

Un (petit) pas vers le 2.0

Autre interrogation, la qualité de l’information diffusée, et sa fiabilité. Les autorités ont paru à plusieurs reprises dépassées par les évènements, et submergées de messages d’habitants de l’Essonne. A commencer par la préfecture de l’Essonne. Les représentants de l’Etat dans le département possèdent une cellule de crise au sein de la préfecture de l’Essonne, à Evry, mais la diffusion des informations clés a souvent patiné. Il aura par exemple fallu plusieurs heures aux services préfectoraux pour diffuser l’arrêté d’interdiction des bus mercredi matin. Vendredi après-midi, il est aussi fait état d’une circulation « normale » dans les réseaux de transports, alors que la situation était gérée au cas par cas et que de nombreux Essonniens devaient s’en remettre à la marche à pied.

Pour obtenir des informations fiables, et à jour, il fallait pour le quidam, bien souvent se référer aux réseaux sociaux. La situation évoluant parfois d’heures en heures, notamment concernant la circulation des réseaux de bus. Les communes à travers leurs réseaux Twitter ou Facebook ont également tenté d’informer leurs habitants sur l’état des voiries comme la reprise, parfois partielle, des liaisons de bus. Les compagnies comme la Strav, Cars d’Orsay, Génovebus ou encore la Savac ont tenu leur fil Twitter à jour concernant leurs lignes. Pour la TICE, principale compagnie du territoire, il fallait s’orienter sur sa page Facebook pour connaitre le trafic. Alors qu’un nouveau site devrait voir le jour d’ici mars, l’actuel, comme la ligne téléphonique de la compagnie, se sont trouvés surchargés à plusieurs reprises, à l’instar d’ailleurs de l’application SNCF.

Après les crues mi-janvier, le département aura donc connu avec cet épisode de neige une nouvelle situation de crise. Si les médias sociaux permettent désormais de diffuser plus facilement l’information, notamment sur des questions pratiques comme l’ouverture des écoles ou les liaisons de transports en commun, la coordination fait encore défaut. Le citoyen-internaute doit bien faire preuve de beaucoup de pugnacité pour être totalement au fait des événements, et adapter son quotidien en conséquence.