La vengeance n’aura été que de courte durée, « mais ce n’est pas fini ! », lançait alors Sylvain Dantu, lors du conseil municipal de Corbeil-Essonnes le 22 janvier dernier. Lui et sa collègue Soraya Khediri, anciens adjoints du maire Jean-Pierre Bechter se sont fait une nouvelle fois écarter par la majorité lors d’un vote à main levée. La deuxième fois en deux ans.

Afin de rafraîchir la mémoire de chacun, un petit rappel des faits s’impose. Nous sommes le 12 juin 2015. Ce soir-là se tient alors un conseil municipal dans la commune de Corbeil-Essonnes. Outre la donation d’un parc appartenant à Serge Dassault à la ville, l’ordre du jour laisse apparaître un vote sur le maintien dans leurs fonctions de deux maires adjoints. Ces deux adjoints sur la sellette, ce sont Sylvain Dantu et Soraya Khediri, respectivement 3e et 6e adjoint de Jean-Pierre Bechter. Le motif de ces destitutions ? Un choix politique. En mars 2015, alors que Jean-Pierre Bechter se lançait dans la course à un siège de conseiller départemental sur le canton de Corbeil-Essonnes, Sylvain Dantu et Soroya Khediri ont fait le choix de soutenir un autre candidat, le centriste et ancien président du Conseil général de l’Essonne, Xavier Dugoin. Visiblement un crime de lèse-majesté, mais à l’époque, cet argument de la « trahison politique » n’était pas le seul brandi dans l’entourage du maire. « Ce choix politique est un élément, mais il n’explique pas tout. Ils ont tout simplement perdu la confiance du maire dans l’exercice de leur mandat », indiquait-on au cabinet de Jean-Pierre Bechter. Suite au vote, les deux élus ont finalement été démis de leurs mandats par 29 voix pour, 4 contre, 1 abstention et 2 non-votants. Peu de temps après ce conseil, Sylvain Dantu choisissait alors d’attaquer la décision au tribunal administratif de Versailles.

Le choix politique confirmé

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts – toute ressemblance avec les épisodes de crue ne serait être que fortuite. En ce début d’année, le TA de Versailles a enfin fait part de son verdict. Si les juges ont estimé que le maire était fondé à propos du retrait des délégations des deux élus en avril 2015, il ne l’était pas quant au vote en plein conseil deux mois plus tard. En effet, lors de ce fameux conseil, après avoir clairement pris position contre le duo Dantu/Khediri, le premier édile de la ville avait agité son bulletin de vote aux yeux de tous sur lequel était inscrit le mot « Non ». Une scène qui n’a visiblement pas plu aux juges de Versailles. Ces derniers ont considéré qu’il s’agissait d’une « violation des principes élémentaires d’un scrutin secret par le maire qui devait en être le garant », inscrivent-ils dans leur rapport. La délibération étant cassée, les deux élus mis à l’index sont donc de fait réintégrés dans leurs fonctions d’origine, comme si aucun vote n’avait eu lieu.

Retour à la case départ donc, mais pour quelques jours seulement. Le maire n’a ainsi pas tardé faire inscrire à l’ordre du jour le non-maintien de Sylvain Dantu et de Soraya Khediri dans leurs fonctions pour la seconde fois en deux ans lors du dernier conseil municipal, le 22 janvier. Une façon pour Jean-Pierre Bechter de régler ses comptes avec ceux qui ont soutenu Xavier Dugoin, l’un des adversaires politiques du maire de Corbeil-Essonnes. Mais alors qu’en 2015, l’argument d’une sanction politique n’était que susurré, cette fois-ci, les langues se sont déliées du côté du maire. « Quand un adjoint se présente contre le maire, celui-ci doit-il se taire ? », questionne alors Jean-Pierre Bechter à son audience du soir. Après une longue prise de parole où Sylvain Dantu est revenu sur les raisons de son action en justice, celui-ci a ponctué son discours de quelques piques à l’encontre du maire. « J’ai trouvé particulièrement mesquin votre argumentation devant le tribunal tendant à laisser croire au juge que je faisais mal mon travail d’élu en ne pratiquant pas la concertation », lance ainsi Sylvain Dantu, avant de reprendre par un cinglant : « votre attitude actuelle est inqualifiable ! ».

Jean-Pierre Bechter, le maire de Corbeil-Essonnes a appelé à voter contre le maintien de ses adjoints (JL/EI)

Jean-Pierre Bechter, le maire de Corbeil-Essonnes a appelé à voter contre le maintien de ses adjoints (JL/EI)

Les joutes verbales étant terminées, le vote a pu se tenir. Et le verdict fut une fois de plus sans appel, les deux cités sont une nouvelle fois privés de leurs mandats de maire adjoint. « Nous avons choisi de nous investir complètement au service de nos concitoyens que nous avons toujours plaisir à rencontrer et écouter », lâchait alors Sylvain Dantu peu de temps avant que le couperet ne tombe.

Des remboursements d’indemnités à prévoir ?

Mais les choses ne semblent pas être totalement conclues entre les deux élus déchus et la majorité. Selon Sylvain Dantu, un problème se pose, et pas des moindres. Conséquence de leur première exclusion de la majorité en juin 2015, des conseillers municipaux ont obtenu des délégations. Or, suite à l’annulation de la délibération fixant la destitution des élus déchus, cela change tout. En effet, les conseillers municipaux ne pouvaient prétendre à une délégation, le droit interdisant de leur en donner si tous les adjoints n’en sont pas pourvus. Cependant depuis le 12 juin 2015, Sylvain Dantu et Soraya Khediri étaient toujours adjoints sans délégation.

Ainsi, les conseillers municipaux délégués doivent selon Sylvain Dantu s’acquitter de leurs indemnités à la ville perçues entre le 12 juin 2015 et le 22 janvier dernier, soit un peu plus de 13 000 €. Mais cette décision n’est plus du ressort de la commune, mais entre les mains des pouvoirs publics. « J’attendrai donc sereinement que les personnes chargées de la bonne exécution du jugement se prononcent. En l’occurrence, Mme la préfète de l’Essonne ainsi que le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Versailles », a formulé Sylvain Dantu en guise de propos de fin, avant de préciser : « Je ne fais pas ça pour toucher ces indemnités. C’est pour les caisses de la ville ». La réponse pourrait intervenir d’ici quelques mois et clore définitivement ce dossier. Sauf si un nouveau rebondissement fait son apparition.